lundi 16 novembre 2015

Médecin dans la Grande Guerre

Du temps où j'en avais encore la possibilité, j'interrogeai un jour une cousine de ma mère, en lui montrant un visage sur une photo de mariage :
-       Et ce monsieur au quatrième rang ?
-       Le docteur Lacoste, me répondit-elle sans hésiter.
Je notai l'information et continuai à passer en revue les invités alignés sur le perron du Grand Hôtel, à Pau.

Le Docteur Lacoste

J'y reviens aujourd'hui, car il fait partie des personnages récurrents de la saga familiale. Un nom parmi ceux qui résonnaient à mes oreilles enfantines, lorsque ma grand-mère Julia et ma mère évoquaient leurs souvenirs empreints de nostalgie.

Le Dictionnaire biographique et album des Basses-Pyrénées, qui m'avait déjà aidée à plusieurs reprises(1), m'a permis d'en apprendre davantage à son sujet, grâce à cette courte notice :

LACOSTE (Justin), né à Castet le 24 février 1873.
Docteur à Pau.
Reçu docteur de la Faculté de médecine et de pharmacie de Paris le 24 février 1899. M. Lacoste prit pour sujet de sa thèse de doctorat : Evacuation totale de la plèvre dans les grands épanchements.
Ancien externe des hôpitaux de Paris.
Rue Nouvelle-Halle, 23, à Pau.

Un petit tour dans les registres de l'état civil et les fiches matricules des Pyrénées-Atlantiques, ensuite, afin d'exploiter et de compléter ces premières informations.

Fils d'agriculteurs, né dans un village du Haut-Béarn, Justin Lacoste est étudiant en médecine à Paris lors du conseil de révision de la classe 1893. Il bénéficie donc des dispositions de l'article 23 de la loi du 15 juillet 1889 sur le recrutement de l'armée ; à ce titre, il n'effectue qu'un an de service, au lieu des trois années normalement prévues. Il est alors soldat de 2e classe au 18e Régiment d'infanterie, en garnison à Pau.

Il accomplira ensuite des périodes d'exercice à intervalles réguliers, deviendra médecin auxiliaire de réserve en 1899, puis médecin aide major de réserve en 1900. Il a quarante-et-un ans lorsque le décret de mobilisation générale le rappelle à l'activité en août 1914. Le voilà parti en campagne contre l'Allemagne pour une période qui s'étendra du 3 août 1914 au 7 janvier 1919. Oui, il a survécu à l'horreur, contrairement aux innombrables Morts pour la France dont nous indexons en ce moment les fiches, mais j'imagine qu'il en resta néanmoins marqué à tout jamais.

De gauche à droite
Justin Lacoste, Henri Lacabanne et Maurice Maitreau

Un peu perdue dans la longue liste des services et mutations diverses, agrémentée d'abréviations et de sigles sibyllins qui figurent sur sa fiche matricule, j'ai décidé d'étudier de plus près l'organisation des services de santé durant la Première Guerre mondiale et voilà ce que j'ai appris.

Le service de santé des armées durant la Première Guerre mondiale

En 1914, lorsque éclate le conflit, l'organisation est la suivante : une médecine d'urgence sur le front, qui consiste à donner les premiers soins, puis à évacuer les blessés par voie ferroviaire sur des installations chirurgicales fixes installées à l'arrière. Dans des conditions sanitaires plus que précaires. "Emballer, étiqueter, expédier", c'est, semble-t-il l'expression consacrée pour la première phase médicale, ce qui en dit long sur les mentalités qui prévalaient alors.

Cette doctrine, développée à partir des conflits précédents où prédominaient les blessures par balles, eut des conséquences catastrophiques (gangrènes gazeuses, amputations extrêmement mutilantes et invalidantes…), dans la mesure où les plaies par éclats d'obus et de grenades étaient désormais prépondérantes. À l'ère industrielle, la guerre avait changé d'échelle et les soldats étaient réellement devenus de la "chair à canon" !

Une nouvelle chaîne de santé se mit donc en place à partir de 1915 :

  • Des postes de secours avancé, au plus près de la ligne de front, où les brancardiers amènent les blessés et où sont pratiqués les gestes de secours initiaux ;
  • Des ambulances intermédiaires, qui ne sont pas les véhicules de transport que nous connaissons aujourd'hui, mais des unités médico-chirurgicales mobiles au niveau du corps d'armée, numérotées en fonction des unités auxquelles elle se rattachent ;
  • Des hôpitaux d'évacuation, centres de soin et de régulation situés en dehors de la zone de combat, appelés HOE (pour hôpitaux origine d'étapes, même si cette appellation est parfois controversée aujourd'hui), avant le transfert vers les centres de convalescence et de rééducation de l'intérieur.

Il faut également citer les formations chirurgicales automobiles, appelées "autochir", qui fonctionnaient de manière autonome, mais pouvaient venir renforcer les formations hospitalières existantes.

L'ensemble reposait sur la notion de triage des blessés : il s'agissait de définir les priorités d'évacuation et de traitement, en fonction de l'urgence des soins à prodiguer, le tout étant matérialisé par des fiches de couleurs différentes selon les cas (évacuable, intransportable…).

Les flux furent considérables, de l'ordre de 9 millions d'entrées dans les hôpitaux, toutes maladies et blessures confondues, soit un chiffre supérieur à l'effectif total des mobilisés (plus de la moitié d'entre eux ont subi des hospitalisations successives).

Le décryptage de la fiche matricule

Mais revenons au Docteur Lacoste. Si je comprends bien les indications portées sur sa fiche matricule, il a dû dans un premier temps être affecté à l'arrière, mais il se retrouva rapidement sur le front, comme médecin de bataillon, puis comme médecin chef d'un groupe de brancardiers divisionnaire (GBD).

Au cours de sa longue campagne contre l'Allemagne, il reçut cinq citations, dont celle-ci datée du 11 octobre 1918 :

"Officier de complément de la plus belle énergie et de grande bravoure. Au front depuis le début de la campagne a demandé à y être maintenu. Dans la nuit du 25 au 26 septembre a donné un bel exemple du devoir en établissant sous un violent bombardement ennemi des postes de secours pour ypérités. A toujours assuré des services difficiles, payant de sa personne en toute occasion avec un absolu mépris du danger. A en particulier dans la nuit du 9 au 10 octobre organisé d'une façon parfaite les évacuations de nombreux ypérités."

Il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du 28 décembre 1918, mais son dossier est malheureusement introuvable dans la base Léonore.

Il retourna ensuite à la vie civile.


Sources

Le service de santé français pendant la guerre de 1914-1918, par Alain Larcan, dans La Revue du Praticien vol. 82, février 2012

Le service de santé aux armées pendant la Première Guerre mondiale, article paru dans La Cliothèque sur l'ouvrage écrit par Alain Larcan et Jean-Jacques Ferrandis, paru aux éditions LBM en 2008

La santé en guerre 1914-1918, Une politique pionnière en univers incertain, Introduction à l'ouvrage écrit par Vincent Viet et paru aux Presses de Sciences Po en 2015





(1) Voir L comme Lacabanne et W comme Who's who, publiés lors du challenge AZ de juin 2014.

lundi 9 novembre 2015

Jacques Antoine Danois, soldat de l'Empire

Enfant puis adolescente, je passais toutes les vacances d'été dans une station balnéaire du pays de Caux. Mes parents y louaient à l'année le premier étage d'une villa sur le coteau et nous y allions tous les week-ends, depuis le dimanche des Rameaux jusqu'au pont du 11 novembre. C'est là que j'ai tapé mes premières balles de tennis, sur des courts en terre battue. Pas très rassurée quand il fallait aller les récupérer dans la prairie voisine, au milieu des vaches.

Lorsque des amis nous rendaient visite, nous partions en promenade à la découverte des curiosités des environs. Combien de fois ai-je pénétré dans la cour intérieure du manoir d'Ango pour y admirer le pigeonnier et la galerie où l'armateur dieppois reçut, dit-on, le roi de France François 1er ? Combien de fois ai-je gravi l'escalier du phare d'Ailly jusqu'à la lanterne sommitale, avec son ampoule de 1000 watts et sa lentille de Fresnel ? J'ai encore dans l'oreille le son de la corne de brume qui perçait l'obscurité, à intervalles réguliers, les nuits de brouillard…

Nous poussions ensuite jusqu'à l'église de Varengeville, à l'extrémité d'un chemin encaissé entre les talus plantés de hêtres (les Normands appellent cela une "cavée"). Dédiée à Saint Valéry, elle présente la particularité d'avoir deux nefs accolées, l'une édifiée au XIIe siècle et la seconde quatre siècles plus tard. Perchée sur la hauteur, elle offre une vue magnifique sur les valleuses en contrebas,  sur la mer à perte de vue et sur l'alignement des falaises de la Côte d'Albâtre.

Vue aérienne de l'église de Varengeville-sur-Mer prise dans les années 60
Carte postale CIM

L'édifice est entouré de trois côtés par le cimetière qui comprend quelques tombes remarquables, pour la plupart des personnalités décédées au XXe siècle, romanciers, peintres ou compositeurs de musique. Le plus connu d'entre eux aujourd'hui est sans conteste Georges Braque, décédé en 1963, qui possédait une propriété dans les environs. Sa Bentley passait silencieusement sur la route en direction de Dieppe, devant nos yeux d'enfants ébahis.

Mais c'était une tombe plus ancienne qui attirait à l'époque notre attention et ce pour plusieurs raisons. Sa forme insolite tout d'abord, une sorte de polyèdre posé sur deux pieds. L'inscription qui figure sur une de ses faces, ensuite. Jugez plutôt :

Tombe Danois
Photo prise avec un iPhone un jour de pluie

Jacques Antoine Danois fut 14 ans sous les drapeaux
Il gagna le grade de sous-lieutenant et le titre
de chevalier de la Légion d'honneur dans le 57me régiment de ligne
Retraité il fut agent voyer percepteur
des contributions directes résident à Varengeville
Il combattit vaillamment en Autriche en Prusse en Russie
Il était à Ulm Austerlitz Iéna Eylau Friedland Eckmunl (sic) Esling
Wagram Smolensk la Moskowa Lutzen Bautzen Dresde
Soldat il fut brave sous son toit dans les fonctions publiques il fut bon et probe

La généalogie était le cadet de mes soucis, à l'époque, mais il en va différemment aujourd'hui et, lorsque j'ai revu cette tombe, par une journée particulièrement pluvieuse de septembre dernier, j'ai voulu en apprendre davantage. D'où une incursion dans les registres mis en ligne par les Archives départementales de Seine-Maritime et dans les dossiers de la Légion d'honneur.

Jacques Antoine Danois, baptisé le 10 janvier 1780 dans l'église de Varengeville, est le fils aîné de Jacques Danois, charpentier, et de Marie Hebert, lesquels se sont mariés sept mois plus tôt dans la même paroisse.

Il est appelé sous les drapeaux le 3 floréal an XI, autrement dit le 23 avril 1803, alors que Bonaparte n'est encore que premier consul. D'abord envoyé au camp de Boulogne, où se préparait l'invasion de l'Angleterre (qui, comme vous le savez, n'eut jamais lieu), il fait ensuite partie de la Grande Armée chargée d'affronter les troupes de la Coalition.

À ce titre, il participe aux campagnes d'Autriche, de Prusse, de Pologne, de Russie et d'Allemagne, de 1805 à 1813, gravissant les premiers échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1808, sergent en 1811, adjudant en mars 1813 et enfin sous-lieutenant en juin de la même année. D'après ses états de services, il semble qu'il n'ait subi qu'une blessure sans gravité, le 22 mai 1809, à la bataille d'Essling (Autriche), à proximité de Vienne. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le 19 septembre 1813.

Sa carrière militaire prend fin lorsque s'achève l'épopée napoléonienne. Il quitte le corps "pour se rendre dans ses foyers avec le traitement de non activité" le 1er août 1814. Il serait donc resté onze ans sous les drapeaux, et non pas quatorze ans comme indiqué sur sa pierre tombale, mais cela n'en est pas moins remarquable.

De retour à la vie civile, Jacques Antoine Danois épouse Marie Françoise Leroux, le 14 novembre 1816 dans l'église de Varengeville. Il a trente-six ans et la jeune femme dix ans de moins que lui. De cette union naîtront cinq enfants, entre septembre 1817 et janvier 1825, trois garçons et deux filles.

Le 6 août 1817 à Dieppe, il jure fidélité au Roi, à l'honneur et à la Patrie, selon la formule de ce qui est devenu entretemps l'Ordre royal de la Légion d'honneur. Je n'ai malheureusement pas d'élément sur sa carrière en tant qu'agent voyer (responsable de la construction et de l'entretien des chemins vicinaux) ou comme percepteur des contributions directes (vous savez, les "quatre vieilles" : contribution foncière, contribution personnelle et mobilière, patente, impôt sur les portes et fenêtres ; l'impôt sur le revenu n'était pas encore inventé, en ce temps-là).

Jacques Antoine Danois s'éteint le 20 août 1857, à l'âge respectable pour l'époque de soixante-dix-sept ans, alors qu'il était veuf depuis huit ans déjà. Sa femme repose auprès de lui, dans la même tombe.

lundi 2 novembre 2015

Modeste contribution à l'indexation des Morts pour la France

Après avoir assisté aux premiers Matins malins de la saison, consacrés au site Mémoire des Hommes et au défi lancé par Jean-Michel Gilot, #1Jour1Poilu, je me suis laissée convaincre.

Le défi 1Jour1Poilu

Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il retourne, il s'agit d'indexer les fiches mises en ligne sur le site Mémoire des Hommes. Élaborées au lendemain de la Première Guerre mondiale par l'administration des anciens combattants, elles recensent les centaines de milliers de soldats et avec eux les quelques centaines de civils qui ont obtenu la mention "Mort pour la France".

L'ensemble représente plus de 1 325 000 fiches. Jusqu'à présent, les recherches ne pouvaient se faire que sur quatre critères : nom, prénom, date de naissance et département (ou pays) de naissance.

L'enjeu consiste à indexer treize autres rubriques à partir des informations figurant sur la fiche : grade, unité, lieu de naissance, bureau de recrutement, classe, matricule de recrutement, date, lieu, département et pays de décès, lieu, département et pays de transcription du décès. Il est évident qu'une base de données ainsi enrichie permettra une approche beaucoup plus fine, aussi bien pour les historiens que pour les généalogistes.

Le défi consiste à terminer l'indexation pour le 11 novembre 2018. Cela représente moins de mille fiches par jour à traiter, rien d'insurmontable donc, compte tenu du nombre de personnes intéressées par le sujet. Si chacun n'indexe que quelques fiches… bon, je ne vous fais pas le coup des petits ruisseaux qui font de grandes rivières, mais vous avez compris.

Comment s'y prendre

Je me suis donc lancée. J'ai commencé par traiter les fiches des quatre personnes figurant dans ma base de données Heredis, qui ont eu droit à cette mention "Mort pour la France" : un ami de mon grand-père maternel (il était témoin à son mariage), l'un des grands-oncles de mon mari, ainsi que deux autres individus rencontrés au fil de mes recherches. Histoire de tester la difficulté de l'opération. Cela ne m'a pris que quelques minutes.

J'ai donc décidé d'en faire davantage. En commençant par l'un des villages de mes ancêtres, le berceau de ma branche paternelle, même si mes ancêtres directs l'ont quitté dès le milieu du XIXe siècle pour venir s'installer à Paris. Il s'agit de Notre-Dame-du-Touchet, dans le sud du département de la Manche.

Collection personnelle

Collection personnelle

J'avais à l'occasion photographié le monument aux morts, mais il m'a paru plus judicieux, dans un premier temps, de travailler à partir du livre d'or rédigé par la commune. Ces livres d'or, instaurés par la loi du 25 octobre 1919 et établis pour la plupart dans la décennie qui a suivi, sont disponibles sur le site des Archives nationales.

Je choisis l'onglet "Recherche multicritères", puis "Rechercher dans tous les inventaires" et, dans "Recherche libre", je tape "livre d'or Notre-Dame-du-Touchet". J'obtiens un résultat, je clique dessus, je clique ensuite sur "Consulter les archives numérisées associées" et bingo ! me voici enfin devant un document de douze pages.

Il s'agit de la liste des morts de la commune, classés par ordre alphabétique, avec indication de leur nom et prénoms, date et lieu de naissance, régiment et grade, date et lieu de décès.

Ils sont quarante. La dernière page comprend en outre une liste de cinq noms griffonnés au crayon bleu, puis biffés. En comparant avec la liste du monument aux morts, je m'aperçois que ces derniers, absents du livre d'or, sont néanmoins gravés dans la pierre. A contrario, trois noms du livre d'or ne figurent pas sur le monument aux morts, sans doute parce qu'ils ont été inscrits sur le monument d'une autre commune.

À partir de là, j'ai appelé l'un après l'autre les noms du livre d'or et j'ai indexé les fiches correspondantes, sans trop de difficultés. Néanmoins alertée par un billet paru sur la plateforme En Envor, j'ai procédé à quelques vérifications :

  • La date et le lieu de naissance, du moins pour ceux qui ont vu le jour avant 1893, les registres d'état civil de la Manche n'étant en ligne que jusqu'en 1892 ;
  • Le bureau de recrutement et le numéro matricule, en consultant les fiches matricules en ligne, qui comprennent tout le parcours militaire des hommes appelés à se présenter au conseil de révision avec leur classe d'âge ;
  • La date et le lieu du décès figurant sur la fiche matricule, a priori plus fiable que la fiche Mort pour la France rédigée ultérieurement.

 Travailler à partir du livre d'or d'une commune présente en outre un intérêt certain. Les personnes y sont généralement nées et, si elles y habitaient encore lors de leur vingtième année, elles relevaient du même bureau de recrutement. C'est un gain de temps appréciable pour les vérifications dans les archives. C'est sans doute moins vrai dans les grandes villes, mais comme j'ai choisi un village du bocage normand…

Quelques réflexions

Ce simple travail d'indexation permet de toucher du doigt la douloureuse réalité de cette Première Guerre mondiale. Quarante soldats morts pour la France dans un village qui comptait à peine plus d'un millier d'habitants avant le conflit, c'est considérable.

La victime la plus jeune figurant sur le livre d'or de Notre-Dame-du-Touchet appartenait à la classe 1918 ! Il s'agit de Victor Mari, né le 24 février 1898 ; il avait donc seize ans à peine lors de la déclaration de guerre et vingt ans lorsqu'il fut tué à proximité de Saint-Quentin, en octobre 1918, un an après son incorporation.

Les deux victimes les plus âgées, Paul Dibon et Émile Dibon (non, ils ne sont pas frères, j'ai vérifié), étaient nées respectivement en 1872 et 1873. Paul Dibon est mort en 1915, à quarante-deux ans, à l'hôpital de Bourbourg (Nord) et Émile Dibon en 1918, à quarante-cinq ans, à celui de Cherbourg.

La vérification des actes de naissance, lorsqu'elle est possible, apporte un élément supplémentaire : les mentions marginales indiquant les mariages. J'ai une pensée (un peu tardive, je vous l'accorde) pour toutes ces jeunes veuves…

La suite

Les différences entre le monument aux morts et le livre d'or ont piqué ma curiosité. J'ai jeté un œil sur le livre d'or d'une commune voisine, Villechien : il comprend une vingtaine de noms, dont un figurant sur le monument aux morts de Notre-Dame-du-Touchet. Je vais donc continuer à indexer ces fameuses fiches, en élargissant le cercle de mes investigations.

lundi 26 octobre 2015

Nouveau départ

J'évoquais ici même, lundi dernier, le désenchantement qui semblait se manifester parmi les généablogueurs. Désenchantement… ou lassitude devant le caractère répétitif de la recherche et de la saisie des trois actes majeurs qui jalonnent la vie de nos ancêtres : naissance, mariage(s), décès depuis la Révolution ; baptême, mariage(s), sépulture auparavant ?

Il est donc urgent de trouver un nouvel élan. D'autant que vous m'avez mis la pression avec vos commentaires ! J'ai jeté quelques idées sur le papier, ces jours derniers, et quelques pistes commencent à se dessiner.

Tout d'abord, élargir le champ de ses recherches. J'entends par là se documenter sur les régions où ont vécu ceux qui nous ont précédés : pour ma part, la Normandie, l'Anjou, la Sologne, le Béarn, la Bigorre, le Comminges et la liste n'est pas exhaustive. Ne pas se contenter des cartes postales anciennes, bien sûr, car elles connurent leur âge d'or dans les années 1900 à 1920 et ne permettent guère de remonter plus loin dans le temps. Miser plutôt sur les librairies régionalistes, les publications des sociétés savantes, les musées…

Dans le même esprit, se documenter sur les métiers : meuniers, maréchaux-ferrants, tisserands, papetiers… Les dossiers de la revue Nos Ancêtres, Vie & Métiers constituent une précieuse source d'informations et la rubrique intitulée Pour aller plus loin fournit des titres d'ouvrages, des sites internet et des adresses de musées qui permettent d'approfondir le sujet.

Deuxième piste : se focaliser sur un ancêtre. Je garde un excellent souvenir du challenge AZ 2014, que j'avais centré sur ma grand-mère maternelle Julia. Ce fil conducteur m'avait permis d'évoquer la Belle Époque, l'Exposition universelle de 1900, Pau et les Pyrénées, la guerre de 1914-1918, les lieux de villégiature, les repas de fêtes et quantités de sujets connexes.

Pourquoi ne pas renouveler l'expérience, par exemple avec mon grand-père paternel que je n'ai pas connu, certes, mais sur lequel j'ai déjà un certain nombre d'informations, quelques documents et quelques rares photos. Il présente en outre l'avantage d'être né à Paris et d'y avoir vécu jusqu'à sa mort. Les centres d'archives à consulter sont vraisemblablement à portée de quelques stations de bus ou de métro. Alors pourquoi attendre ?

Collection personnelle

Troisième piste : étudier les objets de famille. Une soupière au fond de laquelle figure cette inscription "Mre. Troussier 1858" que je ne parviens à rattacher à aucun événement marquant de cette branche, une bourse en écaille ornée d'un monogramme, quelques missels reliés de cuir, une ceinture tricolore d'élu municipal, une ou deux broches auxquelles sont attachées des légendes familiales, et j'en oublie sûrement. Les objets sont sans doute plus difficiles à exploiter qu'une maison de famille dont il s'agirait de raconter l'histoire, mais ils nous parlent aussi de nos ancêtres, de leurs usages et de leurs goûts.

Ce qui me conduit à évoquer la liste des magasins parisiens préférés de mon père, enseignes prestigieuses ou fournisseurs plus confidentiels, mais qui ont la particularité d'avoir pratiquement tous disparu aujourd'hui ! De quoi alimenter quelques billets nostalgiques…


Si vous avez d'autres suggestions, n'hésitez pas à les partager, vous m'intéresserez sûrement.

lundi 19 octobre 2015

Un certain désenchantement

Depuis quelques semaines, je sens poindre un sentiment mitigé chez mes amis généablogueurs : "triste constat", "en manque de motivation", "grand bazar généalogique", "faire le ménage dans son logiciel", "crise existentielle d'une blogueuse en panne d'inspiration"… les titres des billets sont éloquents !

Et je ne dis rien de celles et ceux qui se sont tus, provisoirement, je l'espère. Ici, clin d'œil appuyé à Nicole ou à Gloria, par exemple.

Que se passe-t-il ?

À mon avis, plusieurs phénomènes se conjuguent pour créer un certain désenchantement. L'automne, tout d'abord : fin des vacances, reprise du traintrain quotidien, chute des feuilles (y compris celles des impôts), apparition des brumes matinales, luminosité en baisse, retour de la froidure et de la pluie, journées qui raccourcissent, tout se conjugue pour nous mettre le moral en berne. Déprime saisonnière, paraît-il. Bon, cela devrait passer ; et avant le printemps, je l'espère.

Après-midi d'hiver aux Tuileries
Collection personnelle

Sentiment d'overdose, ensuite : les innombrables parutions liées au centenaire de la guerre de 1914-1918, le challenge AZ, les généathèmes du mois, tout cela est fort respectable et souvent même passionnant (attention, ne me faites pas dire le contraire), mais cela représente des centaines, voire des milliers de pages à lire… et grignote insidieusement le temps imparti à nos loisirs. Là, je ne vois guère de solution, à part une sélection rigoureuse, mais qui dit choix, dit aussi renoncement. Difficile, donc.

Autre raison, peut-être plus profonde : faute de mots plus appropriés, je la qualifierai de fin de cycle. Je m'explique. Tout sourit au généalogiste débutant. Il survole les registres, butine d'un ancêtre à l'autre, remonte parfois plusieurs générations en quelques heures, collectionne les découvertes inattendues. Tout lui fait miel : les patronymes de ses aïeux, leurs prénoms désuets, leurs métiers parfois disparus, les lieux-dits aux noms poétiques, les carambolages avec l'Histoire majuscule…

J'ai connu cette excitation. Les départements mettaient leurs archives en ligne au fur et à mesure de mes besoins (sauf les Hautes-Pyrénées et le Gers, hein, il ne faut pas rêver quand même). Les alertes Geneanet me fournissaient de nouvelles pistes quasiment chaque semaine et les ancêtres répertoriés dans ma base de données augmentaient de façon prodigieuse. Normal, sauf accident de parcours, leur nombre double à chaque génération, me direz-vous. Si, en plus, vous cherchez à compléter les fratries, si vous répertoriez les parrains, les marraines et les curés, si vous vous intéressez aux collatéraux et aux familles alliées, vous dépassez un jour la dizaine de milliers d'individus ! Et vous commencez à trouver que cela fait vraiment beaucoup de monde…

Mais à trop remonter le temps, l'élan initial finit par s'épuiser. Les "nouveaux" ancêtres se font plus rares. Les arbres ne grimpent pas jusqu'au ciel, ont l'habitude de dire les financiers. C'est également vrai pour les généalogistes. Un jour, vous touchez du doigt un plafond de verre. Pour ceux dont les ascendants habitaient déjà dans la campagne française sous l'Ancien Régime, je situerai le risque de blocage vers le début du XVIIe siècle ou, avec beaucoup de chance, à la toute fin du XVIe. Cela permet d'étoffer l'arbre généalogique jusqu'à la douzième ou la treizième génération, avec quelques maigres feuilles au-delà, mais ensuite cela se complique bigrement.

J'ai peut-être atteint ce stade car il m'arrive aussi, certains matins, de m'interroger devant ma base de données. Par quel bout la prendre ? que faire d'utile et d'intéressant aujourd'hui ? comment progresser dans la connaissance de mes ancêtres ?

Un jour de janvier dernier, j'ai donc ouvert le classeur vert dans lequel je rangeais les feuilles imprimées lors des alertes Geneanet et j'ai inventorié 38 fiches à exploiter. Recherches en ligne, transcription des actes, correction d'erreurs, annotations diverses : à la mi-mai, j'en avais fini avec cette tâche et j'avais saisi dans Heredis plus de 440 nouvelles sources ! Engrangeant au passage quelques sujets d'articles pour le blog.

J'ai également fait un sort à un dossier intitulé "Copies d'actes à enregistrer" qui traînait sur mon bureau depuis… pfff ! Et j'ai parcouru les deux premiers tomes de mon journal de recherches, afin de recenser les points restés en suspens. De quoi m'occuper jusqu'à la fin de l'année, sans doute. Bref, je fais le ménage. Il n'empêche, le temps est peut-être venu de réfléchir à de nouvelles orientations…

J'y reviendrai la semaine prochaine.

lundi 12 octobre 2015

Pour en finir avec les Martin…

… du moins ceux de Haute-Garonne, car ce patronyme étant l'un des plus courants en France, j'ai aussi des ancêtres Martin en Normandie et d'autres du côté de la Mayenne.

Domenge Martin, l'une de mes aïeules à la dixième génération, a épousé Jean Artigues à Aulon le 6 février 1676. Le vicaire de l'époque étant avare de détails, je sais tout juste que Domenge Martin demeurait alors au moulin de Pine. J'emboîtais donc le pas à ceux qui ont publié leur arbre sur Geneanet et je pensais comme eux, en toute bonne foi, qu'elle était la fille d'Arnaud Martin, meunier de Pine, et de Besiane Favaron. Et ce d'autant plus facilement que cette dernière était la marraine de la petite Toinette, née en août 1680. Laquelle se noya quatre ans plus tard, comme je l'ai évoqué dans un précédent billet (1).

C'est en relisant les informations déjà collectées et en parcourant à nouveau les registres paroissiaux qu'un doute s'est insinué dans mon esprit.


Si Domenge est bien la fille aînée d'Arnaud Martin et de Besiane Favaron, elle a été baptisée le 28 octobre 1648. Elle se serait donc mariée à l'âge de vingt-sept ans, ce qui me paraît un peu tardif (mais, bon…) et surtout elle serait décédée en janvier 1713 à l'âge de soixante-quatre ans révolus, et non pas de cinquante-six ans, comme indiqué dans l'acte de sépulture. Les approximations étaient fréquentes à l'époque, j'en conviens, mais les curés rajeunissaient rarement leurs paroissiennes dans de telles proportions ! Il me semblait qu'ils avaient même plutôt tendance à les vieillir…

Je me plongeai à nouveau dans les archives pour tenter d'élucider cette question. Les registres d'Aulon disponibles en ligne commencent en 1639 pour les baptêmes, en 1647 pour les mariages et en 1657 pour les sépultures. Il faut en outre penser à consulter également ceux de Mengué, car l'actuelle commune d'Aulon regroupe les anciennes paroisses de Cazeneuve et de Mengué, histoire de compliquer un peu la tâche des généalogistes amateurs.

Je m'aperçois très vite que les Martin ne manquent pas : plus d'une soixantaine de baptêmes entre 1639 et 1670 d'enfants issus de plusieurs couples. Dont au moins quatre Domenge Martin :
  • Le 26 octobre 1648, la fille d'Arnaud et de Besiane Favaron,
  • Le 15 janvier 1651, celle de Jean et de Jeanne Trenque,
  • Le 16 décembre 1655, celle de Janet et de Jeanne Barus,
  • Enfin le 28 septembre 1657, celle de Bernard et de Peyronne Duclos. 

Alors, laquelle choisir ? Je penche pour la dernière, sans certitude toutefois. Un indice plaide en sa faveur, elle aurait eu cinquante-six ans en 1713 et l'acte de sépulture que j'avais relevé pourrait fort bien être le sien. Mais un seul indice, c'est un peu mince à mon goût (eh oui, j'acquiers de l'expérience au fil des mois).

Un coup d'œil ensuite au registre des sépultures, qui mentionne l'inhumation d'une Domenge Martin à l'âge de vingt-trois ans, le 28 octobre 1669. Tiens, tiens, celle-ci pourrait fort bien être la fille d'Arnaud, si seulement le vicaire avait bien voulu indiquer une filiation (grrr…).

Un petit tour enfin du côté du registre des mariages, histoire d'ajouter à la confusion : pourquoi diable le mariage d'Arnaud Martin et de Besiane Favaron est-il inscrit une première fois à la date du 15 septembre 1647 et une seconde fois à celle du 18 novembre 1653 ? sans autre précision et tous deux signés par le même vicaire, Pierre Caubet ! J'ai déjà rencontré le cas d'une réhabilitation de mariage, pour cause de consanguinité tardivement découverte et d'impossibilité d'annuler le mariage, compte tenu des enfants nés entretemps. Mais ici, rien dans le texte du second acte ne vient conforter cette hypothèse.

Autre bizarrerie : Bernard et Peyronne Duclos sont indiqués comme étant mariés lors du baptême de leur fille Jeanne en avril 1650, mais leur acte de mariage est daté du… 8 novembre suivant !


Bref, je patauge et, contrairement à ce que le titre semblait annoncer, je ne suis pas près d'en finir avec ces Martin-là.

(1) Voir Cent mots pour une courte vie, publié le 27/10/2014.