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lundi 12 octobre 2015

Pour en finir avec les Martin…

… du moins ceux de Haute-Garonne, car ce patronyme étant l'un des plus courants en France, j'ai aussi des ancêtres Martin en Normandie et d'autres du côté de la Mayenne.

Domenge Martin, l'une de mes aïeules à la dixième génération, a épousé Jean Artigues à Aulon le 6 février 1676. Le vicaire de l'époque étant avare de détails, je sais tout juste que Domenge Martin demeurait alors au moulin de Pine. J'emboîtais donc le pas à ceux qui ont publié leur arbre sur Geneanet et je pensais comme eux, en toute bonne foi, qu'elle était la fille d'Arnaud Martin, meunier de Pine, et de Besiane Favaron. Et ce d'autant plus facilement que cette dernière était la marraine de la petite Toinette, née en août 1680. Laquelle se noya quatre ans plus tard, comme je l'ai évoqué dans un précédent billet (1).

C'est en relisant les informations déjà collectées et en parcourant à nouveau les registres paroissiaux qu'un doute s'est insinué dans mon esprit.


Si Domenge est bien la fille aînée d'Arnaud Martin et de Besiane Favaron, elle a été baptisée le 28 octobre 1648. Elle se serait donc mariée à l'âge de vingt-sept ans, ce qui me paraît un peu tardif (mais, bon…) et surtout elle serait décédée en janvier 1713 à l'âge de soixante-quatre ans révolus, et non pas de cinquante-six ans, comme indiqué dans l'acte de sépulture. Les approximations étaient fréquentes à l'époque, j'en conviens, mais les curés rajeunissaient rarement leurs paroissiennes dans de telles proportions ! Il me semblait qu'ils avaient même plutôt tendance à les vieillir…

Je me plongeai à nouveau dans les archives pour tenter d'élucider cette question. Les registres d'Aulon disponibles en ligne commencent en 1639 pour les baptêmes, en 1647 pour les mariages et en 1657 pour les sépultures. Il faut en outre penser à consulter également ceux de Mengué, car l'actuelle commune d'Aulon regroupe les anciennes paroisses de Cazeneuve et de Mengué, histoire de compliquer un peu la tâche des généalogistes amateurs.

Je m'aperçois très vite que les Martin ne manquent pas : plus d'une soixantaine de baptêmes entre 1639 et 1670 d'enfants issus de plusieurs couples. Dont au moins quatre Domenge Martin :
  • Le 26 octobre 1648, la fille d'Arnaud et de Besiane Favaron,
  • Le 15 janvier 1651, celle de Jean et de Jeanne Trenque,
  • Le 16 décembre 1655, celle de Janet et de Jeanne Barus,
  • Enfin le 28 septembre 1657, celle de Bernard et de Peyronne Duclos. 

Alors, laquelle choisir ? Je penche pour la dernière, sans certitude toutefois. Un indice plaide en sa faveur, elle aurait eu cinquante-six ans en 1713 et l'acte de sépulture que j'avais relevé pourrait fort bien être le sien. Mais un seul indice, c'est un peu mince à mon goût (eh oui, j'acquiers de l'expérience au fil des mois).

Un coup d'œil ensuite au registre des sépultures, qui mentionne l'inhumation d'une Domenge Martin à l'âge de vingt-trois ans, le 28 octobre 1669. Tiens, tiens, celle-ci pourrait fort bien être la fille d'Arnaud, si seulement le vicaire avait bien voulu indiquer une filiation (grrr…).

Un petit tour enfin du côté du registre des mariages, histoire d'ajouter à la confusion : pourquoi diable le mariage d'Arnaud Martin et de Besiane Favaron est-il inscrit une première fois à la date du 15 septembre 1647 et une seconde fois à celle du 18 novembre 1653 ? sans autre précision et tous deux signés par le même vicaire, Pierre Caubet ! J'ai déjà rencontré le cas d'une réhabilitation de mariage, pour cause de consanguinité tardivement découverte et d'impossibilité d'annuler le mariage, compte tenu des enfants nés entretemps. Mais ici, rien dans le texte du second acte ne vient conforter cette hypothèse.

Autre bizarrerie : Bernard et Peyronne Duclos sont indiqués comme étant mariés lors du baptême de leur fille Jeanne en avril 1650, mais leur acte de mariage est daté du… 8 novembre suivant !


Bref, je patauge et, contrairement à ce que le titre semblait annoncer, je ne suis pas près d'en finir avec ces Martin-là.

(1) Voir Cent mots pour une courte vie, publié le 27/10/2014.

lundi 5 octobre 2015

Mystère chez les Martin

L'année dernière, à peu près à la même époque, Je saisissais dans ma base de données des informations concernant le couple formé par Arnaud Martin et Besiane Favaron, que je croyais être mes lointains ancêtres du Comminges. Je n'en suis plus aussi sûre aujourd'hui, mais ceci est une autre histoire.

En relisant ces jours-ci mon journal de recherches pour noter les points restés en suspens, je les retrouve et ils m'intriguent à nouveau.

Nous sommes à Aulon, dans l'actuel département de la Haute-Garonne, où Arnaud fut meunier au moulin de Pine au XVIIe siècle. Le couple a donné le jour à six enfants au moins, trois filles, Domenge, Marie et Catherine (nées respectivement en 1648, 1650 et 1655), et trois garçons, Joseph, Pierre et Dominique (nés en 1653, vers 1659 et en 1661).

J'avais sans trop de peine déniché l'acte de baptême de cinq d'entre eux, mais un fait surtout m'avait frappée, le décès des trois garçons en l'espace d'un mois, au cours de l'été 1674 :
  • Tout d'abord, Dominique, le plus jeune, âgé de treize ans, le 19 août,
  • Ensuite Pierre, âgé de quinze ans, le 24 août,
  • Enfin Joseph, âgé de vingt-et-un ans, le 14 septembre.

 Les actes de sépulture rédigés par le vicaire contenaient peu d'informations : Dominique fut enseveli "au tombeau de ses prédécesseurs", Pierre fut "enseveli dans le cimetière de l'église de Mengué après avoir receu le sacrement de pénitence" et Joseph "après avoir receu tous les sacrements".

AD Haute-Garonne
Aulon 1639-1682 1 E 1 vue 209/239

J'ai d'abord pensé à une épidémie, mais rien ne permet de confirmer cette hypothèse. Le guide chrono-thématique de Thierry Sabot ne signale ni peste, ni famine, ni fléau particulier pour 1674. Le registre paroissial d'Aulon pour cette même année tient en peu de pages : cinq baptêmes, deux annonces de publication de bans de mariage et un seul autre décès, celui d'une femme, un mois après avoir accouché d'une petite Toinette.

Alors, que penser ? Je ne puis écarter l'idée d'une maladie contagieuse, qui aurait frappé les trois garçons l'un après l'autre, mais sans aucune certitude. Et surtout comment faire pour en avoir le cœur net ?

lundi 23 février 2015

Un faisceau d'indices et quelques bizarreries

Je vous ai déjà parlé de mes ancêtres du Comminges(1), notamment pour évoquer l'absence de liens de filiation dans les actes de mariage, d'où la confusion toujours possible entre des homonymes et la nécessité de lire attentivement les actes de baptême, parfois plus diserts sur l'identité des parrains et marraines.

J'étais d'ailleurs tombée dans le panneau, je l'évoquais la semaine dernière à propos de mon ancêtre à la dixième génération, porteur du numéro Sosa 1000.

J'avais découvert qu'il se prénommait vraisemblablement Guilhem, et non pas Jean, comme je le croyais tout d'abord, et qu'en janvier 1704, lors du baptême de son petit-fils Guilhaume, il était l'époux de Guilhelme Jalambic. Des difficultés d'accès au site des Archives départementales de Haute-Garonne (imputables, paraît-il, à mon navigateur internet) m'avaient momentanément empêchée de pousser plus loin les recherches.

Tout étant apparemment rentré dans l'ordre, j'ai repris mes investigations, en m'aidant des informations glanées sur Geneanet.

Source Wikimedia Commons

Première étape : trouver l'acte de mariage. Guilhem Adema, marchand bladier(2), a épousé Guilhelme Jalambic, originaire de la paroisse de Boussan, le 13 octobre 1678 dans l'église de Cassagnabère.

Je note les références de l'acte et, dans la foulée, je recherche d'éventuels baptêmes d'enfants du couple, mais ne trouve rien sur les cinq ou six années suivantes.

Deuxième étape : trouver les actes de sépulture. Guilhelme Jalambic, veuve de Guilhem Adema, est enterrée le 13 septembre 1704, quelques jours après son époux, porté en terre le 5 septembre. Huit mois à peine après le baptême qui m'a alertée. Un seul hic : ils auraient respectivement soixante-quinze et quatre-vingts ans à la date de leur décès ! Rien d'étonnant à ce que je ne trouve pas d'enfant du couple ; même s'il faut prendre avec des pincettes les âges estimés dans les actes de sépulture, l'épouse approchait quand même de la cinquantaine à la date de son mariage…

Troisième étape : trouver un précédent mariage de notre marchand bladier. Sur Geneanet, je repère un Guilhem Adema époux d'une certaine Jeanne Larrieu. Pas de date ni de lieu de mariage, mais une ribambelle d'enfants baptisés à Cassagnabère de décembre 1656 à mars 1678. La mère succombe le 10 mars 1678, après avoir accouché le même jour d'une petite Jeanne. Elle avait alors quarante-deux ans.

En outre, détail qui a son importance(3), la fratrie compte deux enfants prénommés Jean, l'un né en juin 1665 et l'autre en octobre 1673. Ce dernier pourrait fort bien être mon ancêtre direct : il aurait donc la trentaine lors de son mariage avec Bertrande Artigues et cinquante-quatre ans, à quelques jours près, lors de son décès, ce qui est cohérent avec l'âge estimé (cinquante-cinq ans) que je parviens à déchiffrer non sans peine dans l'acte de sépulture.

Leur mère étant décédée en mars 1678, leur père a toute liberté de se remarier en septembre de la même année avec Guilhelme Jalambic. C'était pratique assez courante à l'époque. La boucle est bouclée ! Je pense donc avoir trouvé la réponse à mes interrogations, sans en avoir toutefois la certitude absolue. Juste un faisceau d'indices concordants.

J'ai noté au passage quelques bizarreries dans les actes.

L'acte de baptême du premier enfant identifié du couple formé par Guilhem Adema et Jeanne Larrieu, tout d'abord. Il est rédigé ainsi :
"Le 4 Xbre 1656 a esté baptisé Guilhaume Adema fils de Guilhaume
et Janne Larrieu mariés le susdit iour du mesme mois parrain Guilhaume
Larrieu et Janne Gaillarde habitant de Cassaignavere en foy de quoy"

Je n'ai bien entendu trouvé aucun mariage à cette date dans les registres. Je suppose donc que le curé de Cassagnabère a omis le mot "" avant "le susdit jour", car il a pour habitude de toujours indiquer la date de naissance dans les actes de baptême qu'il rédige. Mais avouez que c'est troublant…

Autre étourderie, sans doute, dans l'acte de sépulture de Jeanne Larrieu :
"… ont assisté à son enterrement Guilhem Larrieu bladier son mary…" Vraisemblablement une erreur de plume du même curé, qui donne au mari le même patronyme qu'à la défunte.

La dernière bizarrerie consistait à considérer Guilhelme Jalambic comme la grand-mère de l'enfant baptisé en janvier 1704, alors qu'elle n'était que la seconde épouse du grand-père. Le diable niche parfois dans les détails !



(1) Voir les billets intitulés "Cent mots pour une courte vie", publié le 27 octobre 2014, "Des ancêtres originaires du Comminges" le 3 novembre 2014 et "Foin des certitudes !" le 16 février dernier.

(2) Marchand de blé.

(3) Mon ancêtre Jean Adema, maître chirurgien, époux de Bertrande Artigues, était présent au mariage d'un de ses frères également prénommé Jean.

lundi 3 novembre 2014

Des ancêtres originaires du Comminges

Le Comminges est une région aux contours flous, si j'en juge par l'article quelque peu alambiqué que lui consacre Wikipédia. Si j'ai bien compris, il est situé au pied des Pyrénées, entre Aquitaine et Languedoc, et couvre une partie des actuels départements de l'Ariège, du Gers, de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées.

Le Comminges selon Wikipédia

Disons que le Comminges relève de l'ancienne province de Gascogne, terre haute en couleurs, pays de bonne chère et d'accent chantant, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Mes ancêtres commingeois sont originaires, pour autant que je le sache, de la Haute-Garonne et ils ont vécu dans des villages qui ont pour nom Cassagnabère-Tournas, Aulon, Mengué, Aurignac, Peyrouzet.

Je ne sais trop pourquoi je n'avais pas davantage exploré ces branches jusqu'à présent. Peut-être une certaine imprécision dans les registres paroissiaux ? Curés et vicaires ont la fâcheuse habitude d'omettre les noms des parents dans les actes de mariage, ce qui ne facilite guère la tâche du généalogiste, obligé de recouper ces informations avec d'autres pour tenter de remonter le fil des générations.

La lecture des actes est pourtant attrayante. Les patronymes fleurent bon le sud : Adema, Artigues, Picheloup, Favaron… Les prénoms n'en sont pas moins originaux : Besiane, Bertrande, Domenc, Pey… En outre, mes ancêtres du Comminges exercent des métiers que je n'avais pas encore rencontrés chez mes ancêtres de l'Anjou, du Maine et de la Manche : ils sont meuniers, boulangers, maîtres chirurgiens (au XVIIe siècle !), maîtres perruquiers, tailleurs d'habits, que sais-je encore. Ce qui laisse présager d'intéressantes trouvailles le jour où j'oserai enfin aborder les archives notariales et mettre le nez dans les testaments et les contrats.

En attendant, je relève quelques formules originales dans les registres paroissiaux. Par exemple, l'acte de mariage de Guilhaume Adema, qui sera maître chirurgien comme son père, et qui épouse Anne Duffaur. La cérémonie a lieu le 13 juillet 1734 dans l'église de Cassagnabère :

"… ont receu la bénédiction nuptiale Guilhaume Adema et Anne Duffaur étant suffisamment instruits des principes de la doctrine chrétienne et s'y étant disposés par les sacrements de pénitence et eucharistie présents Dominique Nestier notaire Jean Pierre Martin clerc tonsuré et messire Louis Lay prêtre ainsi le certifie Dabeaux curé…"

La négligence concernant les liens de filiation dans les actes de mariage est heureusement compensée par une curieuse circonspection concernant les prénoms lors des baptêmes. J'en veux pour preuve cette formule, relevée dans l'acte de baptême de Bertrande Artigues, en septembre 1683 à Mengué, et que j'ai rencontrée à plusieurs reprises :

"… je me suis soigneusement informé s'il y avait dans la famille dudit Jean Artigues quelque autre fille du même nom…"

Acte de baptême de Bertrande Artigues
AD Haute-Garonne, Aulon 1E2 vue 4/197


Cette sage précaution devrait nous éviter quelques homonymes, et partant quelques potentielles erreurs dans nos arbres généalogiques !