lundi 6 juin 2016

E comme expositions

Je veux parler ici des expositions temporaires ou permanentes organisées par les musées. Quel lien avec la généalogie et l'histoire familiale, me direz-vous ? Tout dépend de la thématique abordée. Je pense en particulier à trois expositions relativement récentes, qui sont entrées en résonnance avec mes recherches.

La première, L'Impressionnisme et la Mode, s'est déroulée au Musée d'Orsay de septembre 2012 à janvier 2013. Les vêtements exposés et les appellations parfois désuètes des tissus et des accessoires de mode (jaconas, palatine…) m'ont remémoré les pièces qui composaient le trousseau de mariage de mon arrière-grand-mère Eugénie Morel. De retour à la maison, j'ai consulté le carnet tenu par son époux et j'ai rédigé un billet(1) sur le sujet.

Exposition au Musée d'Orsay
Collection personnelle

La seconde exposition, intitulée Paris 1900 la ville spectacle, m'a rappelé ma grand-mère Julia, visitant avec son père l'Exposition universelle, deux mois avant son mariage. L'article(2) était déjà écrit, mais j'y ai fait quelques photos qui viendront peut-être un jour illustrer un autre sujet.

Exposition au Petit Palais
Collection personnelle

La troisième, Été 1914 les derniers jours de l'ancien monde, s'est tenue à la Bibliothèque nationale de France, sur le site François-Mitterrand. Elle renvoyait à une époque à la fois lointaine pour nous et pourtant proche, parce que nos grands-parents et arrière-grands-parents l'avaient vécue. Je me souviens en particulier d'un panneau entièrement tapissé de fiches de soldats morts pour la France, comme un mémorial…

Exposition à la BnF
Collection personnelle

Les documents et les objets exposés donnent incontestablement de l'épaisseur à l'existence de nos ancêtres et illustrent de façon concrète certains épisodes de leur vie. Les catalogues et les numéros des magazines spécialisés prolongent la visite et constituent en cela une documentation précieuse pour les généalogistes. J'aime jeter un œil à la librairie du musée, en sortant d'une exposition, et il est rare que j'en ressorte les mains vides.

Un dernier mot : j'ai évoqué ici des manifestations parisiennes, mais certains musées régionaux recèlent aussi des trésors sur la vie quotidienne des siècles passés. Autant de menus plaisirs en perspective !



(1) Voir l'article intitulé Le trousseau de la mariée, publié le 18 février 2013.

(2) Voir l'article intitulé E comme Exposition universelle de 1900, publié le 5 juin 2014.

samedi 4 juin 2016

D comme documents

Éléments indispensables pour reconstituer une partie de la vie de nos ancêtres, ils prennent des formes variées : contrats, livres de raison, correspondance, portraits, photographies, faire-part, coupures de presse… Et constituent le matériau de base pour écrire l'histoire familiale.

Les documents sont intéressants à plus d'un titre. Par leur contenu tout d'abord, qui nous transmet évidemment des informations, mais également par leur support et la façon dont celui-ci est utilisé. Je m'explique. Prenons une missive : le texte exprime des faits, des émotions, des sentiments, mais nous en apprenons également beaucoup par la qualité du papier, l'écriture, la façon dont les lignes occupent et parfois envahissent l'espace… sans parler du vocabulaire ni de l'orthographe !

De même avec les photos(1) : le choix du décor, la pose, la place de chacun par rapport aux autres, les annotations au dos du tirage, il y a largement de quoi se livrer à quantité de supputations. Sans oublier les clichés qui nous parviennent tronqués (la manie d'une de mes tantes, lorsque l'un des personnages ne lui revenait pas !).

D'innombrables menus plaisirs en perspective, donc, lorsque le généalogiste se lance dans l'exploitation des documents familiaux.

J'ai déjà évoqué sur ce blog certains documents dont je suis dépositaire, mais s'il me fallait indiquer les plus précieux à mes yeux ? Choix difficile. Des manuscrits, sans aucun doute, pour leur charge émotionnelle. Peut-être les lettres écrites par mon père à ma mère, et précieusement gardées par elle, lorsqu'il reprit un temps du service dans l'armée à la fin de la guerre de 1939-1945. Parce que durant les trente dernières années de sa vie, il se refusait obstinément à prendre la plume, je n'imaginais pas qu'il pouvait narrer par le menu les mille détails de sa vie quotidienne, lorsqu'il était temporairement éloigné du cercle familial.

Ou ce bout de papier glissé derrière un portrait de ma mère, alors qu'il était veuf : "… les souvenirs ne comblent pas le vide créé par la disparition d'un être cher. Ils le creusent, car chaque réminiscence d'un passé commun rend plus évidente l'absence de l'autre…"(2)





(1) Voir à ce sujet le livre de Christine Ulivucci, Ces photos qui nous parlent, une relecture de la mémoire familiale, Payot, 2014, 238 pages, ISBN 978-2-228-91063-7

(2) C'est, semble-t-il, une citation de Maurice Denuzière.

vendredi 3 juin 2016

C comme cartes de Cassini

Quel généalogiste ne connaît pas les cartes de Cassini établies au XVIIIe siècle par quatre générations de scientifiques ?

L'intérêt majeur des cent quatre-vingt feuilles qui composent cette carte de France réside dans les innombrables toponymes qui y figurent et qui permettent de localiser les lieux de vie de nos ancêtres. Ils sont assortis de symboles qui distinguent les villes, les bourgs, les paroisses avec ou sans château, les hameaux sans église, les gentilhommières, les moulins à eau, les moulins à vent en bois et ceux en pierre… et cette liste est loin d'être exhaustive.

Y figurent également les rivières, les routes, les forêts, les marais, les landes et quantité d'autres détails indispensables pour restituer l'environnement. Une mine inépuisable pour tout généalogiste, donc. À condition toutefois que ses ancêtres soient cantonnés dans le territoire du royaume de France au milieu du XVIIIe siècle. Amis savoyards ou corses, désolée, passez votre chemin.

La première fois que j'y ai eu accès, j'ai cherché à vérifier une légende familiale. Mon père prétendait qu'il existait au bord de la route qui relie Saint-Hilaire-du-Harcouët à Mortain, au sud du département de la Manche, un château(1) qui portait notre nom. Nous avions même fait un détour pour l'apercevoir, à l'occasion de vacances d'été non loin de la baie du Mont-Saint-Michel, il y a… pfiou !

Eh bien, sur la feuille n°95 de la carte de Cassini, qui couvre la région comprise entre Vire et Avranches, j'ai trouvé un hameau "le Chancé" à l'endroit attendu : le menu plaisir du jour ! Il est rattaché à la paroisse de Romagny et il est aujourd'hui encore indiqué par un panneau. J'ai vérifié.

Carte générale de la France Feuille 82
établie sous la direction de César-François Cassini de Thury
Source Gallica

Un seul hic, rien ne me permet de faire le lien avec mes ancêtres normands.  Depuis la fin du XVIIe siècle(2), ceux-ci vivaient certes à deux lieues de là à peine, dans la proche paroisse du Touchet : dans ce pays de bocage à l'habitat dispersé, ils demeuraient à la Petite Gérardière, au Val, à la Masure, au Champ Ouis ou à la Rousselais. Au fil du temps, ils ont entretenu des liens avec des familles originaires de Romagny… mais le toponyme de Chancé n'apparaît dans aucun des actes que j'ai déchiffrés.

Une question subsiste par ailleurs : comment mon père, né à Paris, d'un père également né à Paris, connaissait-il l'existence de ce château ?





(1) La bâtisse que j'ai vue il y a fort longtemps fut vraisemblablement édifiée au cours du XIXe siècle, si j'en juge par la seule photo (de médiocre qualité) en ma possession, mais elle n'existe plus aujourd'hui.

(2) Les registres paroissiaux ne m'ont pas permis de remonter au-delà de 1688 pour cette branche de ma famille.

jeudi 2 juin 2016

B comme bibliothèques

L'une des raisons pour lesquelles j'ai plongé avec délices dans les recherches généalogiques, c'est qu'elle flattait mon goût pour les bibliothèques.

Encore un mot qui bénéficie de plusieurs acceptions. Quelle image vous vient à l'esprit lorsque vous le prononcez ? les meubles d'une célèbre marque suédoise ? une pièce tapissée de rayonnages ? des reliures en cuir avec des titres et des motifs dorés au fer ? un bâtiment où vous entrez en montrant patte blanche et où vous communiquez en chuchotant ? Les longues tables nettes, le halo des lampes individuelles et la qualité particulière du silence qui règne en ces lieux dédiés à l'érudition invitent immanquablement à la lecture et à l'étude, vous ne trouvez pas ?

Bibliothèque Thiers
Collection personnelle

Il m'est aussi arrivé de rêver en voyant Umberto Ecco déambuler dans sa résidence de Milan : un ancien hôtel, avec une succession de couloirs et de pièces où étaient rangées les dizaines de milliers de volumes qui composaient sa bibliothèque personnelle. Un dédale, quelques gravures accrochées aux murs, des échelles coulissant sur des rails pour atteindre les étagères les plus hautes, de ci de là des piles de documents au sol ou sur les tables, dans une sorte de désordre maîtrisé…

Il se vantait d'avoir une excellente mémoire visuelle et d'être capable de localiser sans trop de difficulté l'exemplaire recherché. Il n'empêche ! Je songe à ces mots de Jacques Bonnet(1), autre bibliomane forcené : "Le fait de vivre avec des milliers de livres n'est pas sans influencer le fonctionnement de la mémoire. La mienne est plus soucieuse de pouvoir retrouver rapidement le livre où se trouve le renseignement que je cherche que de s'encombrer de faits, de dates, de citations, qui se trouvent sur mes étagères."


Amis généalogistes, je ne saurais trop vous recommander ce livre. Il vous ôtera tout complexe, si vous en aviez, sur vos modes de classement, votre vitesse de lecture et vos achats compulsifs en ce domaine.

"La bibliothèque est ce qui se rapproche le plus du paradis terrestre." C'est du même auteur.




(1) Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantômes, Arléa poche n°207, 2014, 180 pages, EAN 9782363080516

mercredi 1 juin 2016

A comme archives

J'ai conscience de ne pas être follement originale en commençant le challenge avec un titre pareil ! Mais n'est-ce pas notre lot commun, à nous généalogistes de tout poil, de consulter inlassablement les archives pour y trouver, non pas la preuve de l'existence de Dieu, mais les traces parfois infimes de l'existence de nos ancêtres ?

Je ne gloserai pas à l'infini sur les différentes acceptions du mot "archives", ensemble de documents, mais aussi lieu de conservation et de stockage. Vous visualisez ces dossiers jaunis, ces coins écornés, ces feuillets trop fins et cette encre à demi effacée ? ces registres toilés, ces boîtes en carton alignées à perte de vue sur des kilomètres d'étagères ? et ce parfum subtil, mélange de poussière et de vieux papier ? comment peut-on prendre plaisir à s'user les yeux sur des trucs pareils, c'est du moins ce que pensent les autres, ceux qui ne partagent pas notre passion…


Je ne prétends pas les faire changer d'avis, mais s'ils ont l'esprit curieux, je leur conseille juste la lecture du livre d'Arlette Farge(1), Le goût de l'archive, dont j'extrais cette citation : "On ne dira jamais assez à quel point le travail en archives est lent et combien cette lenteur des mains et de l'esprit peut être créatrice."

Ils y découvriront au passage le charme insoupçonné des archives judiciaires.




(1) Arlette Farge, Le goût de l'archive, Editions du Seuil, Points Histoire, H233, 1989, 156 pages, ISBN 978-2-02-030909-7