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lundi 17 septembre 2018

Républicain de gauche ?

Je poursuis l'étude des documents collectés cet été à Pau, histoire de découvrir quelles étaient les opinions politiques de mon grand-père maternel :

"M. Maitreau qui n'avait jamais fait de politique entre pour la première fois au conseil municipal, c'est un républicain très sûr dont l'action sera heureuse au sein de la municipalité." (mai 1925)

Collection personnelle

"M. Maitreau occupe à Oloron une place beaucoup plus effacée. Républicain de gauche comme MM. Gabe et Vignau." (mai 1929)

"M. Maitreau républicain de gauche qui occupe aujourd'hui la place de premier adjoint apportera à M. Vignau toute la collaboration désirable." (novembre 1932)

Tels sont les commentaires inscrits dans la colonne Renseignements généraux, sur les feuillets relatifs aux élections municipales d'Oloron-Sainte-Marie, que j'ai pu consulter aux Archives départementales.

L'Alliance démocratique

Mais à quoi correspond ce qualificatif de républicain de gauche ?

Mes connaissances sur les partis politiques de la Troisième République sont plutôt limitées, même si la période 1919-1939 était inscrite au programme d'histoire de terminale, à l'époque où je passais le baccalauréat, période à nouveau étudiée en classe préparatoire les deux années suivantes !

Les recherches sur internet me conduisent à un article sur l'Alliance démocratique. Cette appellation ne m'évoque rien, tentons d'en apprendre davantage.

Il s'agit en fait d'une formation fondée en 1901 par des hommes politiques français qui ont laissé peu de traces dans la mémoire collective.

D'après Wikipédia, l'Alliance démocratique, qui connut plusieurs appellations[1] au fil du temps et dont les membres sont régulièrement qualifiés de républicains de gauche, est une "formation de centre gauche glissant au centre droit" ! À la fois laïque et libérale, semble-t-il. Toujours d'après l'article, un des piliers, avec le parti radical, des multiples gouvernements qui se succédèrent jusqu'à la fin des années 1930.

Des figures marquantes

En lisant attentivement l'article, je  relève deux noms qui ne me sont pas inconnus : Raymond Poincaré et Louis Barthou.

Raymond Poincaré (1860-1934), député de la Meuse, fut plusieurs fois ministre, Président du Conseil en 1912, Président de la République de 1913 à 1920, sénateur après la Première Guerre mondiale, puis à nouveau Président du Conseil de 1926 à 1929. On lui doit notamment le passage, le 25 juin 1928, du franc germinal créé par Bonaparte en 1803 au franc Poincaré : la contrepartie en or du franc avait alors été divisée par cinq (dévaluation de 80 %, une paille !).

Quant à Louis Barthou (1862-1934), tous les Palois connaissent son nom.

Béarnais, né à Oloron-Sainte-Marie, élève au lycée de Pau de 1875 à 1880, il a donné son nom à ce même lycée ainsi qu'à l'une des rues du centre ville, à proximité de la place Royale.

Député des Basses-Pyrénées jusqu'en 1922, puis sénateur, il fut plusieurs fois ministre et brièvement Président du Conseil en 1913. Ce même Louis Barthou, alors ministre des Affaires étrangères, fut mortellement blessé à Marseille le 9 octobre 1934, lors de l'attentat qui coûta également la vie à Alexandre 1er de Yougoslavie.

Affaire à suivre ?

Mais revenons plus modestement à Maurice Maitreau. Il me faudrait maintenant feuilleter les procès-verbaux des réunions du conseil municipal aux Archives communales d'Oloron (ouvertes un seul après-midi par semaine, sur rendez-vous : une visite à anticiper soigneusement, donc).

 La présidente de la salle de lecture aux Archives départementales à Pau m'a aussi fort aimablement indiqué la cote d'une étude sur la vie politique à Oloron sous la Troisième République.

Bref, je peux d'ores et déjà ouvrir la liste des points à examiner lors d'un prochain voyage dans les Pyrénées…




[1] Alliance républicaine démocratique de 1901 à 1911 et de 1917 à 1920, Parti républicain démocratique de 1911 à 1917, Parti républicain démocratique et social de 1920 à 1926, enfin Alliance démocratique à partir de 1926, selon Wikipédia.

lundi 10 septembre 2018

Sur la piste de l'adjoint au maire

Comme je l'évoquais dans un article précédent, mon grand-père maternel Maurice Maitreau fut un temps conseiller municipal d'Oloron-Sainte-Marie(1) durant l'entre-deux-guerres. Cela, je le savais plus ou moins : son écharpe tricolore avait été pieusement conservée par ma grand-mère et elle était exposée sur une étagère de la bibliothèque chez mes parents.

J'avais même acquis le livre de Marie-Odile Mergnac, Retrouver un ancêtre maire ou conseiller municipal(2), afin de creuser la question. J'ai donc lu avec intérêt le chapitre consacré à la Troisième République, qui traite des modalités électorales, des partis politiques, des listes et des résultats d'élection, et j'en ai retenu qu'il fallait consulter la série 3 M des Archives départementales pour en apprendre davantage.

Projet mis enfin à exécution au mois d'août dernier, lors d'un passage à Pau. Avec l'aide de la présidente de la salle de lecture, j'ai repéré les deux cotes qui pouvaient m'intéresser : 3 M 128 et 3 M 161.


La première contient divers courriers émanant du préfet et du sous-préfet sur la constitution des listes et la composition politique des conseils municipaux, mais le nom de Maurice Maitreau n'apparaît nulle part. Passons à la suivante.


Cette dernière m'intéresse davantage. Elle comprend notamment des feuillets sur l'élection du maire et de ses deux adjoints. En première page, le nombre de conseillers municipaux relevant des différents partis politiques, information assortie d'une notice plus ou moins explicite.

Les deux pages centrales comportent une dizaine de rubriques :
  • Désignation des fonctions,
  • Nom, prénoms et couleur politique de l'élu,
  • Était-il titulaire des fonctions ou est-il nouveau ?
  • Indiquer depuis quelle époque il fait partie sans interruption du conseil municipal,
  • Sa profession et résidence habituelle,
  • Rang qu'il occupe au conseil municipal,
  • Nombre de voix obtenues par l'élu,
  • Indiquer dans quelles conditions a eu lieu l'élection, si c'est au premier tour, au scrutin de ballotage ou par bénéfice de l'âge,
  • Indiquer si l'élection a été attaquée, si elle a été validée ou cassée par le Conseil de Préfecture,
  • Renseignements généraux confidentiels sur le caractère du choix fait par le Conseil municipal.
Cette dernière rubrique est sans doute la plus révélatrice des opinions de l'époque. Elle permet d'apprécier comment le maire et ses adjoints étaient perçus par l'autorité préfectorale.

Aux élections de novembre 1919 donc, Amédée Gabe, avoué à Oloron, républicain de gauche(3), est élu maire au 3e tour, par 12 voix sur 23. Le premier adjoint, radical socialiste, se nomme Henri Cadier et le second adjoint, républicain de gauche, Albert Lombard. Les commentaires inscrits dans la colonne "Renseignements généraux confidentiels" sont peu flatteurs. Mais pas de trace de mon grand-père.

Aux élections de mai 1925, le mandat d'Amédée Gabe est reconduit par 19 voix sur 23 dès le premier tour. Joseph Vignau est élu premier adjoint et Maurice Maitreau deuxième adjoint, tous deux par 21 voix sur 23 dès le premier tour, sous l'étiquette de républicains de gauche. Aux élections de mai 1929, tous trois sont reconduits par 20 voix sur 21.

Enfin, aux élections de novembre 1932, consécutives au décès du maire Amédée Gabe, Joseph Vignau lui succède et mon grand-père Maurice Maitreau devient premier adjoint.

Source AD 64 cote 3 M 161

Le dossier consulté ne contenait aucun document relatif aux élections municipales de mai 1935, date à laquelle Jean Mendiondou l'emporta sur le maire sortant. Il me faudra pousser plus loin les investigations pour vérifier si mon grand-père faisait encore partie du conseil municipal, ce dont je doute : cela aurait vraisemblablement été mentionné dans l'avis de son décès, paru dans le Patriote des Pyrénées le 22 décembre 1939.





(1) Cette sous-préfecture des Basses-Pyrénées (comme on disait à l'époque) comptait alors un peu moins de 10 000 habitants.

(2) Marie-Odile Mergnac, Retrouver un ancêtre maire ou conseiller municipal, Les surprises de la politique locale, Archives & Culture, 2013, ISBN 978-2-35077-193-9

(3) Je reviendrai sur cette étiquette politique dans un prochain article.

lundi 20 novembre 2017

Le maire s'inquiète des usages

Après avoir largement exploité le registre des délibérations de la municipalité d'Aucun durant la Révolution, je décide de pousser un peu plus loin et de feuilleter les pages suivantes.

Manifestement, les procès-verbaux de toutes les réunions n'ont pas été conservés, puisque le registre saute allègrement de juin 1805 à novembre 1819 et de là à juillet 1821 : nous zappons allègrement la quasi totalité du Premier Empire, ainsi que la Première Restauration, pour retrouver nos Pyrénéens sous le règne de Louis XVIII.

Certains documents ne manquent pas de sel. Devinez, par exemple, ce qui préoccupe le maire lors de la séance du 2 janvier 1822 : les enterrements !

Les citoyens d'Aucun sont confrontés à deux difficultés. La première est d'ordre financier : "Il s'est établi dans cette commune comme dans plusieurs autres, comme un usage dans les mortuaires et les neuvaines(1), d'ouvrir la porte à tous les parents du mort, soit proches, soit éloignés, qu'on est obligé de régaler ; que les dépenses qu'on est obligé de faire sont trop indécentes et ruineuses, pour les laisser subsister".

La seconde est d'ordre pratique : quand il s'agit de porter le corps jusqu'à sa dernière demeure, a contrario on manque de bras !

Le conseil municipal va donc tenter de réglementer. Pour ce faire, il a recours à l'ancienne division de la paroisse en "dizaines" qui correspondent, semble-t-il, à des quartiers : "Deux personnes de chaque maison de la dizaine assisteront au convoi funèbre, les deux plus proches voisins feront, pendant la nuit et indépendamment des proches parents, la garde de la personne morte, les hommes de la dizaine porteront le cadavre à l'église et l'enterreront".

Abords de l'église d'Aucun
Collection personnelle

Mais attention ! Le jour de l'enterrement et le jour de la neuvaine, pas plus de deux proches voisins, en plus des fils et petits-fils de la maison, au repas funèbre : "il est défendu à toute autre personne soit de la commune, soit même étrangère de s'introduire dans la maison du mort pour y boire ou manger" et la consigne vaut également pour les sonneurs de cloches. Ces derniers recevront un franc cinquante centimes pour tout salaire de la part des parents du mort.

Le conseil municipal prévoit même une amende en nature en cas de contravention à ces dispositions : une livre de cire, au profit de l'église, à remettre entre les mains du marguillier.

Voilà, qu'on se le dise !



(1) Cérémonie de commémoration neuf jours après le décès.

lundi 30 octobre 2017

L'affaire de l'arbre de la liberté

Le 6 mars 1794, pardon, "le 16 ventôse l'an 2e de la République française une et indivisible", sur les neuf heures du soir, c'est l'effervescence dans le bourg d'Aucun : un malfaisant a abattu l'arbre de la liberté !

Les faits

Pierre Pujos, Mathieu Garcie et Jean Massot se rendent sur les lieux du méfait. L'arbre, planté à proximité de la maison commune, a été scié à trois pans au-dessus du sol (environ 65 centimètres) et s'est cassé en deux dans sa chute.

Le maire, l'officier municipal et l'agent national font le tour du bourg à la recherche du ou des coupables, sans grand succès (il doit faire nuit noire à cette heure tardive), et décident de mettre les morceaux de l'arbre à l'abri, avant de rédiger un procès-verbal. Ils ne veulent surtout pas être accusés à tort.

Une semaine plus tard, le 13 mars, le comité de surveillance d'Argelès (aujourd'hui Argelès-Gazost) pointe deux noms : François Bergant et Jean Labernèze sont en fuite, c'est bien la preuve qu'ils sont coupables ! Deux gendarmes sont dépêchés pour les arrêter, mais ils ont beau faire le tour des maisons et visiter les granges… ils font chou blanc.

L'agent national Jean Massot s'impatiente. Flairant la menace, André Cazajous, qui fut le premier maire élu d'Aucun en janvier 1790 et dont l'épouse est une certaine Jeanne Bergant, se présente à la maison commune le 26 mars à midi : il n'a pas vu François Bergant, "cadet de la maison", depuis le 3 mars dernier. Il ne lui a pas parlé depuis lors et il ignore où il se cache.

Il déclare en outre que "tous les citoyens de la commune d'Aucun sont instruits savamment qu'il n'a jamais été son supérieur" et "il demande que la présente déclaration soit couchée sur le registre en cas de besoin". En ces temps troublés, il importe de se méfier des dénonciations, elles pourraient rapidement avoir des conséquences plus que fâcheuses…

On fait bientôt donner la garde nationale. Le 29 mars, à huit heures du soir, instruits par la rumeur, une dizaine d'hommes se rendent de l'autre côté du gave d'Azun, au hameau de Terre Nère, à la recherche de Jean Labernèze. Ils perquisitionnent les maisons Labernèze, Lacabane, Rousse, Bouic, "fouillent dans tous les coins de leurs bâtiments", en vain.

Deux jours plus tard, ils se transportent dans la section de Labat, à la recherche de François Bergant. Cette fois, les perquisitions s'effectuent chez Peinougué, Carrieu, Lacontre, Artigalets. Sans plus de succès.

Mais bientôt, la municipalité a d'autres sujets de préoccupation, nomination des instituteurs, question religieuse, réquisitions diverses, et il n'est plus question de l'affaire dans le registre des actes communaux. Peut-être faudrait-il consulter les archives du comité de surveillance d'Argelès pour connaître le mot de la fin, c'est malheureusement un peu loin de mon camp de base.

Les protagonistes

J'ai néanmoins tenté d'en apprendre davantage sur les deux suspects. En l'absence de registres d'état civil numérisés pour la période comprise entre 1790 et fin 1802, j'ai consulté les sites de Geneanet et de Filae.

J'ai facilement identifié Jean Labernèze. Je savais déjà qu'il était charpentier (c'est peut-être lui qui a manié la scie ?). Je découvre qu'il a vingt-six ans au moment des faits et qu'il s'est marié l'année précédente. Le voilà donc en cavale.

J'ai plus de difficultés avec François Bergant qui ne semble pas avoir intéressé beaucoup de généalogistes jusqu'à présent. Peut-être s'agit-il d'un beau-frère d'André Cazajous, puisqu'il semble plus ou moins attaché à sa maison, mais je ne puis rien affirmer.

Rappel historique

Les arbres de la liberté, le plus souvent des chênes ou des peupliers, ont repris la coutume plus ancienne des arbres de mai, destinés à fêter l'arrivée du printemps.

Plantation d'un arbre de la liberté à Paris
Source Gallica.bnf.fr 

Le premier aurait été planté en mai 1790 par le curé de Saint-Gaudent, dans le département de la Vienne, qui lança ainsi une mode. En 1792, on en comptait plus de 60 000 dans tout le pays, ornés de rubans ou de cocardes tricolores et parfois coiffés d'un bonnet phrygien.


Symbole républicain qui fut souvent déraciné durant la Restauration, s'il n'avait pas dépéri auparavant… mais savez-vous qu'il subsiste toujours à l'avers des pièces françaises de un et de deux euros ?