lundi 30 novembre 2015

Une matinée aux Archives historiques de la RATP

Je n'ai pas connu mon grand-père paternel, mort longtemps avant ma naissance, et je disposais jusqu'à présent de peu d'éléments à son sujet : deux ou trois photos, une alliance avec la date de mariage gravée sur la face interne, un titre de rente viagère pour la vieillesse, deux bulletins de déclaration de pension à l'administration fiscale, deux courriers de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP) datés de 1936 et une plaque en cuivre pour imprimer des cartes de visite avec son adresse.

Cet inventaire à la Prévert m'a permis de collecter dans un premier temps ses actes de naissance, de mariage et de décès. Puis de me rendre aux Archives de Paris pour y trouver sa fiche matricule, dénicher l'acte de mariage religieux, consulter les tables de successions et absences et déchiffrer la déclaration de mutation par décès.

J'avais néanmoins le sentiment de ne pas avoir épuisé toutes les ressources… En faisant une recherche sur Internet, j'ai découvert que la RATP disposait d'archives historiques ouvertes au public. Un article de l'Association Histoire et Mémoire ouvrière en Seine-Saint-Denis détaillait les fonds et indiquait notamment l'existence de dossiers du personnel des sociétés qui ont précédé la création de la RATP : Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), Compagnie Nord-Sud, Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP).

Les dossiers du personnel

L'ensemble couvre la période de 1900, date de mise en exploitation de la première ligne de métro, à 1960.

J'ai donc téléphoné au numéro indiqué sur le site de la RATP et mon interlocutrice, la responsable des archives, m'a aimablement indiqué la procédure à suivre. J'ai confirmé ma demande par courriel le jour même, j'ai reçu en réponse un formulaire à remplir et quelques jours plus tard un coup de fil m'indiquait que le dossier demandé était à ma disposition. Rendez-vous fut pris pour lundi dernier.

La médiathèque est située au sous-sol de la Maison de la RATP, à deux pas de la gare de Lyon, entre la rue de Bercy et le quai de la Rapée. Distraite par une distribution de tracts à l'entrée du vaste hall du bâtiment, j'ai loupé l'Accueil et je suis descendue directement à la médiathèque en suivant les flèches… pour trouver porte close ! Au bout de quelques minutes, une personne m'a aperçue derrière la paroi vitrée et m'a fait entrer. Ouf ! J'avais enfin entre les mains le dossier tant espéré et j'allais en savoir davantage sur mon grand-père paternel.

Source Archives historiques de la RATP

Le contenu d'un dossier

Naïvement, je ne m'attendais pas à recueillir autant d'informations contenues dans une chemise somme toute assez mince. Jugez plutôt.

Tout d'abord, une photo d'identité de mon grand-père jeune, en uniforme de l'entreprise, avec son numéro matricule sur les pattes de col. Le cliché nécessitera quelques retouches, pour faire disparaître les traces de trombone. L'occasion de mettre à profit le guide Restaurer ses photos de famille(1), acquis récemment.

Portrait de Frédéric Chancé
Source Archives historiques de la RATP

La lettre de candidature manuscrite, adressée à Monsieur le Directeur de l'Exploitation du Chemin de fer métropolitain, curieusement non datée.

Une feuille de renseignements sur laquelle figure la liste des entreprises qui ont employé mon grand-père avant son entrée à la CMP. Noms, adresses, dates d'entrée et de sortie, bref, une mine à exploiter et de quoi reconstituer l'ensemble de sa carrière.

Deux certificats médicaux.

Un permis provisoire de "receveur d'automobile" (?) à en-tête de la Préfecture de police et de la CMP. Il est daté du 27 septembre 1902 et valable deux mois.

Divers courriers, certains dactylographiés et d'autres manuscrits sur des formulaires à en-tête de la CMP. Dans l'un d'eux, mon grand-père sollicite un certificat de ses appointements et indemnités, à fournir à la Préfecture, son fils (mon père) ayant été admis comme boursier au collège Chaptal. Il précise fièrement que celui-ci a été reçu 27e sur 216 candidats.

Un livret individuel, détenu en temps normal par le chef de service, qui contient, outre les renseignements d'état civil, les mutations, maladies et blessures, congés et punitions (!).

Une fiche de suivi des congés et maladies, instructive à la fois sur les conditions de travail dans l'entreprise entre 1902 et 1920 et sur la santé de mon grand-père.

Une fiche de suivi des punitions, avec des colonnes prévues pour les observations, les réprimandes, les blâmes, les avertissements. La colonne des motifs est à lire attentivement car elle est révélatrice, entre autres choses, de l'obsession de l'entreprise pour le respect des horaires des rames de métro.

Quelques récépissés et documents administratifs divers.

Enfin une lettre manuscrite de ma grand-mère paternelle, datée du 28 août 1920. En l'absence de son mari, désormais à la retraite, elle répond à l'entreprise qui réclame un solde dû relatif à l'habillement. J'en déduis que la société faisait payer à ses employés l'uniforme qu'elle leur imposait.

Mon grand-père entra à la CMP comme "garde" en septembre 1902, avant de devenir chef de train (à ne pas confondre avec le conducteur) en octobre 1903. Il relevait du service du Mouvement, alors que les conducteurs relevaient du service de la Traction(2). Je dis ça, mais il va falloir me documenter davantage sur le sujet…

Mon grand-père fut mis à la retraite le 1er juillet 1920, à l'âge de cinquante-cinq ans, et fut maintenu dans son emploi comme agent auxiliaire jusqu'au 1er août suivant, date à laquelle il démissionna. Il était resté dix-huit ans dans la compagnie.

Ici comme dans les autres services d'archives, j'ai eu l'autorisation de photographier les pièces qui m'intéressaient. Deux heures plus tard, je repartais satisfaite et depuis lors j'ai une pensée pour mon grand-père chaque fois que je monte dans une rame du métro.



(1) Robert Correll, Restaurer ses photos de famille, Eyrolles, 2015, 254 pages
(2) Jean Tricoire, Un siècle de métro en 14 lignes, De Bienvenüe à Météor, Éditions La vie du Rail, 1999, 351 pages

5 commentaires:

  1. Merci pour ce partage
    qui illustre la vie d'un proche et aussi celle d'une entreprise
    bien chanceuse de pouvoir vous déplacer .....

    Fanny-Nésida

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    1. Oui, j'ai la chance d'habiter la très proche banlieue parisienne. J'en profite pour exploiter les ressources de proximité.

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  2. Merci pour ce "mode d'emploi" des archives de la RATP. Il faudra que j'y aille, car avant mon père, qui a fait toute sa carrière à la RATP, mon grand-père paternel, que je n'ai pas connu, a travaillé à la STCRP ainsi que mon arrière-grand-père. Un fil pour me remettre à la généalogie... en janvier !

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  3. Merci pour cet article très intéressant pour de multiples raisons et bravo pour ces recherches !

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  4. Merci pour cet article qui m'a beaucoup intéressè.J'ignorais l'existence des archives historiques de la RATP.
    Les plus belles trouvailles généalogiques s'obtiennent en salle de lecture,et plus particulièrement dans la consultation des dossiers professionnels:RATP,instituteur,douanier.

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