lundi 23 février 2015

Un faisceau d'indices et quelques bizarreries

Je vous ai déjà parlé de mes ancêtres du Comminges(1), notamment pour évoquer l'absence de liens de filiation dans les actes de mariage, d'où la confusion toujours possible entre des homonymes et la nécessité de lire attentivement les actes de baptême, parfois plus diserts sur l'identité des parrains et marraines.

J'étais d'ailleurs tombée dans le panneau, je l'évoquais la semaine dernière à propos de mon ancêtre à la dixième génération, porteur du numéro Sosa 1000.

J'avais découvert qu'il se prénommait vraisemblablement Guilhem, et non pas Jean, comme je le croyais tout d'abord, et qu'en janvier 1704, lors du baptême de son petit-fils Guilhaume, il était l'époux de Guilhelme Jalambic. Des difficultés d'accès au site des Archives départementales de Haute-Garonne (imputables, paraît-il, à mon navigateur internet) m'avaient momentanément empêchée de pousser plus loin les recherches.

Tout étant apparemment rentré dans l'ordre, j'ai repris mes investigations, en m'aidant des informations glanées sur Geneanet.

Source Wikimedia Commons

Première étape : trouver l'acte de mariage. Guilhem Adema, marchand bladier(2), a épousé Guilhelme Jalambic, originaire de la paroisse de Boussan, le 13 octobre 1678 dans l'église de Cassagnabère.

Je note les références de l'acte et, dans la foulée, je recherche d'éventuels baptêmes d'enfants du couple, mais ne trouve rien sur les cinq ou six années suivantes.

Deuxième étape : trouver les actes de sépulture. Guilhelme Jalambic, veuve de Guilhem Adema, est enterrée le 13 septembre 1704, quelques jours après son époux, porté en terre le 5 septembre. Huit mois à peine après le baptême qui m'a alertée. Un seul hic : ils auraient respectivement soixante-quinze et quatre-vingts ans à la date de leur décès ! Rien d'étonnant à ce que je ne trouve pas d'enfant du couple ; même s'il faut prendre avec des pincettes les âges estimés dans les actes de sépulture, l'épouse approchait quand même de la cinquantaine à la date de son mariage…

Troisième étape : trouver un précédent mariage de notre marchand bladier. Sur Geneanet, je repère un Guilhem Adema époux d'une certaine Jeanne Larrieu. Pas de date ni de lieu de mariage, mais une ribambelle d'enfants baptisés à Cassagnabère de décembre 1656 à mars 1678. La mère succombe le 10 mars 1678, après avoir accouché le même jour d'une petite Jeanne. Elle avait alors quarante-deux ans.

En outre, détail qui a son importance(3), la fratrie compte deux enfants prénommés Jean, l'un né en juin 1665 et l'autre en octobre 1673. Ce dernier pourrait fort bien être mon ancêtre direct : il aurait donc la trentaine lors de son mariage avec Bertrande Artigues et cinquante-quatre ans, à quelques jours près, lors de son décès, ce qui est cohérent avec l'âge estimé (cinquante-cinq ans) que je parviens à déchiffrer non sans peine dans l'acte de sépulture.

Leur mère étant décédée en mars 1678, leur père a toute liberté de se remarier en septembre de la même année avec Guilhelme Jalambic. C'était pratique assez courante à l'époque. La boucle est bouclée ! Je pense donc avoir trouvé la réponse à mes interrogations, sans en avoir toutefois la certitude absolue. Juste un faisceau d'indices concordants.

J'ai noté au passage quelques bizarreries dans les actes.

L'acte de baptême du premier enfant identifié du couple formé par Guilhem Adema et Jeanne Larrieu, tout d'abord. Il est rédigé ainsi :
"Le 4 Xbre 1656 a esté baptisé Guilhaume Adema fils de Guilhaume
et Janne Larrieu mariés le susdit iour du mesme mois parrain Guilhaume
Larrieu et Janne Gaillarde habitant de Cassaignavere en foy de quoy"

Je n'ai bien entendu trouvé aucun mariage à cette date dans les registres. Je suppose donc que le curé de Cassagnabère a omis le mot "" avant "le susdit jour", car il a pour habitude de toujours indiquer la date de naissance dans les actes de baptême qu'il rédige. Mais avouez que c'est troublant…

Autre étourderie, sans doute, dans l'acte de sépulture de Jeanne Larrieu :
"… ont assisté à son enterrement Guilhem Larrieu bladier son mary…" Vraisemblablement une erreur de plume du même curé, qui donne au mari le même patronyme qu'à la défunte.

La dernière bizarrerie consistait à considérer Guilhelme Jalambic comme la grand-mère de l'enfant baptisé en janvier 1704, alors qu'elle n'était que la seconde épouse du grand-père. Le diable niche parfois dans les détails !



(1) Voir les billets intitulés "Cent mots pour une courte vie", publié le 27 octobre 2014, "Des ancêtres originaires du Comminges" le 3 novembre 2014 et "Foin des certitudes !" le 16 février dernier.

(2) Marchand de blé.

(3) Mon ancêtre Jean Adema, maître chirurgien, époux de Bertrande Artigues, était présent au mariage d'un de ses frères également prénommé Jean.

lundi 16 février 2015

Foin des certitudes !

Je m'apprêtais à répondre avec une belle assurance à la question posée par Maïwenn Bourdic, "Et vous, qui est votre Sosa n°1000 ?" : Jean Adema, laboureur, époux de Domenge Picheloup, en vertu du mariage célébré par le vicaire de Cassagnabère (aujourd'hui Cassagnabère-Tournas, en Haute-Garonne) le mardi 18 février 1659.

Et puis j'ai voulu vérifier un ou deux trucs. C'est d'ailleurs le but de la manœuvre. Le lien vers l'article de Maïwenn, publié sur son blog D'aïeux et d'ailleurs en juin 2008, est proposé en commentaire du dernier billet de La Gazette des Ancêtres. Sophie Boudarel nous y invite à réviser notre généalogie pour la purger des inévitables erreurs commises au fil des recherches et nous suggère quelques pistes.

Eh bien, je suis servie ! Je commence par relire les actes concernant Jean Adema et son épouse, puis je passe à ceux de leurs six enfants identifiés, trois garçons, Jean en 1661, Bertrand en 1663 et à nouveau Jean en 1665, et trois filles, Bertrande en 1668, Guilhelme en 1672 et Jeanne en 1674.

Je vérifie au passage que j'ai attribué la bonne épouse à chacun des deux Jean. Pas de souci, le Jean maître chirurgien, époux de Bertrande Artigues depuis février 1703, est présent au mariage de son jeune frère Jean avec Jeanette Anglade en juin 1705. C'est précisé dans le registre paroissial.

Un point attire néanmoins mon attention : chacun des deux Jean aurait quarante et un ans lors de ses épousailles. L'âge me paraît un peu élevé, d'autant qu'il n'est fait nulle mention d'un précédent veuvage… et comme les parents des mariés ne sont pas nommés, une confusion est fort possible avec des homonymes.

Je passe aux baptêmes des enfants du couple formé par Jean Adema et Bertrande Artigues, mes ancêtres directs. Le vicaire de Cassagnabère a eu l'heureuse idée de préciser les liens de parenté des parrains et marraines et je tombe sur ceci :

AD Haute-Garonne 1E5 vue 22/145

"L'an mil sept cens quatre et le trantieme iour du mois de ianvier a esté
baptisé par moy bas signé pbre vicaire de Casaignebere Guilhaume Adema
né la nuit precedante fils legitime a Iean Adema et Bertrande Artigues mariés
parrin Guilhem Adema marrine Guilhelme Jalambic aussi mariés ayeul et
ayeule du baptisé interpellés de signer ont dit ne scavoir en foy de quoy
"

Enfer et damnation ! Voilà une précision qui m'avait complètement échappé à la première lecture ! Bon, c'était il y a quatre ans au moins, et je commettais alors des erreurs de débutante.

Je n'ai plus qu'à rechercher l'acte de mariage de ce couple et les actes de baptême de leurs enfants… dès que les archives numérisées de Haute-Garonne seront à nouveau accessibles, au lieu d'afficher un message d'erreur, après la licence-clic !

J'en conclus donc provisoirement que mon Sosa n°1000 n'est pas celui que je croyais, mais sans doute un de ses frères ou de ses cousins, et qu'il s'appelle Guilhem Adema. J'y gagne au passage, si j'ai correctement déchiffré l'acte, un nouveau patronyme, celui de son épouse. Affaire à suivre…

lundi 9 février 2015

Un outil indispensable

Fervente adepte de la sérendipité, je vais régulièrement flâner en librairie. Après avoir traîné en d'autres temps dans les rayons Entreprise, Management ou Informatique et fait un crochet par les Écrivains voyageurs et la Photographie, j'explore aujourd'hui avec plus d'assiduité le rayon Histoire.

Si je me laisse parfois attirer par la couverture des volumes exposés sur les tables, il m'arrive aussi de me tordre le cou pour déchiffrer les titres sur les tranches des livres alignés sur les étagères, du sol au plafond. C'est ainsi que j'ai découvert un pavé de plus de 1 400 pages, le Dictionnaire de l'Ancien Régime(1).


Publié pour la première fois en 1996 aux Presses Universitaires de France et réédité à plusieurs reprises depuis lors, c'est une mine d'informations pour les généalogistes amateurs. Comme le sous-titre l'indique, il est consacré au royaume de France et privilégie la période de la monarchie absolue, autrement dit les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, même si les nombreux auteurs qui ont participé à sa rédaction n'hésitent pas à remonter plus avant dans l'histoire, si nécessaire.

De l'entrée Abbayes à l'entrée Voyages, voyageurs, l'ouvrage fournit au lecteur de précieux éclaircissements sur nombre de sujets : les institutions, la population, la religion et le clergé, l'armée et la marine, la fiscalité, les us et coutumes, les métiers ou les différentes provinces du royaume, et j'en oublie sûrement.

Comme l'indique Lucien Bély, sous la direction duquel il a été réalisé, dans son Avant-propos : "Ce dictionnaire vise à reconstituer une mosaïque complexe."

Chaque article, signé de son auteur, fait le point sur l'état des connaissances et fournit éventuellement des indications bibliographiques au lecteur qui voudrait approfondir le sujet. Un astucieux système de renvois permet de musarder sur des thèmes connexes : Pré carré renvoie par exemple vers Espaces français et Frontières, ce dernier item renvoyant à son tour vers Barrières, Cartes, Champagne, Picardie, Sauf-conduits et passeports ou Territoires. À vous de décider au gré de votre humeur et votre curiosité… et de découvrir quelque pépite ; le principe même de la sérendipité.

Un index thématique et un index des noms de personnes et de lieux complètent l'ensemble. À mon avis, un précieux outil pour comprendre l'environnement dans lequel se mouvaient nos ancêtres. Il figure désormais en bonne place sur mon bureau.

Je n'exprimerai que deux regrets : la petitesse des caractères (comme il est souvent d'usage dans ce type d'ouvrage) et l'absence d'entrées aux lettres K, W, X, Y et Z. Amis généablogueurs, il vous faudra chercher ailleurs pour le prochain challenge !



(1) Dictionnaire de l'Ancien Régime, Royaume de France XVIe-XVIIIe siècle, publié sous la direction de Lucien Bély, Presses Universitaires de France, collection Quadrige Dicos Poche, 3e édition 2e tirage août 2013, 1408 pages (à condition d'avoir de très grandes poches, donc !)

lundi 2 février 2015

Un peu de méthodologie

Au fil de mes recherches et des alertes hebdomadaires de Geneanet, j'ai accumulé nombre de fiches dans un classeur vert, triées par ordre alphabétique de patronyme, avec l'idée de les exploiter ultérieurement.


Les fiches individuelles auxquelles l'abonnement Geneanet Premium permet d'accéder sont, en effet, potentiellement très riches. Outre l'identité de la personne, elles contiennent tout ou partie des informations suivantes :
  • La date et le lieu de sa naissance et/ou de son baptême,
  • La date et le lieu de son décès et/ou de sa sépulture,
  • La profession de l'intéressé,
  • Les noms et prénoms de ses parents,
  • Les dates et lieux de mariage ainsi que les noms et prénoms des conjoints successifs,
  • La liste des enfants issus des couples ainsi formés,
  • La liste des frères et sœurs du personnage principal…
Elles ne sont pas exemptes d'erreurs (nous en commettons tous), mais elles constituent un précieux guide pour explorer efficacement les registres paroissiaux. Un seul hic : le temps nécessaire pour les exploiter !

En effet, une seule fiche permet souvent de rechercher plusieurs dizaines d'actes, qui nécessitent chacun un temps de traitement non négligeable. Jugez-en plutôt. Lorsque j'ai trouvé l'acte convoité, j'en effectue d'abord une copie écran (et je n'oublie pas de noter le numéro de page du registre !). S'ensuivent les "manipulations" suivantes :
  • Nommer le fichier obtenu,
  • Le traiter dans Photoshop pour en améliorer la lecture (taille de l'image, réglage de l'éclairage, amélioration de la netteté et du contraste),
  • Le sauvegarder dans un dossier au nom de la branche patronymique à laquelle il se rattache. 
Je traite ensuite l'information dans ma base de données Heredis, en appliquant le principe "un acte = une source" et en m'efforçant de remplir les différentes cases prévues par le logiciel, notamment :
  • Un numéro d'ordre,
  • Le titre de l'acte,
  • La référence ou la cote de l'acte en question,
  • Son image dans la fenêtre Medias,
  • Sa transcription dans la fenêtre Notes. 
Pour améliorer ma productivité, je procède le plus souvent par lots : recherche d'une quinzaine d'actes dans les registres, puis traitement  de ceux-ci  avec Photoshop, puis saisie dans ma base de données. Il n'en reste pas moins vrai que les fiches non exploitées ont une fâcheuse tendance à s'accumuler et que j'en oublie parfois jusqu'à leur existence.

En ce début d'année, j'ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de faire un sort à ce fichu classeur vert.

J'ai d'abord listé dans mon journal de recherches une petite quarantaine de fiches à traiter en priorité. Je les exploite maintenant dans l'ordre où elles se présentent, ce qui me fait virtuellement voyager des Deux-Sèvres à la Drôme, en passant par la Manche et le Maine-et-Loire, en attendant les Vosges, la Mayenne et les Pyrénées…

C'est l'occasion ou jamais de vérifier les informations figurant déjà dans ma base de données. Je relis les actes des personnes concernées, de leurs conjoints et de leurs enfants ; je complète les transcriptions pour les mots laissés en blanc, je corrige le cas échéant quelques erreurs… Merci, au passage, à Pierre-Valéry Archassal et à ses ateliers de paléographie qui m'ont permis de déchiffrer des textes qui me paraissaient jusqu'alors totalement illisibles.

Et j'ai déjà corrigé deux grosses boulettes !

La première concerne un certain Mathurin Patrin, inhumé au Lion-d'Angers à l'âge d'environ 70 ans, et non pas 40 comme j'avais cru le lire tout d'abord. D'où confusion avec un homonyme plus jeune, bien entendu. Le "mien" a quand même eu le temps de convoler trois fois en justes noces !

La seconde concerne un certain Yves Denis, né à La Cornuaille en 1630, et non pas 1639 comme l'un de ses homonymes, inhumé le jour même de son baptême, ce qui m'avait complètement échappé.

J'en tire au moins une leçon : plus on remonte dans le temps, plus il faut être vigilant. C'est particulièrement vrai avec les registres paroissiaux du XVIIe siècle. Outre les difficultés de lecture, les actes de mariage y sont parfois très succincts et les parents des conjoints ne sont pas toujours nommés, ce qui peut prêter à confusion. D'autre part, les baptêmes et les sépultures peuvent être inscrits sur des registres distincts, ce qui nécessite une lecture attentive pour vérifier le sort des baptisés, à une époque où la mortalité infantile était fort élevée.

Heureusement, certains curés sont prolixes sur l'identité des parrains et des marraines, ce qui permet de confirmer les filiations.

J'ai d'ores et déjà allégé mon fameux classeur vert de dix fiches individuelles sur la quarantaine sélectionnée. Essayons de garder le rythme !

lundi 26 janvier 2015

Ce n'est pas une épine, c'est un buisson de ronces !

Le couple formé par Pierre Letourneau et Marie Chardron a eu trois enfants, Pierre, Christophe et enfin Philibert, mon ancêtre à la sixième génération (Sosa 42).

Collection personnelle
Un seul hic : où et quand se sont-ils mariés ? Ce n'est pas une épine généalogique, c'est un buisson de ronces ! Jugez-en plutôt.

Les faits connus

Le 2 mai 1794, à Meslay-du-Maine, dans le département de la Mayenne, Pierre Letourneau se présente à la maison commune, en compagnie de Philibert Chardron, son beau-père, et d'un autre témoin pour déclarer que "Perrine Chardron son épouse en légitime mariage est accouchée ce matin en sa maison dans le bourg d'un enfant mâle auquel ils ont donné le prénom de Pierre".

Je dis bien "Perrine" et non "Marie".

L'année suivante, plus précisément le 7 juin 1795, le même Pierre Letourneau se présente à nouveau devant le même officier public, Nicolas Buffard, pour déclarer la naissance de Christophe. Le personnage en question nomme d'abord la mère "Perrine", mais biffe aussitôt le prénom et le remplace par "Marie". L'enfant ne vivra qu'une quinzaine de jours à peine.

Le 24 février 1796, Charles Ravault et Christophe Raillou entrent à leur tour dans la maison commune et déclarent que "Pierre L'Etourneau époux de Marie Chardron a été tué par les Chouans sur la place dans le bourg âgé de vingt cinq ans ou environ". La veille au soir (ou bien était-ce simultanément, ce n'est pas clair), un marchand tissier et une femme âgée de soixante-huit ans ont subi le même sort.

Le 1er août 1796, soit cinq mois plus tard, Louis Guillet, Perrine Chardron et Françoise Bouvier viennent déclarer que "Marie Chardron épouse en légitime mariage de défunt Pierre L'Etourneau est accouchée de ce matin d'un enfant mâle auquel ils ont donné le prénom de Philibert".

Enfin, le 2 juillet 1798, un dernier acte vient clore la brève histoire du couple : "Marie Chardron veuve de feu Pierre Letourneau, fille de Philbert Chardron marchand et de Marie Briceau… est morte de ce jourd'huy à trois heures du matin, âgée de vingt-neuf ans, née à Meslay".

Les premières recherches

J'ai facilement trouvé les actes de baptême de Marie Chardron et de sa sœur Perrine, nées respectivement en décembre 1769 et juin 1771 à Meslay-du-Maine, ainsi que ceux de leurs sept frères et sœurs. Ils sont presque tous agrémentés du paraphe de leur père, qui signe tantôt "Philberth Chardron", tantôt "Ph. Chardron" d'une main assurée.


Trouvé également l'acte de mariage des parents, Philibert Chardron et Marie Briceau, en janvier 1769, toujours à Meslay-du-Maine.

Trouvé aussi l'acte de baptême d'un certain Pierre Marin Le Tourneau en la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Château-Gontier, le 11 février 1770. Mais aucun acte de mariage de ce dernier, ni avec Marie, ni avec Perrine Chardron, ni à Meslay-du-Maine, ni à Château-Gontier.

Les mariages des deux fils Letourneau, Pierre et Philibert, à Château-Gontier, le premier en mars 1818 et le second en novembre 1822, ajoutent encore à la confusion. Pierre est dit "fils majeur de Pierre Letourneau, tisserand, décédé au dit Meslay, le vingt-quatre février 1796… et de Perrine Chardron, son épouse, décédée au dit Meslay le quatorze messidor, l'an six(1)". L'acte de mariage de Philibert reprend exactement les mêmes termes, à un prénom près : cette fois, la mère s'appelle… Marie !

Décourageant !

Nouvelles investigations

À quelque temps de là, je pense enfin à pousser plus loin les recherches sur cette fameuse Perrine et je découvre que, le 29 mai 1799, elle a épousé un certain Jacques Laurent. Rien dans la rédaction de l'acte de mariage ne permet de penser qu'elle est veuve de Pierre Letourneau…

J'acquiers donc plus ou moins la certitude que les trois garçons sont issus du couple formé par Pierre Letourneau et Marie Chardron, parents tous deux décédés avant leur trentième année ; mais il me faudra sans doute me rendre aux Archives départementales de la Mayenne et consulter les tables des successions et absences pour en avoir le cœur net.

En reprenant le dossier ces jours-ci, me voilà soudain saisie d'un doute : en l'absence d'un acte de mariage indiquant précisément la filiation, comment être sûre de l'identité des parents de Pierre Letourneau ? J'ai noté qu'il était né à Château-Gontier, que ses parents s'appelaient René Isidore Letourneau et Marie Hamon, mais faites une recherche dans Geneanet, même en la limitant à la période entre 1750 et 1800, et vous obtenez plusieurs centaines de réponses ! Le patronyme Letourneau n'a rien de rare, le prénom Pierre pas davantage.

L'ai-je confondu avec un homonyme ? Je décide de relire, plus attentivement cette fois, les actes de mariage de ses deux fils, Pierre et Philibert.

Le mariage du jeune Pierre, tout d'abord. Parmi les témoins figure un certain Louis Etienne Hocdé, perruquier, vingt-sept ans, cousin germain de l'époux du côté paternel : me voilà confortée ; sa mère, Barbe Julienne Letourneau, et le père du marié sont bien frère et sœur.

Le mariage de Philibert, ensuite. Parmi les témoins figurent René Letourneau, propriétaire, soixante-six ans, et Yves Brette, tisserand, soixante-deux ans, oncles de l'époux du côté paternel. Le premier a les mêmes parents que le père du marié, le second a épousé une sœur du père du marié. Ouf ! la filiation de Pierre Letourneau, né à Château-Gontier en 1770, fils de René Isidore Letourneau et de Marie Hamon, est bien confirmée.

Mais où et quand s'est-il marié ? S'est-il d'ailleurs vraiment marié ou aurait-il profité des troubles de la période révolutionnaire pour le faire croire ? Je cherche encore la réponse.



(1) Soit le 2 juillet 1798. Pour faciliter la compréhension de la chronologie, j'ai converti toutes les dates du calendrier révolutionnaire en calendrier grégorien.

lundi 19 janvier 2015

Reprendre son arbre à zéro ? Pas question !

La lecture de l'article d'Elise Faut-il reprendre son arbre généalogique à zéro ? est excellente pour les neurones. Le billet a déclenché une réaction quasi immédiate parmi les généalogistes de la blogosphère, si j'en juge par l'avalanche de commentaires et de réponses tant positives que négatives, et il a utilement meublé une partie de mes insomnies !

Pour ma part, c'est hors de question. Voici pourquoi.

Je n'en ai ni le temps ni le goût

Tout d'abord, je ne me sens aucune prédisposition pour les travaux de Pénélope : défaire et refaire indéfiniment le même motif, merci bien ! Et j'ai tendance à penser que je ne suis pas la seule, même si les raisons diffèrent avec l'âge : pour les uns, il s'agit de concilier vie professionnelle, vie familiale, loisirs, activités sportives et passion chronophage ; pour les autres, il s'agit de trouver un équilibre entre les diverses occupations d'une retraite que l'on souhaite active le plus longtemps possible, certes, mais qui s'achèvera bien un jour. Cela n'incite guère à faire indéfiniment des ronds dans l'eau, il faut impérativement avancer.

Pour filer la métaphore sportive, après quelques tours de manège entre quatre murs pour apprendre les rudiments de l'équitation, vivement les sorties dans la campagne pour découvrir de nouveaux paysages et de nouvelles sensations. Quitte à subir quelques déboires et quelques chutes, l'important c'est  de se relever et de continuer !

Je n'éprouve pas le besoin de changer de logiciel

C'est un argument mis en avant par les tenants de la remise à zéro. Le format Gedcom ne permettrait pas de transférer la totalité des informations d'un logiciel à un autre, ou d'une plateforme à une autre. Risques de perdre des bribes au passage ! Alors autant repartir de zéro, disent-ils. Comme certains, qui réinstallent tous les logiciels et tous les fichiers à chaque changement d'ordinateur, pour être sûrs de ne pas polluer leur belle machine toute neuve avec de vieilles sauvegardes…

En généalogie, c'est un peu jeter le bébé avec l'eau du bain, non ?

La question ne se pose pas pour moi. Je suis satisfaite d'Heredis dans sa version 2014 pour Mac. Son ergonomie et son apparence me plaisent. J'ai acquis une certaine dextérité dans la saisie des données. Je pense même que je n'ai pas fini d'en explorer toutes les facettes et toutes les possibilités, alors pourquoi en changer ?

Mon arbre généalogique n'a pas besoin d'être élagué

Autre argument des partisans de la remise à zéro : au fil du temps, leur arbre aurait développé de façon plus ou moins anarchique des pousses intempestives, voire aurait laissé des plants parasites se développer entre ses branches. Et de manier le sécateur ou la tronçonneuse pour y voir plus clair…

Curieusement, cette notion d'arbre n'est pas celle qui me vient spontanément à l'esprit, lorsque je pense généalogie. Je préfère parler de base de données et j'ai grand plaisir à l'enrichir de fiches d'individus apparemment secondaires, mais qui apparaissent de façon récurrente dans les registres. Une grande satisfaction également à faire des recherches sur des gens qui n'ont pas de lien direct de parenté avec moi, mais qui étaient amis ou alliés de mes ancêtres.

Pour utiliser une métaphore empruntée cette fois au domaine artistique, à côté des portraits de mes ancêtres, j'ai besoin, pour en savoir davantage sur leur entourage, de tableaux à la manière de David Teniers, des scènes de genre et des kermesses de village avec de nombreux personnages, révélateurs d'ambiances et de modes de vie.

Tableau de David Teniers le jeune (1610-1690)
Source Wikimedia Commons

Pas question pour moi, donc, de supprimer les maires (ah ! ces noms ronflants qu'ils arborent sous la Restauration, un régal), les curés (quel bonheur quand ils y vont de leurs commentaires dans les registres), les vicaires, les chapelains, les sages-femmes ou les voisins venus déclarer un décès. D'autant que les capacités actuelles des disques durs de nos ordinateurs ne risquent guère d'être mises en péril par quelques mégaoctets supplémentaires.

Et, qui sait, cela peut servir à un autre généalogiste amateur. Ce personnage, qui apparaît de façon fugace dans la vie de mes ancêtres, est peut-être recherché vainement depuis des semaines par un de ses descendants… Geneanet permet ce type de partage.

Je sais quelles sont les branches plus ou moins délaissées

Là, je le reconnais bien volontiers, si j'ai identifié tous mes ancêtres jusqu'à la cinquième génération (à l'exception de deux pères d'enfants naturels), c'est ensuite très inégal : certaines lignées remontent allègrement le temps jusqu'aux confins du XVIe siècle, tandis que d'autres patinent davantage pour diverses raisons.

Registres disparus, archives départementales non disponibles en ligne (coup d'œil appuyé en direction des Hautes-Pyrénées et du Gers), voire intérêt moindre, allez savoir pourquoi, pour certaines régions… que sais-je ?

Mais je n'ai nul besoin de remettre les compteurs à zéro pour identifier ces ancêtres quelque peu délaissés, il suffit de jeter un œil sur l'onglet "Lignée/Ascendance" d'Heredis pour les visualiser. Et un de mes cousins issus de germains se charge de me le rappeler régulièrement, je n'avance pas assez vite à son goût sur la branche qui le concerne…

Corriger ses erreurs

Bien sûr, elles ont fâcheusement tendance à se glisser dans toute généalogie, en dépit des efforts déployés pour les traquer : erreurs d'inattention, confusion de dates, difficultés de lecture, homonymies, manque de fiabilité de certaines sources…

Mais pour les corriger, pas besoin de tout reprendre à zéro, je dispose de plusieurs pistes.

En premier lieu, les erreurs de débutant. Comme leur nom l'indique, j'ai dû en commettre durant mes premiers mois de recherches : elles ont donc toutes les chances de concerner mes ancêtres des générations les plus proches, ceux que j'ai traités en premier. Pourquoi ne pas programmer une révision systématique de leurs fiches, sans tout mettre à la corbeille ?

Les événements non corroborés par des sources, ensuite : dans Heredis, il est possible d'effectuer un tri et de lister les individus qui ont des événements sans source. Un oubli est si vite arrivé, notamment lorsque plusieurs événements se rattachent à une même source : un acte de mariage qui indique la paroisse des deux conjoints, l'existence d'un contrat et le nom du notaire, le décès d'un parent, l'âge et le domicile des témoins, autant d'événements à saisir et à justifier à partir d'une source unique, autant d'omissions potentielles. C'est donc une manipulation que je fais régulièrement avec succès.

Les erreurs de transcription et d'interprétation, enfin : si l'on admet que le généalogiste amateur s'aguerrit et acquiert de l'expérience au fil du temps, ces "bêtises" risquent de concerner en priorité les documents utilisés lors des premières recherches. Là encore, merci Heredis ! dans une version antérieure, le logiciel attribuait automatiquement un numéro d'ordre à chaque nouvelle source utilisée (A0001, A0002…), numéro que j'ai eu l'heureuse idée de reprendre dans les versions suivantes, lorsque cet automatisme a disparu. À moi de prévoir une vérification systématique de ces documents.

Voilà donc trois pistes pour passer en revue ma base de données et la rendre plus fiable, sans effacer les résultats acquis après bientôt six années de recherche !

Permettez-moi de conclure par une interrogation : quelle est la finalité de vos recherches généalogiques ? C'est cela qui doit guider en priorité votre démarche. S'agit-il de polir indéfiniment le même galet ou de bâtir un édifice avec tous les matériaux à votre disposition ?

Et un grand merci à Elise, qui a réveillé mes neurones et suscité ces réflexions.

lundi 12 janvier 2015

Monsieur le curé fait ses emplettes

Quoi de mieux pour commencer l'année qu'une mention insolite dans les registres paroissiaux ?

Le document

Je vous propose aujourd'hui un texte figurant dans les registres de Salbris (Loir-et-Cher), intercalé entre les actes de l'année 1791 et ceux de l'année 1792.

AD Loir-et-Cher, Salbris
5MI 232/R6 vue 194/523

Pierre Bezard, curé de la paroisse, qui par ailleurs ne semble guère impressionné par les événements qui secouent alors le royaume, profite de l'opportunité qui lui est offerte pour embellir son église.

"Dans le courant du mois de décembre de la présente année
sur la représentation que j'ai faite dans une assemblée de la paroisse
pour ce convoquée, que d'après la destruction de plusieurs églises dans
les villes, il se présentoit l'occasion la plus favorable pour acheter
à bas prix différents meubles ou décorations pour notre église, j'ai
été chargé d'achetter ce que je trouverois convenable ou nécessaire
pour notre église et j'ai acheté effectivement le maître Autel
tel qu'il est qui alors estoit dans l'église des Carmes à Bourges et m'a coûté
quatre louis, l'Autel de la Vierge 12# l'Autel de St. Jean 12…
l'autel placé dans la chapelle où est mon confessionnal 6#…
trois petits tombeaux estoient aussi aux Carmes, les fonts baptismaux
avec leur grille en fer le tout 50# ils etoient à St. Ambroix, le
bénitier en pierre près la g(ran)de porte venant du Fourchault et m'a
coûté huit livres, les chandeliers argentés des enfants de chœur venant
de St. Outrillet et ont coûté 12# trois chappes blanches avec
le grand Christ qui est sur le tabernacle 72# et aux dépens de la
confrérie de la Vierge une garniture de chandeliers argentés avec le
Christ 114# et j'ai dit la messe au maître Autel pour la
première fois après son remplacement à minuit la veille de Noël.
j'ai aussi acheté la Vierge de pitié qui est actuellement dans le
? du maître autel et m'a coûté un louis. Elle estoit aux
Bénédictins à Bourges. celui qui a étrenné les fonts baptismaux
est Jean Poigny fils de Martin Poigny meunier à Belleville et
de Magdeleine Desbordes baptisé le cinq
janvier de l'année 1792.
P. Bezard, curé"

La curiosité étant la vertu cardinale des généalogistes, j'ai voulu en savoir davantage.

Les recherches

Un petit tour sur Wikipédia m'a tout d'abord confirmé deux des acquisitions du curé pour l'église Saint-Georges de Salbris, le maître-autel de pierre et la Pietà. Rien de plus.

Une recherche sur GenCom.org, ensuite, m'a permis de déchiffrer les noms propres de façon certaine : il y a bien à Bourges une église des Carmes, qui date du XVIe siècle, mais aussi une ancienne abbaye Saint-Ambroix et une ancienne église Saint-Aoustrillet.

"Fourchault" m'a donné plus de fil à retordre, mais en me connectant sur le site des Archives départementales du Cher, j'y ai découvert un inventaire des registres paroissiaux effectué par le citoyen Gabriel Dubreuil et ses deux assistants (en vertu, explique-t-il, de la loi du 20 septembre 1792 "vieux style"). Le document d'une dizaine de pages énumère les liasses conservées dans la maison commune : le Fourchaud, ainsi orthographié, faisait partie de la liste des paroisses de la ville de Bourges au moment de la Révolution.

Passons à Gallica. Une simple recherche sur le mot "Salbris" me propose d'entrée de jeu un ouvrage intitulé Le curé de Salbris ou le Fénelon du village, rédigé par un certain Emile Vanderburch, imprimé à Paris en 1838. Le document, qui comprend environ 150 pages en gros caractères et quelques illustrations, concerne précisément Pierre Bezard, l'auteur des achats évoqués plus haut, et narre un certain nombre d'anecdotes édifiantes à son sujet.

Source Gallica

Après une longue dédicace, l'ouvrage commence par le récit de l'enterrement du prêtre (que l'auteur situe en juillet 1828 au lieu de 1829, je m'en apercevrai ensuite) et fournit diverses précisions. Pierre Bezard est le fils d'un marchand drapier de Bourges, il est né en 1755, il a quatre sœurs et a été ordonné prêtre alors qu'il avait vingt-cinq ans. D'abord vicaire à Saint-Pierre-le-Guillard, à Bourges, il serait passé par Souesmes avant de prendre en charge la paroisse de Salbris.

Un détour par Geneanet dans l'espoir de gagner du temps : j'y trouve un Pierre Bezard, né le 1er avril 1755 et baptisé à Saint-Pierre-le-Guillard, fils de Pierre Bezard marchand toilier et de Marie Morin, flanqué de quatre sœurs. Il se serait marié et aurait eu une fille, née à Bourges le 6 juillet 1792 et décédée cinq jours après, sans plus de précision. Bizarre…

Il est grand temps de revenir aux sources, c'est-à-dire aux documents établis à l'époque des faits, j'entends par là les registres paroissiaux et les registres de l'état civil. J'ai donc récupéré l'acte de baptême de Pierre Bezard, daté du 2 avril 1755, signé par le curé de Saint-Pierre-le-Guillard à Bourges, et son acte de décès, rédigé le 21 juillet 1829 par le maire de Salbris. Rien n'indique qu'il aurait abandonné son sacerdoce à la faveur de la Révolution : il était toujours curé lors de son décès, sous le règne du très réactionnaire Charles X.

J'en ai profité pour feuilleter les registres de ce bourg de Sologne où vécurent certains de mes ancêtres : Pierre Bezard y apparaît pour la première fois le 22 décembre 1785 avec le titre de desservant, avant de signer régulièrement les actes en tant que curé, à partir du 10 janvier 1786. Il a ainsi baptisé, marié ou inhumé un certain nombre de Laubret et de Bernard qui figurent dans ma généalogie.

Les registres paroissiaux sont en ligne jusqu'à la fin de l'année 1792, relayés ensuite par les registres de l'état civil. Le curé de Salbris réapparaît brièvement dans ces derniers avec le titre d'officier public, de juillet 1793 à mars 1794, avant de laisser la place à d'autres scripteurs.

Je note au passage que sa mère, Marie Morin, avait sans doute rejoint la paroisse de son fils lorsqu'elle s'était retrouvée veuve, car elle est inhumée dans le cimetière de Salbris le 3 décembre 1792. L'acte de sépulture est signé par les curés de deux villages voisins, Souesmes et Theillay, en présence de Pierre Bezard et de ses sœurs Magdeleine et Marguerite. L'ouvrage trouvé sur Gallica indiquait qu'elles avaient suivi leur frère et vivaient avec lui au presbytère.

Les enseignements à en tirer

Avec un peu de chance, il est relativement facile de collecter toutes sortes de détails qui viennent enrichir nos connaissances sur la vie de nos ancêtres. Il est néanmoins indispensable de recouper les différentes sources, car une erreur a tôt fait de se glisser dans les éléments à notre disposition.

J'avouerai d'ailleurs que j'en ai profité pour corriger le patronyme de celui que je persistais à appeler Begard dans ma base de données, étant peu douée pour déchiffrer les signatures, civiles ou ecclésiastiques !