lundi 16 janvier 2017

Incursion en Lorraine (suite)

Me voici depuis trois semaines environ à la recherche de la famille François, originaire de Lorraine, dont une descendante, Eugénie Morel, épousa mon arrière-grand-père Achille Maitreau à Pau en 1868.

Une soixantaine d'actes collectés, dont plusieurs correspondent à des promesses de mariage, des allers et venues entre le site des Archives départementales de la Meurthe-et-Moselle et celui des Vosges, quelques exercices de paléographie pour déchiffrer l'écriture des vicaires et des curés, des recherches dans le Dictionnaire de l'Ancien Régime et sur internet. La moisson est plutôt riche.

Environs de la ville de Nancy
Source Gallica

Je m'arrête pour l'instant sur Chrétien (c'est son prénom) François (c'est son patronyme). À ce jour, l'un des mes rares ancêtres ayant vu le jour hors du royaume de France.

Baptisé le 25 avril 1654 à Rosières-aux-Salines, ville du duché de Lorraine, il épouse en 1678 en premières noces une certaine Nicole Delan ou Duland. De cette union, naîtront au moins six enfants : 
  • Pierre Jean, né en 1679 à Rosières-aux-Salines, marié une première fois en 1700 à Varangéville (Meurthe-et-Moselle), 
  • Claude, né en 1683 à Haussonville, mon ancêtre direct, marié une première fois en 1706 à Vincey (Vosges), 
  • François, né en 1686 également à Haussonville, marié une première fois en 1710, également à Vincey,
  • Joseph Henry, né en 1689, toujours à Haussonville,
  • Anne Nicole, née en 1695 à Varangéville, 
  • Jacques, dont je n'ai pas encore trouvé l'acte de baptême et que j'ai repéré grâce à son mariage à Gerbéviller (Meurthe-et-Moselle) en 1716.

La première épouse de Chrétien François meurt le 8 octobre 1696, des suites d'un accident de chariot, selon l'acte de sépulture établi à Varangéville. Cinquante jours plus tard, le veuf se remarie avec une certaine Anne Anthoine. Mariage au moins aussi prolifique que le premier, si j'en crois les arbres publiés sur Geneanet, que je n'ai pas encore exploités.

Lorsqu'il meurt, en 1724, Chrétien François est toujours berger au prieuré de Varangéville.

Je connais le nom de ses parents, grâce à son acte de baptême, mais je n'ai guère d'espoir de remonter plus haut par le biais des registres paroissiaux : aucun mariage répertorié à Rosières avant 1656, par exemple. Je pourrais seulement identifier des frères et sœurs grâce à des tables de baptêmes, peut-être.

Le premier acte de mariage de Chrétien François est d'ailleurs assez frustrant ; tout juste une mention au détour d'une page dans un registre : "le mesme jour Chretien François et Nicole Duland". Huit mots, difficile de faire plus laconique !

Les actes de baptême des enfants du couple sont plus intéressants. J'apprends par exemple qu'en mars 1683 Chrétien François est berger à Haussonville et que le parrain de l'enfant, Claude Poirier, est amodiateur(1). En novembre 1689, précision supplémentaire : Chrétien est berger au château d'Haussonville. En décembre 1695, il réside désormais à Varangéville et la marraine de l'enfant n'est autre que Françoise Grandemange, fille du sieur Joseph Grandemange, amodiateur au prieuré de Varangéville, lequel sera présent au second mariage de Chrétien François.

D'une manière générale, les actes de fiançailles et de mariage inscrits dans les registres contiennent quantité de petits détails révélateurs de la mentalité de l'époque. On y apprend que les fiancés promettent de s'épouser "aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours". Les dates de publication des bans sont bien évidemment calées sur le calendrier religieux : jour de la fête de Sainte Marie Madeleine, jour de la Saint Martin, dimanche des Rameaux, de Pâques ou de Quasimodo, vingtième ou vingt-et-unième dimanche après la Pentecôte…

Me voici donc en train d'explorer cette région dont j'ignore à peu près tout. J'ai acheté une carte IGN pour localiser tous les lieux où cette branche François s'est manifestée : une bonne vingtaine, au bas mot, rien que pour le département de la Meurthe-et-Moselle, dont certains au nom plus poétique que d'autres, comme Burthecourt-aux-Chênes, Manoncourt-en-Vermois, Saint-Nicolas-de-Port ou Domptail-en-l'Air… quelque-part entre Nancy et Lunéville.

L'occasion de se remémorer aussi quelques lointaines leçons d'histoire. Saviez-vous que le duché de Lorraine resta indépendant jusqu'au XVIIIe siècle et n'entra véritablement dans le giron français qu'à la mort de Stanislas Leszczynski en 1766 ? Mes ancêtres lorrains n'étaient donc pas véritablement Français, même s'ils avaient vu le jour à l'intérieur de l'hexagone et si les actes qui ponctuaient leur vie étaient rédigés dans la langue de Molière.

Vestige de la Lotharingie issue du traité de Verdun (843) qui partagea l'empire de Charlemagne entre ses trois fils, la Lorraine était prise en étau entre le royaume de France et l'empire des Habsbourg. Elle fut notamment ravagée par la Guerre de Trente Ans (1618-1648), qui opposa les Habsbourg d'Espagne et leurs alliés catholiques aux Etats allemands protestants, soutenus par les Provinces Unies et les pays scandinaves. Les historiens estiment que la Lorraine perdit alors environ la moitié de ses habitants !

Le village d'Haussonville par exemple, qui a donné son nom à l'une des plus anciennes familles de Lorraine et où Chrétien François fut un temps berger, a été, paraît-il, entièrement ruiné par les Suédois en 1635. Une vingtaine d'années avant la naissance de mon ancêtre…






(1) Voir à ce sujet mon précédent billet, intitulé "En passant par la Lorraine…" : l'amodiateur donne à bail des terres cultivables, le preneur étant l'amodiataire.

lundi 9 janvier 2017

En passant par la Lorraine…

Depuis une quinzaine de jours, je m'efforce d'étoffer la branche François de mes ancêtres.

Pour vous la situer, c'est la famille de l'épouse de mon arrière-arrière-grand-père François Morel (Sosa 26). Ce dernier, médecin-major qui, entre autres faits d'armes, avait participé à la conquête de l'Algérie, avait épousé Marie François (Sosa 27) à Metz en 1836.

Bien qu'originaire de la Drôme, ce médecin militaire eut l'idée de prendre sa retraite à Pau où sa fille Eugénie épousa un capitaine d'infanterie natif du Maine-et-Loire. Bref, fort occupée à compulser les registres de nombreux départements de l'ouest et du sud de la France, j'avais jusqu'ici quelque peu négligé ceux de la région désormais qualifiée de Grand Est.

La Lorraine par le sieur Sanson, 1674
Source Gallica

Une alerte Geneanet et mon tout nouvel abonnement à Filae.com m'ont remis sur la piste de ces ancêtres lorrains. Avec son lot de surprises, d'où ces quelques réflexions.

Un patronyme trop commun

Je constate tout d'abord que les patronymes qui sont également des prénoms courants, comme François, compliquent fâcheusement les recherches.

Une simple interrogation aboutit à des milliers de résultats, voire davantage, et j'ai intérêt à affiner ma requête, en indiquant nom et prénom de l'épouse, département, commune et plage de dates, pour espérer obtenir quelques réponses pertinentes.

Des relevés à partir de quels registres ?

Je m'aperçois ensuite que les associations ont sans doute accès à des registres qui n'ont pas tous été mis en ligne par les archives départementales.

Je m'explique. Les relevés de la Fédération des cercles généalogiques vosgiens indiquent des dates de mariages et de baptêmes qui m'intéressent au premier chef. Ravie, je cherche à remonter aux sources primaires pour y relever ces informations qui font tout le sel de la généalogie (profession, lieu de résidence, paroisse d'origine, signature ou marque, nom et prénom des divers témoins, vocabulaire et tournures de phrases du scripteur…).

Et là, déception : à Aydoilles, modeste paroisse des Vosges, pas registre en ligne pour une période comprise entre 1720 et 1765 !

Je vérifie le fait en consultant l'état des registres paroissiaux et d'état civil numérisés, qui ne fait que confirmer cette lacune d'un demi-siècle au bas mot ; une paille ! Il me faudra encore patienter pour compléter les informations relatives à ce Claude François, époux en premières noces de Barbe Closse et père d'un certain François François…

Des fiançailles devant l'Église

Mais il y a également de bonnes surprises. Je veux parler des fiançailles. Jusqu'à présent, je n'avais trouvé qu'une seule fois mention expresse de promesse de mariage : c'était dans un registre du Louroux-Béconnais (Maine-et-Loire) en 1615, entre Jehan Doison et Perinne Savary.

Cela semble pratique beaucoup plus courante dans les registres des Vosges et de la Meurthe-et-Moselle, avec cette formulation à titre d'exemple :

"L'an 1706 le 28 d'octobre Claude François et Barbe Marchal de cette paroisse de Vencey ont esté fiancés et se sont promis mutuellement de se marier ensemble aussytost que faire se pourra, et au plus tard dans 40 jours ; lesquelles promesses ont esté reçues et bénies par nous Jean Claude Archambault prêtre curé de Vencey, en présence de Claude Marchal admodiateur de Vencey et de Dominique Cholez dudit lieu tesmoins qui ont signé avec nous, et les fiancés ont déclaré ne sçavoir signer."

Un qualificatif qui m'intrigue

Je note au passage ce terme, nouveau pour moi, d'admodiateur ou plutôt amodiateur.

Les définitions diffèrent selon que je consulte le Petit Larousse illustré, le Dictionnaire des mots rares et précieux, le Dictionnaire des métiers ou Wikipédia, mais toutes font état d'une relation entre propriétaire de terres cultivables et exploitant qui paie une redevance en nature. Si je comprends bien, l'amodiateur semble être tantôt le bailleur lui-même, tantôt l'intermédiaire entre celui-ci et son métayer.


Bon. Continuons donc à explorer ces régions pour ma part méconnues, en espérant d'autres surprises…

lundi 19 décembre 2016

Trêve des confiseurs

Comme chaque année à pareille époque, mes activités généalogiques subissent un net ralentissement en cette période plus propice aux réunions familiales, aux agapes et à l'échange de cadeaux qu'aux recherches solitaires dans les archives, aussi passionnantes soient-elles.


Je vous souhaite donc un joyeux Noël, vous présente tous mes voeux pour l'année nouvelle et vous donne rendez-vous début janvier. Et d'ici là, champagne !

lundi 12 décembre 2016

Du bruit dans Landerneau

Je m'apprêtais à paresser auprès du sapin durant les fêtes de fin d'année, et ce d'autant plus facilement que j'avais marqué une pause dans mes recherches généalogiques au cours des dernières semaines, davantage consacrées aux voyages lointains et à l'avalanche de photographies qui en découlaient. Peu de grain à moudre, donc, pour alimenter ce rendez-vous hebdomadaire.

Le chausson du Père Noël, collection personnelle
Mais l'inattendu m'a saisie par la manche. Je découvre soudain qu'un des grands acteurs de la généalogie sur internet a indexé (je dis bien indexé, et non pas numérisé) la quasi-totalité de l'état civil français du XIXe siècle ! Rien que ça ! Accès gratuit au service pendant quelques jours, changement de nom pour une nouvelle appellation à consonance pseudo-latine(1), nouveaux tarifs, formulaire où indiquer ses coordonnées bancaires… l'affaire a fait du bruit dans le Landerneau des généablogueurs, c'est le moins que l'on puisse dire. Sans compter une avalanche de commentaires indignés. Des opinions tranchées, rarement modérées, parfois plus qu'agressives. Et chacun de crier haro sur le baudet, comme aurait dit Jean de La Fontaine.

Je n'entrerai pas dans la polémique.

J'ai voulu néanmoins tester le nouveau service de Filae.com, puisqu'il s'agit de cela, vous l'aurez compris. Je ne vous cacherai pas que j'étais plutôt dubitative, ayant franchi depuis belle lurette l'étape de l'état civil, pour plonger avec plus ou moins de bonheur dans les registres paroissiaux de l'Ancien Régime et remonter allègrement les siècles, ou explorer d'autres sources tout aussi intéressantes pour enrichir l'histoire familiale de mes ancêtres. Avec des blocages, des épines et des trous dans le feuillage, comme tout un chacun.

J'ai parcouru ma base de données et jeté rapidement sur le papier quelques noms, avant de lancer les recherches. En quelques dizaines de minutes, j'avais déjà récupéré six actes de décès et un acte de mariage : deux documents concernent mes ancêtres directs, les cinq autres des collatéraux. Toutes les requêtes n'ont pas abouti, certes, mais ma première impression est plutôt positive.

Le service s'avère fort utile dans au moins deux cas de figure : les ancêtres migrants (j'entends par là ceux qui se marient ou qui décèdent dans une commune parfois éloignée de celle de leur naissance, cas fréquent au XIXe siècle) et les tables décennales incomplètes ou erronées (cas de figure que j'ai déjà rencontré à plusieurs reprises).

Alors, au petit jeu des plus et des moins, voici mes premières impressions.

Les éléments positifs :
  • L'indexation, a priori plutôt fiable si j'en juge par les patronymes que j'ai testés,
  •  La présentation claire et détaillée des résultats, date, nature de l'événement, présence du nom des parents et/ou du conjoint dans l'acte, nature de la source.
  • L'accès direct à l'acte inscrit dans le registre, aussi lisible qu'en passant par les sites des archives départementales, avec possibilité de zoom et indication du numéro de la page (gain de temps précieux, quand on sait que certains départements proposent des registres de plus de 1 700 pages, sans aucun repère de date).

Les éléments négatifs, maintenant :
  • L'activation de l'essai gratuit qui nécessite de fournir ses coordonnées bancaires ? c'est apparemment vrai pour accéder aux arbres en ligne sur le site, mais j'ai pu consulter les registres sans passer par cette étape.
  • Les erreurs d'indexation ? c'est inévitable, je pense, et j'ai vu des interprétations de prénoms ou de patronymes autrement plus bizarres dans certains fichiers. 
  • L'absence de certains départements ? Ben oui, si les archives départementales ne les ont pas encore numérisés… regard appuyé en direction des Hautes-Pyrénées.

En conclusion, je suis prête à débourser quelques euros pour un service qui me soit utile et je me prends à rêver sur la suite des événements : après l'état civil, quelles sont les prochaines archives qui vont passer à la moulinette de l'indexation ?




(1) Mes recherches dans le dictionnaire Gaffiot n'ont rien donné.

lundi 5 décembre 2016

L'heure du bilan annuel

Comme chaque année à pareille époque, je jette un regard en arrière et je feuillette mon journal de recherches pour tenter de faire le bilan des douze derniers mois.

Collection personnelle 

À mon actif cette fois-ci, de nombreuses lectures en lien avec l'histoire, la généalogie et l'histoire familiale. Une bonne quinzaine d'ouvrages, au bas mot (soit un tiers des livres lus cette année). J'avais commencé 2016 en fanfare avec la lecture de La carte des Mendelssohn, qui a beaucoup plu à certains et laissé dubitatifs quelques autres. Je me suis informée sur le XIXe siècle, la vie des officiers, la domesticité féminine, la conquête de l'Algérie, la Première Guerre mondiale, la Normandie, les recensements, l'interprétation des photos de famille et j'ai même lu cet incontournable d'Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot ! Les deux ouvrages les plus marquants, à mon avis ? Sans doute, La place des bonnes, la domesticité féminine à Paris en 1900, d'Anne Martin-Fugier, et Ces photos qui nous parlent, de Christine Ulivucci.

Je me suis également lancée dans l'exploration de sources généalogiques autres que les registres d'état civil et les registres paroissiaux : promenade au cimetière du Père Lachaise ou dans le quartier des Épinettes, plongée dans la presse ancienne régionale, les archives scolaires, les recensements, les calepins des propriétés bâties et même le dictionnaire des élèves architectes des Beaux-Arts ! Ce qui m'a permis de rédiger quelques billets et m'a valu des contacts inattendus avec les descendants des personnes concernées…

J'ai tenté de mettre de l'ordre dans ma base de données. J'ai collecté des informations complémentaires sur les familles liées à mes ancêtres (ces témoins récurrents des baptêmes, des mariages et des enterrements), l'occasion d'éliminer quelques doublons, en examinant plus attentivement les signatures au bas des actes ou les liens de parenté mentionnés. Je me suis lancée dans la révision des premières sources collectées, afin de noter les détails qui avaient échappé à une première lecture et de corriger quelques erreurs manifestes. Tâche loin d'être terminée à ce jour.

J'ai assisté à deux manifestations parisiennes : le Salon de généalogie de la mairie du 15e arrondissement en mars et le Forum de généalogie en septembre, qui m'ont permis d'écouter des conférences intéressantes et de visiter les grands dépôts des Archives nationales.

J'ai consacré plusieurs semaines à la rédaction de vingt-six billets pour le challenge AZ 2016, sur le thème des menus plaisirs en généalogie. À la fois une belle gymnastique de l'esprit et un sacré exercice de style, mais une activité ô combien chronophage !

Quelques déceptions aussi, en cette fin d'année. Un atelier annulé faute de participants, pas de Matins malins depuis la rentrée de septembre : autant d'occasions manquées de rencontrer d'autres passionnés de généalogie. Des registres qui tardent à être mis en ligne (ou qui sont très parcellaires) sur un département qui m'intéresse, retardant d'autant la découverte de mes ancêtres originaires des Hautes-Pyrénées. Des sites internet en panne depuis plusieurs mois, empêchant l'accès à des sources pourtant indispensables…


La généalogie est source de frustration, comme toute activité humaine, mais elle apporte, à n'en pas douter, son lot de satisfactions. Vous l'aurez compris, je continue. Et vous donne rendez-vous très bientôt.