samedi 25 juin 2016

V comme vocabulaire

J'ai bénéficié d'un enseignement à prédominance littéraire, même si j'ai exercé une profession classée dans l'univers des chiffres. Je suis donc sensible aux charmes de la langue française et, question vocabulaire, nous sommes plutôt favorisés, nous autres généalogistes amateurs !

À commencer par tous ces métiers rencontrés au détour d'un registre : affranchisseur, arquebusier, blatier ou bladier, boisselier, bordager, calicotier, campanier, cerclier, closier, foulonnier, grangier, grelleur, laneficier, porteur de contraintes, poupelier, taillandier, tireur d'estaing, tisserand de razes et même… trafiquant !

Inutile de préciser que j'ai rapidement éprouvé le besoin d'acquérir un dictionnaire des métiers(1), pour me faire une idée plus précise des professions exercées par mes ancêtres.



J'ai également effleuré les mystères du vocabulaire religieux dans les registres paroissiaux : balet de l'église, clerc tonsuré ou prêtre semi-prébendé, casuel, orfroi, sépultuaire, sacriste de peine… même si douze années d'études dans un établissement confessionnel avaient déjà éclairé ma lanterne sur certains sujets.

Les unités de compte et de mesure de l'Ancien Régime ne manquent pas non plus de surprises. J'avais déjà entendu parler des livres, des sols et des deniers, des marcs, des onces et des grains, des pintes ou des boisseaux, mais j'ai récemment découvert le journal et la latte, dans le Nouveau Sencier cadastre livre terrier de la communauté d'Aucun, chef lieu de la vallée d'Azun dans le Lavedant, établi et rédigé par Jean Math, arpenteur royal au nom prédestiné.

Il est facile de comprendre que le journal correspond à la superficie qu'un homme peut labourer en une journée, mais il est plus malaisé de trouver l'origine de sa subdivision en lattes.

Et comme mes ancêtres sont originaires aussi bien du Maine et de l'Anjou que de la Normandie ou de la Drôme, du Béarn, de la Bigorre, de la Lorraine ou du Comminges, chaque incursion dans les archives est l'occasion de découvrir de nouvelles pépites… Enrichir sans cesse son vocabulaire et découvrir l'infinie richesse de la langue française, avec ses particularismes régionaux, menu plaisir de la généalogie.



(1) Daniel Bouchard, Dictionnaire illustré et anthologie des métiers, Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2008, 680 pages, ISBN 978-2-86553-205-6

vendredi 24 juin 2016

U comme us et coutumes



Autre incontournable de la généalogie, les coutumes de nos ancêtres. Dès la consultation des registres paroissiaux, nous en découvrons quelques-unes, relatives aux événements qui y sont inscrits.

En matière de baptême, j'ai vite mémorisé que le parrain du premier-né était souvent le grand-père paternel, s'il était encore de ce monde, et la marraine la grand-mère maternelle. Pour le second né, le grand-père maternel et la grand-mère paternelle. J'ai également compris que le prénom donné à l'enfant était celui de son parrain ou de sa marraine, d'où la répétition de génération en génération et les homonymies très fréquentes.

J'ai vite assimilé le baptême donné dès le jour de la naissance ou le lendemain, et le recours fréquent à l'ondoiement pour éviter, compte tenu de la mortalité périnatale fort élevée, une éternelle errance dans les limbes.

J'ai aussi remarqué que les mariages étaient célébrés de préférence au mois de novembre, avant la période de l'Avent, ou en janvier et février, avant le Carême.

Les usages transparaissent peut-être moins dans les actes de sépulture, sinon une propension à enterrer les notables dans l'église proprement dite, plutôt qu'à l'extérieur. Mais je n'ai toujours pas saisi la différence que semblent faire les curés et les vicaires entre "grand" et "petit cimetière"…

Mes plus grandes surprises à ce jour sont liées aux traditions pyrénéennes(1). Comme celle appliquée dans le Béarn, mais aussi dans la Bigorre et dans le Pays basque, selon laquelle l'aîné, garçon ou fille, hérite de la maison et transmet le patronyme qui y est attaché à son conjoint. D'où des Baritat dits Laforgue, et autres subtilités du même acabit ! Et des clauses insérées dans les contrats de mariage(2), de façon à ce que la dot soit restituée en cas d'absence de descendance. Avec un objectif clairement identifié : ne pas disperser le patrimoine familial…

La découverte de ces particularismes régionaux fait indiscutablement partie des menus plaisirs de la généalogie.



(1) Voir notamment le livre écrit par Roger Castetbon, Autour du mariage, La vie d'antan et Béarn et autres lieux – II, Centre généalogique des Pyrénées-Atlantiques, 2011, 195 pages, ISBN 978-2-909334-10-3

jeudi 23 juin 2016

T comme toponymes

La toponymie, sans doute l'une de mes premières surprises généalogiques. Je suis née à Paris, comme mon père et son père avant lui. Mes plus proches parents n'ont eu besoin que de cinq ou six lettres pour épeler leur lieu de naissance : Lons, Pau, Angers, Salbris…

Mais il en va tout autrement lorsque je pousse plus loin mes recherches. À croire que la longueur des toponymes est inversement proportionnelle à la densité de la population ! Combien d'habitants aux Cerqueux-sous-Passavant, à Pierrefitte-sur-Sauldre ou à Saint-Berthevin-la-Tannière ? quelques centaines, tout au plus.

J'ai ainsi découvert la poésie des noms de lieu, même si certains m'ont inspirée plus que d'autres. Allez savoir pourquoi, j'éprouve une réticence à pousser les recherches sur mes ancêtres originaires de Granges-sur-Vologne. Réminiscences d'une affaire criminelle qui défraya la chronique plus de trente ans auparavant et qui ne fut jamais tout à fait élucidée(1), peut-être. Désormais, la Vologne fait peur !

La Mayenne et le Maine-et-Loire recèlent quant à eux de petits trésors de toponymie. Saint-Quentin-les-Anges, L'Hôtellerie-de-Flée, Le Plessis-Grammoire, Pellouailles-les-Vignes, Saint-Fraimbault-de-Prières, La Membrolle-sur-Longuenée, Grez-en-Bouëre n'ont pas fini de chanter à mes oreilles. Mais j'ai un penchant particulier pour un village situé à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le département de la Drôme : Charmes-sur-l'Herbasse.



L'une de mes ancêtres à la dixième génération, Prudence Baternay, y a contracté son premier mariage en janvier 1646, alors qu'elle ne devait avoir guère plus de seize ans, avant d'épouser (quand et où ?) un certain Aymard Cheval. Eh oui, il n'est pas impossible que j'aie des liens de parenté avec le facteur Cheval, qui édifia son surprenant Palais idéal à Hauterives, de 1879 à 1912. Lui aussi était originaire de ce village de la Drôme des collines, situé sur les rives de l'Herbasse, appelé Charmes !

La généalogie m'entraîne sur des chemins dont j'ignorais l'existence…



(1) Lire à ce sujet le livre de Mara Goyet, Sous le charme du fait divers, Éditions Stock, 2016, 208 pages, ISBN 978-2-234-08033-1

mercredi 22 juin 2016

S comme la semaine d'une généablogueuse

Il ne vous aura pas échappé que je "blogue" régulièrement. Un billet par semaine, c'est la cadence que je me suis imposée, sauf l'été et les périodes de fêtes carillonnées, pour combattre une fâcheuse tendance à la procrastination. Ce qui donne à peu près ceci.



Lundi : jour de parution. Grâce à la programmation, je peux parfaitement dormir sur mes deux oreilles ou baguenauder de l'autre côté du globe, le billet apparaît sur les écrans à 8 heures du matin, heure de l'Europe centrale.

Mardi : je guette les commentaires. Cela fait toujours plaisir et, par prudence, j'ai choisi de les valider avant publication.

Mercredi : tranquille. Le lundi suivant est encore loin.

Jeudi : il serait peut-être temps de réfléchir à un nouveau sujet, non ?

Vendredi : je ne vais pas tarder à m'y mettre. Quelques recherches plus tard, je jette enfin quelques idées sur le papier, puis j'ouvre une nouvelle page dans mon logiciel de traitement de texte (heureusement, je tape assez vite sans regarder le clavier).

Samedi : le temps venu de la relecture pour traquer les répétitions, les fautes d'orthographe et les ambiguïtés. Au fait, quelle illustration pour accompagner le texte ? Vite, un tour sur Internet, si je n'ai aucune photo dans ma collection personnelle. Ah, si seulement je savais dessiner…

Dimanche : ouf ! c'est prêt, si j'ai bien respecté le calendrier ci-dessus. Demain lundi, une nouvelle semaine commence.


Inutile de préciser que le challenge AZ vient quelque peu bousculer cette belle régularité !

mardi 21 juin 2016

R comme records

Que celui ou celle qui n'a jamais ouvert un livre des records me jette la première pierre ! Les généalogistes sont des individus comme les autres, ils sont friands de performances.

Vous connaissez sûrement Geneawiki, l'encyclopédie contributive en ligne éditée par Geneanet, mais savez-vous qu'elle a ouvert une page où inscrire les records généalogiques ? Plusieurs catégories sont proposées :
  •  La longévité, si vous avez des centenaires avérés dans les branches de votre arbre, 
  • La fécondité, si certains de vos ancêtres ont donné le jour à plus d'une vingtaine d'enfants,
  • Les unions (durée la plus longue ou la plus courte, plus grand nombre de mariages pour un seul individu, l'époux le plus jeune ou le plus âgé, le plus grand écart d'âge),
  • La consanguinité (là, Louis XIV et son épouse Marie-Thérèse sont imbattables),
  • Les noms et prénoms (les patronymes les plus longs, les prénoms les plus nombreux pour un seul individu, le même prénom répété de génération en génération),
  • Les insolites (le plus d'individus sur un seul acte de décès, le plus grand nombre de signatures au bas d'un acte, le plus grand nombre de jumeaux par fratrie).

 Bien sûr, la liste des propositions n'est pas exhaustive, libre à vous d'ouvrir de nouvelles perspectives. Manifestement, je suis loin des records homologués, mais j'ai quand même jeté un œil sur la longévité des personnes figurant dans ma base de données, and the winner is

Jeanne Catherine Bizet, née le 22 février 1786 à Husson (Manche), sous l'Ancien Régime, et décédée quatre-vingt-seize ans plus tard, le 30 avril 1882 à Notre-Dame-du-Touchet (même département), sous la Troisième République. Elle fut l'épouse de Jean Baptiste Chancé, qu'elle avait épousé le 30 novembre 1809, sous le Premier Empire, et qui l'avait précédée dans la tombe vingt-deux ans auparavant.

Elle est talonnée de près par Marie Adema, née à Pau le 30 mai 1759 et décédée dans la capitale béarnaise le 23 décembre 1854, à quatre-vingt-quinze ans révolus. Aucun doute possible pour ces deux records, leurs actes de décès respectifs indiquent clairement leur filiation et leur date de naissance.


Mon père arrive en troisième position. Il nous a quittés à quatre-vingt-quatorze ans, également dans la bonne ville de Pau, qui n'était pourtant pas sa terre d'origine. De là à penser que le climat et la douceur de vivre… non, je n'irai pas jusque là.

Source Gallica