lundi 11 mars 2019

Rentier peut-être, mais frustré !

Mon grand-père paternel avait déjà trente-sept ans lorsque, en septembre 1902, il revêtit l'uniforme de la Compagnie du Métropolitain de Paris(1). Mais auparavant ? De 1881, date à laquelle il décrocha son premier emploi, alors qu'il avait à peine seize ans, à 1901, soit durant une vingtaine d'années, il eut successivement quatre employeurs :
  •  Hoche aîné, marchand drapier rue Colbert, où il resta deux ans et demi,

  • Soehnée et Pegé, également marchands drapiers, établis rue Feydeau, où il fut employé de juillet 1883 à octobre 1886,
  • Me Saranne, huissier 6 bis rue du Quatre-Septembre, de novembre 1886 à septembre 1893,

  • Enfin M. Abel Goubaud, éditeur de journaux de mode 3 rue du Quatre-Septembre, où il fut employé aux écritures de novembre 1893 à avril 1901.

Je ne sais rien de ses émoluments durant cette période. Toutefois, dès 1886, Frédéric Chancé adhéra à une société de secours mutuel, l'Union du Commerce, et j'ai ainsi une idée de la pension qu'il perçut à ce titre, quand il cessa toute activité professionnelle.

Les sociétés de secours mutuel

À la fin du XIXe siècle, le système de protection sociale que nous connaissons aujourd'hui n'existait pas encore. Lorsque les corporations de l'Ancien Régime furent supprimées, dans un premier temps par un édit de Turgot en 1776, puis définitivement par la loi Le Chapelier en 1791, des sociétés de secours mutuel virent le jour.

De quoi s'agissait-il ? D'organismes  de bienfaisance qui, moyennant un droit d'entrée et une cotisation mensuelle, accordaient une aide à leurs adhérents en cas de maladie, d'accident, d'infirmité, de chômage… En dépit de leur caractère philanthropique, ces sociétés suscitaient une certaine défiance de la part des pouvoirs publics : comment empêcher que les fonds ainsi collectés ne financent des grèves ouvrières ?

Les premières sociétés de secours mutuel apparurent sous le Premier Empire. Par la suite, elles furent officiellement reconnues par Louis Napoléon Bonaparte en 1852, mais de façon plutôt restrictive : pour bénéficier d'avantages financiers significatifs, les "sociétés approuvées", créées à l'échelon de la commune, étaient strictement encadrées et le nombre de leurs membres limité à 500. Il faudra attendre 1898 pour qu'une charte de la mutualité supprime l'agrément de l'administration. Et 1945 pour qu'un Code de la mutualité soit publié.

L'Union du Commerce

L'Union du Commerce, à laquelle mon grand-père Frédéric Chancé adhéra, fut créée en mai 1847, sous la forme d'une société philanthropique. Moyennant une cotisation mensuelle de deux francs, ses membres bénéficiaient de la gratuité des soins médicaux et pharmaceutiques. Ils se recrutaient parmi les employés et les comptables des maisons de commerce de gros ou de détail, les maisons de tissus ou d'articles de Paris, les maisons de banque du département de la Seine.

Le nombre des sociétaires augmenta rapidement : 320 adhérents en 1850, plus de 8 500 en 1876, plus de 12 700 en 1887, année où lui fut adjointe une caisse de retraite.

En 1913, le nombre des adhérents dépassait les 26 000. Mais à l'issue de la Première Guerre mondiale, l'Union du Commerce n'allait pas tarder à connaître de graves difficultés, dues à la fois à la fonte de ses effectifs, fauchés par le conflit (d'où une dramatique diminution des cotisations collectées), et à l'inflation, inconnue jusque là, qui vit s'envoler les honoraires des médecins et le prix des médicaments.

Elle a néanmoins surmonté les aléas de l'histoire et existe encore aujourd'hui sous le sigle de la MUCS(2) (Mutuelle Union du Commerce et des Scop).

Un titre de rente viagère

Le document qui a piqué ma curiosité est un titre de rente viagère au nom de mon grand-père paternel. À l'issue de trente-neuf années de présence au sein de l'Union du Commerce, il bénéficia donc à compter du 1er janvier 1926 d'une rente annuelle non révisable de… 78 francs, payables par trimestre.

Collection personnelle

Sur présentation de son titre au siège de l'Union, quai de la Mégisserie, il percevait les fonds, ce qui était matérialisé par un tampon apposé au verso du document.

Collection personnelle

La photo figurant au recto illustre bien  la désillusion que Frédéric Chancé devait éprouver lors qu'il mettait dans son portefeuille ces sommes dérisoires(3). Soixante dix-huit francs par an ! À peine de quoi se payer une paire de chaussures… Les tampons suggèrent d'ailleurs qu'il ne prenait pas la peine de se déplacer tous les trois mois.




(1) Voir à ce sujet le billet intitulé Matricule 1113, publié le 25 février 2019.

(2) Le site de cette mutuelle recèle quelques informations sur son histoire depuis sa création https://mutuelledesscop.fr/mutuelle-des-scop/histoire

(3) À titre de comparaison, la pension annuelle versée par la Compagnie du Métropolitain de Paris à mon grand-père s'élevait à 5 659,85 francs pour l'année 1936.

lundi 4 mars 2019

Derrière les façades haussmanniennes

Mon grand-père paternel, le premier de mes ancêtres à être né à Paris, a vu le jour en 1865, en plein cœur du deuxième arrondissement, au numéro 74 de la rue de Richelieu.

Curieusement, aucune entrée d'immeuble ne porte plus ce numéro aujourd'hui. La consultation des plans parcellaires sur le site des Archives de Paris révèle un bâtiment d'angle qui porte à la fois le numéro 74 côté rue de Richelieu et le numéro 8 côté rue du Quatre-Septembre, où est désormais située son unique entrée.

Plan parcellaire quartier Vivienne, détail
Source : Archives de Paris, PP 11870/B

Que s'est-il passé ? Le deuxième arrondissement, comme de nombreux autres quartiers de Paris, a subi d'importantes transformations sous le Second Empire : percement de l'avenue de l'Opéra, du boulevard de Sébastopol, de la rue de Turbigo, de la rue Réaumur et de la rue du Quatre-Septembre (selon les dénominations d'aujourd'hui), création du square Louvois, importants travaux sur le site de la Bibliothèque nationale, élargissement des voies existantes… Opérations qui entraînèrent la démolition de nombreux bâtiments et la disparition d'innombrables petites rues aux noms parfois plus poétiques, mais aux logements souvent insalubres. La maison où habitaient mes arrière-grands-parents en 1865 n'a pas survécu aux aménagements du baron Haussmann !

Charles Marville, rue de Richelieu, vers 1866
Source : vergue.com

Mon arrière-grand-père, venu de Normandie avec deux de ses frères pour exercer la profession de peintre en bâtiment dans la capitale, avait déjà connu plusieurs domiciles, rue des Amandiers Saint-Jacques et rue Saint-Jacques dans Paris intra muros, puis rue Feutrier et une mystérieuse rue des Acacias à Montmartre, avant de s'installer rue de Richelieu. Il fut donc contraint de déménager une nouvelle fois. En 1869, lorsqu'il est témoin au mariage de l'une de ses nièces à la mairie du 18e arrondissement, il est domicilié rue Saint-Maur, dans le 10e.

Toutefois, il revient ensuite dans le quartier Vivienne. En 1876, lors du troisième mariage de son frère aîné, il est désormais domicilié 8, rue du Quatre-Septembre, quasiment au même endroit que précédemment, ce qui m'avait induite en erreur, avant que je ne me penche plus attentivement sur la question.

Le nouveau bâtiment est un immeuble de rapport qui appartient à un certain Charles Louis Sophie Tabouis. Deux boutiques occupent le rez-de-chaussée. Au dessus de l'entresol, qui abrite le logement du concierge et des locaux destinés à des entreprises, s'élèvent quatre étages "carrés", un cinquième mansardé et un sixième sous les combles. Balcons courant le long de la façade au premier et au quatrième au-dessus de l'entresol, typiques de l'esprit haussmannien.

D'après le calepin des propriétés bâties, les appartements des trois premiers étages comprennent au moins cinq pièces, une cuisine et un "cabinet d'aisances". Cinq fenêtres donnent sur la rue du Quatre-Septembre et deux sur la rue de Richelieu. Le quatrième et le cinquième comprennent des appartements plus petits et des chambres indépendantes avec cheminée. Le sixième sous les combles est occupé par cinq chambres de domestiques.

Les commerces ont varié au fil du temps : cordonnier, magasin de chaussures, marchand de tissus, magasin de curiosités, changeur de monnaie, marchand de vins, chapelier…

Les professions des locataires sont également représentatives du quartier : passementier, couturier sur mesure pour les particuliers, marchand tailleur, fabricant de corsets, libraire, modiste, fabricant de fleurs artificielles. En effet, à l'époque, les activités qui prévalent dans le quartier Vivienne, proche de celui du Sentier, sont le commerce des tissus, la passementerie et les fournitures pour l'ameublement.


Difficile de connaître avec précision où étaient logés mes arrière-grands-parents et leur fils dans cet immeuble, car leur nom n'apparaît pas dans la liste des locataires successifs. Un indice, toutefois : lors de son décès en 1905, la mère de Frédéric Chancé, Madeleine Laubret, alors âgée de soixante-neuf ans, est qualifiée de concierge. Occupait-elle avec son mari la loge située à l'entresol ? C'est une hypothèse.

lundi 25 février 2019

Matricule 1113

C'est le numéro que portait mon grand-père paternel Frédéric Chancé, lorsqu'il était agent à la Compagnie du Métropolitain de Paris (CMP).

Frédéric Chancé, en uniforme de la CMP

Il posa sa candidature durant l'été 1902 et fut engagé le 22 septembre de la même année. Il avait alors déjà trente-sept ans, et fut mis à la retraite, dix-huit ans plus tard, en 1920, lorsqu'il atteignit cinquante-cinq ans. Ces informations, je les tiens de son dossier conservé par les Archives de la RATP, mais si nous cherchions à en apprendre davantage ?

Quel poste ?

Première question qui me vient à l'esprit : quel poste occupait-il dans cette jeune compagnie ? Rappelons-nous que la première mise en service d'une ligne de métro à Paris avait eu lieu à peine deux ans auparavant, alors que l'Exposition universelle de 1900 attirait des millions de visiteurs.

Frédéric Chancé fut engagé comme garde de 3e classe. À l'époque, l'organisation était la suivante :
  • Un chef surveillant dans chaque station, chargé de superviser non seulement les installations et la vente des titres de transport, mais également le personnel des rames durant le stationnement, 
  • Des surveillants de quai, chargés d'aider à l'ouverture et à la fermeture des portes et de canaliser les voyageurs,
  • Un receveur, préposé à la vente des billets,
  • Un chef de train, responsable du personnel à bord (un conducteur, trois gardes intermédiaires et un garde arrière),
  • Des gardes, pour assurer le service des portes (qui n'étaient pas automatiques), ainsi que la surveillance et la police à l'intérieur de la rame, 
  • Enfin un conducteur, pour la conduite du train et le petit entretien des motrices.

 À mon avis, si j'en crois l'état récapitulatif de ses mutations, mon grand-père dut, dans un premier temps, faire ses preuves comme garde, avant de passer chef de train à l'automne 1903, un peu plus d'un an après son incorporation dans l'entreprise.

Mais il faut savoir qu'entretemps un drame était survenu. Le 10 août 1903, la catastrophe de Couronnes avait fait 84 morts à la suite de l'incendie d'une rame sur la ligne 2 (Dauphine-Nation).  L'accident mit en évidence une série d'éléments à rectifier d'urgence : matériel roulant en bois hautement inflammable, personnel livré à lui-même, installations électriques non sécurisées, absence d'éclairage de secours, absence de postes d'incendie… les victimes furent en majorité asphyxiées par les fumées alors qu'elles stationnaient sur le quai pour réclamer le remboursement des billets et que, dans la panique et l'obscurité, elles tentèrent de s'échapper du côté opposé à la sortie !

L'exploitation fut entièrement revue, avec la création de deux services, celui de la Traction (agents de conduite) et celui du Mouvement (agents sédentaires et agents d'accompagnement des trains) et la mise en place d'un personnel d'encadrement.

Je ne suis pas sûre que mon grand-père ait apprécié cette organisation quasi militaire, lui qui, lors du conseil de révision, fut ajourné à deux reprises pour faiblesse de constitution et finalement classé dans les services auxiliaires. La lecture de son dossier fait apparaître un certain nombre d'incidents qui lui furent imputés, assortis de pénalités financières. Certains nous paraîtraient bien dérisoires aujourd'hui : "signal de départ trop hâtif", "n'a pas porté la notification de l'heure sur son rapport", "manque de tact dans une réclamation de voyageur"…

Sur quelle ligne ?

Deuxième question qui me vient à l'esprit : sur quelle ligne mon grand-père était-il affecté ? Lors de son entrée dans la compagnie, seules deux lignes étaient en service : 
  • La ligne 1 traversait Paris d'est en ouest sur la rive droite, de la Porte de Vincennes à la Porte Maillot ; huit stations avaient été ouvertes au public le 19 juillet 1900, les suivantes le furent entre le 6 août et le 1er septembre.
  • La ligne 2 suivait le tracé de l'ancien mur des Fermiers généraux dans sa partie nord, de Porte Dauphine à la place de la Nation ; elle fut mise en service par tranches successives entre 13 décembre 1900 et le 2 avril 1903.

Frédéric Chancé travailla donc nécessairement sur l'une de ces deux premières lignes. Mais les stations citées dans son dossier me font penser que son activité se déroula majoritairement sur la ligne 3, qui bénéficiait des nouvelles mesures de sécurité, prises à la suite de la catastrophe de la station Couronnes :
  • Le premier tronçon, qui reliait Villiers à Gambetta, entra en service le 19 octobre 1904 de Villiers au Père Lachaise et le 25 janvier suivant jusqu'à Gambetta.
  • De nouvelles stations en direction de la Porte Champerret (Malesherbes, Wagram, Pereire) furent ouvertes entre mai 1910 et février 1911.

 Lorsque mon grand-père fut mis à la retraite à l'été 1920, il était chef surveillant de 1ère classe à la station Malesherbes depuis le 31 janvier précédent.

L'exploitation du métro parisien a certes changé depuis cent ans, mais j'ai connu l'époque où les chefs de station, reconnaissables à la coiffe blanche recouvrant leur casquette, disposaient d'un bureau vitré sur le quai de la station. J'ai également connu les chefs de train, debout en tête de rame, qui passaient une tête par l'ouverture et jetaient un dernier coup d'œil sur le quai, avant de commander la fermeture des portes.

Et j'ai désormais une pensée pour mon grand-père quand j'emprunte la ligne 3…


Sources

Jean Tricoire, Un siècle de métro en 14 lignes, de Bienvenüe à Meteor, La Vie du Rail, 1999, 351 pages, abondamment illustré


Jean-Claude Demory, Le métro de chez nous, Éditions MDM, 1997, 143 pages, majoritairement constitué de photos

lundi 18 février 2019

Changement d'herbage…

Depuis une quinzaine de jours, je suis absorbée par la délicate mission qui consiste à migrer d'un iMac modèle 2009 à son équivalent actuel. Mis à part le doublement de la mémoire vive, la finesse accrue et la qualité supérieure de l'écran, un clavier et une souris qui ne réclament plus de piles pour fonctionner, pas de changement notable, en tout cas rien de perturbant.

C'est au regard du système d'exploitation que les affaires se compliquent. La dernière mise à jour installée sur mon ancienne bécane remontait à 2016 : c'était Mavericks (OS X 10.9.5), laquelle n'était plus compatible avec les dernières versions de certains logiciels. Me voici donc aux prises avec Mojave (10.14.3), autant dire un autre univers qui nécessite de renouveler la plupart des applications que j'utilisais jusqu'à présent.

Et de repartir à neuf, avec une installation propre, pourquoi pas ?

Heredis Pro 2019 pour Mac

Je découvre donc enfin la dernière version d'Heredis, intitulée Pro 2019. J'ai aussitôt transféré la totalité de mon arbre généalogique (pas loin de 10 Go), à première vue sans en perdre une ligne, pardon une feuille, ouf !

Alors, quoi de neuf ?

La gestion des sources

La fenêtre de saisie des sources comporte maintenant trois onglets : Médias, Note et Transcription, avec un bouton intitulé "Déchiffrage" qui permet de superposer (ou de juxtaposer) l'image de l'acte et sa transcription. Oups ! Toutes celles que j'avais effectuées jusqu'à présent sont rédigées dans l'onglet "Note". Et, à ce jour, j'ai accumulé plus de 6 400 sources…

Je commençais déjà à envisager de longues séances de couper/coller pour transférer les textes dans la bonne case, jusqu'à ce que j'ai l'idée de jeter un œil dans les "Options", la petite roue dentée en haut à droite du dictionnaire des sources. Et là, surprise, c'est prévu : il y a une option "Échanger note et transcription" (merci, les beta testeurs ?). Un souci en moins.

Le dictionnaire des dépôts d'archives

Absent de la version 2017 que j'utilisais jusqu'à ce jour, je le découvre avec la version 2019. L'occasion pour moi de faire le ménage et de normaliser la présentation : toutes les archives départementales sont maintenant intitulées "AD" suivies du numéro du département (il va me falloir en réviser la liste, car j'ai toujours considéré que Maine-et-Loire était plus parlant et plus facile à mémoriser que 49 !).

L'occasion également de supprimer quelques inexplicables doublons : quelle différence voyez-vous, par exemple, entre "AM Pau" et "AM Pau" ? Moi, aucune, mais bon, c'est corrigé.

À ce jour, j'ai donc utilisé les services de 78 dépôts d'archives, un grand nombre d'archives départementales et municipales, bien sûr, mais également d'autres plus exotiques comme Pireneas presse ancienne… qui affiche, depuis combien de temps déjà, ce désespérant message : "Nous rencontrons en ce moment des difficultés techniques sur Pireneas. La recherche dans la presse ancienne par mot clé n'est plus active." Enfer et damnation !

Les autres nouveautés

Je citerai pêle-mêle quelques autres éléments réjouissants, que vous connaissez peut-être déjà, mais que, pour ma part, j'ai découvert ces derniers jours :
  • La palette Résumé, qui fournit désormais des informations sur les sources et permet d'accéder à plus de détails par le biais de raccourcis,
  • Les variantes d'affichage des cartes,
  • L'arbre des régions, avec des couleurs différentes par ville, département, région ou pays, pour mieux visualiser l'origine de ses ascendants,
  • La famille XXL, qui permet d'afficher arrière-grands-parents, multiples conjoints des ascendants, frères et sœurs de ceux-ci, descendance des cousins, que sais-je encore,
  • Une liste des rubriques personnelles (tiens, voilà une rubrique que je n'utilise guère),
  • Un sous-menu "Gérer mes installations" dans le menu Aide, qui permet d'utiliser la même licence Heredis sur trois ordinateurs différents.

 D'autres surprises m'attendent peut-être, que je découvrirai au fur et à mesure de l'utilisation de cette version. Bref, me voici équipée à neuf pour pousser plus loin mes recherches généalogiques. J'ai même changé la couleur de la fenêtre de travail, optant pour un joli vert plus printanier que le bleu précédent.

lundi 11 février 2019

L'intérêt des recensements

Alors que je cherche à en apprendre davantage sur mes ancêtres les plus proches, les Archives de Paris viennent de mettre en ligne les listes nominatives de recensement pour les années 1926, 1931 et 1936. Une aubaine !

Immeuble 75, rue Pouchet Paris 17e
Collection personnelle

Durant l'entre-deux-guerres, mes grands-parents paternels, que je n'ai pas connus, habitaient dans le 17e arrondissement : plus précisément le quartier des Épinettes (détail indispensable pour consulter efficacement les documents), au numéro 75 de la rue Pouchet. J'ai rapidement trouvé les folios qui m'intéressaient.

Qu'en ai-je retiré ? Des confirmations et une surprise.

Des confirmations

Commençons par elles. En 1926, mon grand-père paternel Frédéric Chancé, né une soixantaine d'années plus tôt à Paris, habite avec son épouse et son fils un grand immeuble de briques jaunes, en bordure de la ligne de chemin de fer de la Petite Ceinture. À cette date, il est employé par la Société générale, chargé d'encaisser les créances auprès des commerçants. Situation toujours d'actualité cinq ans plus tard, en 1931.

J'avais déniché, avec une certaine surprise, cette information sur sa profession en consultant le répertoire des élèves du collège Chaptal, où mon père fit ses études secondaires. Jusqu'alors je savais simplement que Frédéric Chancé avait fait une partie de sa carrière à la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris. L'occasion d'éclaircir un point de détail sur l'uniforme dont mon père gardait le souvenir : le pantalon de nankin faisait partie de la tenue des garçons de recettes, et non pas des chefs de gare, comme le pensait mon père. L'occasion également de rédiger à l'époque un billet sur le sujet(1).

Poursuivons. En 1926, mon père a dix-sept ans. Il est non pas "agent de change", comme mentionné dans le registre de recensement, mais plutôt commis chez un agent de change. En 1931, à vingt-deux ans, il est comptable dans une société, la STAC Nord. Informations déjà connues grâce à un précieux état de reconstitution de carrière déniché dans les papiers de famille.

En 1936, secrétaire des Établissements Savard et fils(2), il a quitté le foyer de ses parents et réside désormais boulevard Berthier. Toujours dans le 17e arrondissement, mais un peu plus à l'ouest, dans le quartier de la Plaine de Monceaux (nom officiel, tel qu'il figure dans les documents administratifs, même si la Plaine Monceau est plus connue sous l'orthographe que j'emploie dans cette parenthèse).

En cette même année 1936, mon grand-père paternel n'occupe plus aucun emploi. Il a désormais soixante-et-onze ans et va décéder en février de l'année suivante.

Les listes de recensement ne fournissent aucun détail particulier sur ma grand-mère, Jenny Letourneau, sinon qu'elle est née en 1875 dans le Maine-et-Loire, ce que je savais déjà depuis longtemps.

Une surprise

Mais, à mon grand étonnement, le foyer abrite un quatrième personnage. Mentionnée en 1926 et 1931, la personne en question ne figure plus sur la liste de 1936 : il s'agit d'une certaine Marie Letourneau, née en 1862 dans le Gard, veuve, qualifiée sobrement de "parente", si j'en crois l'abréviation figurant dans la colonne adéquate.

Son patronyme tendrait à prouver qu'elle est apparentée à ma grand-mère paternelle, Jenny Letourneau. Un seul hic : mes ancêtres Letourneau sont originaires de la Mayenne et ont migré vers le Maine-et-Loire, notamment vers Angers et ses environs, au cours du XIXe siècle. Loin, très loin de ce département languedocien qui tarde tant à mettre ses archives en ligne…

Il ne me reste plus alors qu'à consulter les registres de décès du 17e arrondissement pour la période comprise entre 1931 et 1936. Ce n'est pas insurmontable, mais… Commençons par un petit tour sur Geneanet. Je vous laisse imaginer le nombre d'occurrences obtenues en tapant "Letourneau Marie" dans le formulaire de recherche. Environ 12 600 réponses ! Plus de 3 600 encore, en se limitant à une période postérieure à 1861. Il me faut trouver une autre piste.

Ce département du Gard… j'ai déjà buté sur lui, il me semble qu'une épouse (mais de qui ?) en était originaire. Avant d'explorer ma base de données, je m'avise soudain que ma grand-mère figure sur la liste de recensement uniquement sous son nom de femme mariée. Donc, cette Marie Letourneau aussi, vraisemblablement.

Et là, bingo ! Marie Letourneau s'appelle en réalité Marie Amélie Sidonie Surry. Mon arrière-grand-père Emmanuel Letourneau s'était marié trois fois. Tout d'abord avec Jeanne Pauline Troussier : le couple a donné naissance à ma grand-mère Jenny. Puis en 1903, Emmanuel Letourneau devenu veuf a épousé une certaine Eugénie Suzanne Guillet. Divorce prononcé en 1907 et nouveau mariage en 1911, avec Marie Surry, cette fois. Cet homme devait détester la solitude !

Emmanuel Letourneau, décédé en 1920 à Angers, laissait peut-être sa troisième épouse dans une situation difficile(3). Ce qui expliquerait son hébergement chez sa belle-fille et le mari de celle-ci. J'ai beau interroger mes souvenirs, il ne me semble pas que mon père m'en ait jamais parlé. Il l'a pourtant côtoyée pendant plusieurs années, alors qu'il était déjà adolescent… Cette Marie Surry donc, veuve Letourneau, retourna à Angers à la fin de sa vie : elle y décéda à son domicile, rue Ambroise Paré, le 26 février 1932. L'information figurait déjà dans ma base de données.

Quoi qu'il en soit, je ne puis que vous inciter à consulter toutes les sources à votre disposition pour enrichir vos connaissances sur votre histoire familiale. Des surprises vous  y attendent peut-être…


(1) Voir à ce sujet le billet intitulé Garçon de recettes, publié le 31 octobre 2016.

(2) Fabricants de bijoux en plaqué or, les bijoux FIX. Siège social 22, rue Saint-Gilles, dans le 3e arrondissement de Paris, non loin de la place des Vosges.

(3) Il me faudrait, pour en avoir le cœur net, consulter les tables de successions aux Archives du Maine-et-Loire.

lundi 4 février 2019

Changement de cap ?

Deux mois se sont écoulés depuis mon précédent billet, paru le jour de mon anniversaire. Période consacrée à un voyage en Asie du Sud-Est, à la photographie, aux fêtes de fin d'année en famille et avec les amis. Je traverse également une phase (sans doute de courte durée, ne nous leurrons pas) de tri intensif de vieux papiers et de réorganisation de ma bibliothèque.

Autant dire que la généalogie a été quelque peu délaissée, même si j'ai lu avec attention les commentaires relatifs à une photo que je prenais, sans doute à tort, pour celle de mon baptême(1).

Collection personnelle

J'ai également réfléchi à l'orientation à donner à mes travaux au cours de cette année 2019. Cela fait maintenant dix ans que je consacre une partie de mes loisirs aux recherches généalogiques. J'ai commencé par envoyer quelques courriers, j'ai ensuite fait appel à des bonnes volontés pour me transmettre des documents, j'ai abondamment exploité les registres mis en ligne et j'ai finalement osé pousser la porte des salles d'archives. J'ai également bénéficié de divers contacts, par le biais de Geneanet ou grâce à certains billets postés sur mon blog.

J'ai, à ce jour, identifié 961 ascendants directs, sauf erreur ou confusion toujours possible(2). Une petite centaine en moyenne par an, donc, mais je m'aperçois, année après année, que les ajouts se font de plus en plus rares. Seulement 18 nouveaux "entrants" en 2018, par exemple.

Certes, cela s'explique assez facilement : au fur et à mesure que je remonte le fil du temps, je rencontre des difficultés croissantes de lecture, je suis confrontée à des actes de mariage non filiatifs, à l'absence de certains registres… La dispersion géographique de mes ancêtres y ajoute un obstacle supplémentaire ; à la cinquième génération, ils sont originaires de neuf départements, disséminés dans l'hexagone : Manche, Loir-et-Cher, Mayenne, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Drôme, Meurthe-et-Moselle, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques. Et vous savez quoi ? je n'ai pas le don d'ubiquité !

J'ai quand même réussi à remonter mes 14 quartiers(3) selon les cas, jusqu'à la 8e, 9e, 10e, 11e ou même 12e génération. Et je m'aperçois que j'ai procédé en plusieurs étapes.

Je me suis d'abord consacrée à fond à la généalogie ascendante, cherchant comme nombre de débutants à remonter le plus loin possible. Jusqu'à la première moitié du XVIe siècle pour un couple à la 16e génération, dont j'ignore à peu près tout ! Mais qui me permet encore d'étonner (épater ?) ceux qui me posent la fameuse question qui énerve tant les généalogistes chevronnés.

J'ai ensuite connu une période de généalogie "collatérale" ou descendante : j'ai voulu étoffer les fratries, dénombrer les frères et sœurs de mes ancêtres, collecter les actes et dates clés de leurs vies (naissance, mariages, décès), et même identifier leurs enfants. La tâche n'est sans doute pas finie, l'est-elle jamais, mais j'en perçois également les limites.

J'éprouve maintenant le besoin de passer à la phase suivante. Approfondir mes connaissances sur mes ancêtres plus proches, en exploitant toutes les sources à ma disposition, insuffisamment consultées jusqu'à présent : archives scolaires, militaires, fiscales, notariales, presse, photos, cimetières… l'objectif à terme étant d'écrire et d'illustrer l'histoire familiale. Vaste programme !




(1) Voir le billet intitulé Anniversaire, paru le 3 décembre 2018.

(2) Et même probable, si j'en crois certain message reçu par le biais de Geneanet.

(3) Et non pas 16, comme le voudrait la logique la plus élémentaire, par le fait de deux ancêtres nés de père inconnu ou non dénommé.