lundi 15 décembre 2014

Énigme photographie résolue ?

Il y a presque deux ans déjà, je m'interrogeai sur la photographie d'une jeune femme aux yeux clairs et aux cheveux châtains, vêtue à la mode des années 1870 ou 1880.

Il s'agissait d'une photo au format carte de visite, émanant du studio Disdéri, mais deux détails me titillaient : les initiales sur le support cartonné (je croyais lire HD, alors que le célèbre photographe du XIXe siècle se prénommait André Adolphe Eugène) et l'adresse du 6, boulevard des Italiens, alors qu'à ma connaissance le studio se trouvait au numéro 8 !

Eugénie Caperet
Collection personnelle

L'interrogation resta en suspens. Et puis, comme je suis dépositaire d'un bon nombre de photos de famille, en mai de cette année je me décidai à acquérir un fascicule intitulé Reconnaître les photos et cartes postales anciennes(1). J'y ai découvert l'existence de plusieurs ouvrages fort utiles pour dater avec précision les clichés. L'un d'eux attira tout de suite mon attention : le Répertoire des photographes parisiens du XIXe siècle, de François Boisjoly, aux Éditions de l'Amateur, paru en 2009.

Un petit tour sur Internet et me voici en possession quelques informations supplémentaires : il s'agit d'un ouvrage broché de près de trois cent pages, au format imposant et d'un prix relativement élevé, même d'occasion. Beaucoup trop récent pour être accessible en ligne sur Gallica. Et s'il était consultable en bibliothèque ?

Couverture du Répertoire des photographes parisiens

Je poussai plus loin les recherches… et c'est ainsi que j'ai accédé à deux sites intéressants. Je vous détaille l'affaire, car elle peut vous être utile.

Le Catalogue collectif de France

Je tape d'abord "rechercher un livre dans une bibliothèque" dans mon moteur de recherche préféré et j'arrive sur le guide de recherche en bibliothèque de la BnF.

1) Je lis le paragraphe intitulé "Localiser des livres hors BnF".

2) Je clique sur "Catalogue collectif de France" et je me retrouve sur une page de bienvenue, où je tape le titre du livre dans la case prévue à cet effet.

3) J'obtiens quatre résultats, dont le premier correspond à l'ouvrage recherché.

4) Je clique sur le titre en question et j'obtiens les diverses cotes du livre à la BnF sur les sites Tolbiac et Richelieu, des localisations à Grenoble, Roanne et Montpellier et une liste de 25 lieux répertoriés par le SUDOC (Système Universitaire de DOCumentation). En cliquant sur chaque ligne, on accède à quantités d'informations pratiques sur l'accueil réservé ou en libre accès, les catalogues, la localisation, les horaires d'ouverture… bref, une mine pour les chercheurs.

Les Archives de Paris

Deuxième piste à ma disposition. Tout en bas de la page d'accueil de leur site, figure une rubrique Bibliothèque.

1) Je clique sur "Consulter la rubrique".

2) Je choisis "Livres et revues", puis "Lire la suite".

3) Je sélectionne "Catalogue informatisé commun aux bibliothèques municipales spécialisées".

4) Tout en bas de la page de la bibliothèque des Archives, je choisis "Catalogue" et je clique sur "Recherche simple".

5) Je tape le titre du livre et j'obtiens deux résultats, qui correspondent à ce que je recherche, ainsi que la localisation des ouvrages : ils sont consultables non seulement aux Archives de Paris, mais dans plusieurs autres bibliothèques de la capitale. Je n'ai que l'embarras du choix !

Les informations contenues dans le Répertoire

J'ai donc profité d'une récente expédition boulevard Sérurier pour consulter (enfin !) le fameux livre en question. Il figure en accès libre, sur les rayonnages de la bibliothèque qui sépare la salle de lecture de l'espace dédié à la consultation des microfilms. Et là, bingo ! Trois articles sont consacrés à la famille Disdéri.

Le premier concerne évidemment André Adolphe Eugène Disdéri et narre l'ensemble de sa carrière professionnelle. J'y apprends qu'en 1874, il déménage du 8 au 6bis boulevard des Italiens. Tiens, tiens ! Et c'est en 1877 qu'il vendra sa firme à un certain Délié (qui se proclamera successeur de Disdéri).

Le second article est consacré à son épouse Geneviève Francardt, que Disdéri a quelque peu délaissée, semble-t-il, et qui exerça l'activité de photographe à Brest puis à Paris, après le départ de son mari pour Nîmes.

Le troisième article, enfin, est dédié à un certain Léonard Disdéri(2). J'y relève les informations suivantes : "Début d'activité 1875. Plaque sèche. Photographe de studio. Peut-être un fils que Eugène Disdéri a eu avec une Parisienne. Ils travaillent ensemble au 6, boulevard des Italiens."

Retour à la photographie, maintenant : à y regarder de plus près, les initiales ressemblent fort à un L, un H et un D entrelacés… elle a donc vraisemblablement été réalisée entre 1875, début d'activité de Léonard Disdéri, et 1877, date de la vente de l'entreprise familiale à un successeur.

Agrandissement de l'inscription

Subsiste une ultime question : la jeune femme de la photo, identifiée comme étant Eugénie Caperet, l'une de mes arrière-grand-mères maternelles, est née à Pau, s'y est mariée et y a donné le jour à sept enfants ; alors, à quelle occasion cette photo a-t-elle été prise dans un studio parisien ?




(1) Sandrine Sénéchal, Thierry Dehan, Savoir reconnaître les photos et cartes postales anciennes, Archives & Culture, guides de généalogie, 2012, 80 pages.

(2) Par curiosité, j'ai essayé de trouver l'acte de naissance de Léonard Disdéri à Paris dans l'état civil reconstitué. Sans succès : il n'y a pas de fiche à ce prénom.

lundi 8 décembre 2014

Le patrimoine du grand-père

Sollicitée par une amie pour aller récupérer un document aux Archives de Paris, j'en ai profité pour tenter de répondre à cette intéressante question : quel était le patrimoine de mon grand-père paternel au moment de son décès ?

Pour cela, je disposais simplement de trois informations :
  • Ses nom et prénoms,
  • Sa date de décès,
  • L'adresse de son domicile à cette date.


Comment procéder ?

Un tour sur le site des Archives de Paris m'a permis de préparer efficacement mes recherches sur place. Le site est fort bien fait et, si vous ne le connaissez déjà, je vous conseille d'y jeter un œil.

La rubrique "Sources généalogiques" vous propose neuf sous-rubriques, dont une intitulée "Successions : déclarations et tables de décès". En cliquant sur "Lire la suite", vous accédez aux modalités de recherche et vous pouvez même télécharger une fiche au format PDF(1).

J'en ai retenu qu'il faut d'abord consulter les tables de décès, autrement dit les tables de successions et absences classées sous la cote DQ 8, pour repérer si une déclaration de succession a été déposée dans les mois qui suivent (et si oui, à quelle date ? sous quel numéro ?). En cas de réponse positive, il faut ensuite consulter les déclarations de successions proprement dites, classées sous la cote DQ 7.

J'ai également repéré dans le tableau de concordance le bureau de l'Enregistrement qui m'intéressait, compte tenu de l'arrondissement où résidait mon grand-père : en l'occurrence le 13e Bureau, pour le 17e arrondissement.

Sur place, la démarche pour accéder au document recherché se déroule en six étapes. Pas moins !

1) Chercher la cote de la table des successions et absences qui vous intéresse dans l'instrument de recherche I.7.1 (les classeurs noirs sur les rayonnages près des baies vitrées). Facile si vous avez, en plus du nom du défunt, le numéro du bureau d'Enregistrement et la date du décès. Cela donne quelque chose comme DQ 8 xxxx.

2) Commander la cote sur l'un des ordinateurs placés près du bureau de la Présidence de salle, en commençant par scanner le code barre de votre carte de lecteur. Compter une vingtaine de minutes pour obtenir le registre qui vous intéresse.

3) Chercher la déclaration de décès dans le registre. Elles sont classées par mois et, pour chaque mois, par ordre chronologique. La page de gauche reprend les informations qui permettent d'identifier la personne : nom, prénom, profession, âge au décès, adresse du domicile, jour du décès, situation matrimoniale, patronyme du conjoint.

Table des successions et absences, page de gauche
Archives de Paris

Repérer sur la page de droite ce qui est mentionné dans la deuxième colonne : une date et un numéro (parfois plusieurs), si une déclaration de succession a été établie. Si cette colonne est vide, inutile de poursuivre plus loin les recherches, il n'y avait pas de patrimoine, donc pas de déclaration à faire ni de droits à payer.

Table des successions et absences, page de droite
Archives de Paris

Ne pas s'inquiéter si la colonne "Observations" comporte la mention "Pas de fiche", j'ignore sa signification, mais c'est en tout cas indépendant de l'existence ou non d'une déclaration.

4) Chercher la cote de la déclaration de succession dans l'instrument de recherche I.7.4 (à nouveau, les classeurs noirs sur les rayonnages près des baies vitrées). Facile avec le (ou les) numéro(s) de déclaration. Cela donne quelque chose comme DQ 7 xxxxx.

5) Commander la cote sur l'un des ordinateurs, comme précédemment. Nouvelle attente de vingt minutes environ.

6) Chercher la déclaration de succession dans le registre. Elle est établie par le notaire sur un formulaire intitulé "Formule de déclaration de mutation par décès" et comprend un nombre de pages variable en fonction l'importance et de la variété du patrimoine.

Quelles informations en tirer ?

La première page de la déclaration reprend la liste des héritiers et légataires et indique leur lien de parenté avec le défunt. Les pages suivantes détaillent l'actif, sa répartition entre les héritiers et finalement les droits à payer.

Déclaration de mutation par décès, première page
Archives de Paris

Si les opérations de succession se déroulent sur plusieurs mois (en cas de vente d'un bien immobilier, par exemple), le notaire établit une déclaration intermédiaire et verse au Trésor public un acompte sur les droits de succession, ce qui explique qu'il puisse y avoir plusieurs numéros de déclaration à des dates successives.

Le contenu de la déclaration est éminemment variable d'une personne à l'autre, mais, outre le détail du patrimoine, il est possible d'y glaner des informations qui permettent de poursuivre plus avant les recherches et d'en apprendre davantage sur ses ancêtres.

Pour ma part, j'ai relevé les points suivants :

1) Mon grand-père paternel était propriétaire de deux maisons à Salbris, qu'il avait héritées d'une de ses cousines (la déclaration précise qu'elle était veuve, indique le nom du défunt mari et fournit la date et le lieu de décès de cette cousine).

2) Ces maisons ont été vraisemblablement vendues après le décès de mon grand-père (ce dont ma mère parlait avec une nuance de regret dans la voix, car elle n'aurait pas détesté avoir une maison de campagne en Sologne).

3) Mes grands-parents possédaient également un petit terrain à Montmorency, acquis après leur mariage puisque le montant de sa vente fait partie de l'actif de communauté.

4) A contrario, comme il n'est fait nulle mention de leur appartement parisien, je puis aisément en conclure qu'ils en étaient locataires.

5) J'ai également la confirmation que mon grand-père percevait une retraite de la Compagnie du Chemin de Fer Métropolitain de Paris.

6) Enfin, j'ai le nom et l'adresse de deux notaires, pour poursuivre plus loin mes investigations.

Bref, ces quelques feuilles jaunies consultées aux Archives de Paris m'ont permis d'avancer dans mes recherches généalogiques !


(1) Une précision qui a son importance : cette marche à suivre n'est valable que pour les décès à compter de 1791.

lundi 1 décembre 2014

Un petit bonnet d'indienne

La même scène se reproduit plusieurs fois par semaine. Parfois, à plusieurs reprises le même jour.

Dans les rôles principaux, d'un côté Jean Baptiste Manuel, concierge de l'hospice civil, âgé d'une soixantaine d'années, et de l'autre Jean Baptiste Poublan Serres, maire de Pau.

Dans les rôles secondaires, tantôt Jeanton, tantôt Vaché, parfois Lanot, Pradère ou Hitolle, tous "gardes soldés" comme on appelait à l'époque les auxiliaires du commissaire de police. Ce dernier s'appelle Barrau ou Barran ; il est régulièrement cité, mais n'est pas présent physiquement.

Nous sommes en 1811. Sur les trente-six naissances inscrites dans le registre du mois de juin, dix-neuf concernent des enfants trouvés. Le concierge de l'hospice comparaît devant le maire et débite son histoire. Celui-ci note le lieu, les vêtements, le sexe, l'âge estimé, tous ces maigres détails qui pourraient permettre peut-être un jour… quoi ?

L'Enfant endormi, de Bernardo Strozzi (1581-1644)
Source Wikimedia Commons

Le nouveau-né est soit enveloppé dans des chiffons, soit enveloppé dans un "drapeau" (comprendre un morceau de drap) et une couette. Seuls les deux plus âgés sont vêtus d'une chemise et d'une "robette". À une exception près, ils ont la tête couverte d'un bonnet(1) : de taffetas, de mousseline, de basin, de satin ou même de soie, mais le plus souvent un simple bonnet d'indienne.

L'officier de l'état civil tente de décrire ces bonnets le plus précisément possible. Cela donne à peu près ceci : "un bonnet de taffetas rouge garni de gaze d'Italie et bordé d'une faveur jaune", "un bonnet de satin piqué et broché", "un bonnet d'indienne fond blanc avec des fleurs rouges, garni en mousseline", "un bonnet d'indienne à raies blanches, rouges et violettes, garni et brodé de faveur bleue"… Il s'agit de noter un maximum d'indices pour le cas improbable où l'enfant serait ultérieurement réclamé.

Une phrase revient comme une antienne dans chaque procès-verbal : "Nous n'avons aperçu aucune marque ni chiffre sur son corps", rien donc qui permette de distinguer l'un de ces enfants de ses compagnons d'infortune.

Les patronymes tentent maladroitement de rappeler les circonstances de la découverte : Lahalle, Larbre, Desportes, Tarbes pour la fillette trouvée devant le bureau de l'octroi sur la route qui conduit à cette ville, Boulangère pour celle trouvée devant la porte de celui qui cuit le pain, mais parfois aussi le patronyme des occupants de la maison la plus proche. Et tant pis s'ils n'y sont pour rien !

La palme de l'humour noir revient certainement à la personne qui a abandonné les jumeaux Pierre Théodore et Anne Adèle Mistake (prononcé à l'anglaise, je suppose), trouvés devant la porte de l'hospice avec une carte indiquant leurs prénoms et leur nom. Pourtant, à ma connaissance, Pau ne deviendra un lieu de villégiature fort prisé des Britanniques que trente ou quarante ans plus tard, lorsque le docteur Alexandre Taylor aura vanté les bienfaits du climat de la région.

Et Pierre Connu ? me direz-vous. Eh bien, il doit sans doute son patronyme au billet épinglé à ses vêtements :

"L'enfant que l'on met à l'hôpital de Pau se nomme Pierre, comme on désire pouvoir le reconnaître un jour on s'est décidé à placer cet écrit sur lui dans lequel on applique un cachet qui servira soit pour établir l'identité de l'enfant, soit les droits de ceux qui dans ce moment sont forcés de le confier aux soins des sœurs hospitalières à Pau. À… vingt cinq juin 1811."

C'est le seul enfant pour lequel il est en outre fait mention d'un baptême sous condition. Le maire estime qu'il paraît âgé de six mois. Il signe le procès-verbal, avec le concierge et deux gardes soldés. Nous sommes le 30 juin 1811, sur les neuf heures du matin.

Vingt-deux ans plus tard, le 28 août 1833 à Nay, Pierre Connu épouse Catherine Déodat. Personne n'est jamais venu le chercher, manifestement, car il est indiqué dans l'acte de mariage "enfant de l'hospice n°1294" et c'est un tuteur ad hoc qui autorise le mariage.

Il a appris le métier de… bonnetier et demeure à Nay, qui est un important centre textile à l'époque. Sa future femme, née à Nay où son père exerçait la profession de tondeur, est tricoteuse. Ensemble, ils donneront le jour à huit enfants au moins. Entretemps, Pierre Connu aura abandonné le métier de bonnetier pour celui, plus rémunérateur sans doute, de cabaretier.

Leur fils Simon terminera sa carrière comme directeur des Postes et Télégraphes à Montauban(2). L'ascenseur social ne fonctionnait pas trop mal à l'époque !



(1) À ce propos, voir les articles sur la vêture des enfants trouvés sur le site LesPetites Mains, histoire de mode enfantine.

(2) Voir le billet publié le 24 novembre 2014, intitulé "Lequatrième témoin".

lundi 24 novembre 2014

Le quatrième témoin

Rappelez-vous : c'était en juin dernier, à l'occasion du challenge AZ et, dans le billet intitulé  W commeWho's who, j'évoquais les quatre témoins du mariage de mes grands-parents maternels, le 22 novembre 1900, à la mairie de Pau.

J'avais identifié les trois premiers sans trop de difficulté, mais le quatrième, "Simon Théodore Conu, âgé de cinquante-neuf ans, Directeur des Postes et Télégraphes, domicilié à Montauban" m'avait laissée perplexe.

Jusqu'à ce que j'aie l'idée de lancer une recherche sur le site de Geneanet. Rien de positif dans les arbres en ligne, mais une piste sous l'onglet Ressources externes, qui pointe vers un dossier de la Légion d'honneur. Et me voilà partie pour de nouvelles découvertes !

Le dossier de Simon Connu, sur le site de la Légion d'honneur


Le dossier de la Légion d'honneur


Il comporte treize pages et, dès la première, je comprends que j'ai fait mouche :
"Connu Simon
Directeur des Postes et Télégraphes en retraite
né le 12 mai 1841 à Nay
a été nommé Chevalier de la Légion d'honneur
par décret du 13 juillet 1905 rendu sur le rapport
du Grand Chancelier
pour prendre rang du m. j."

Même nom sinon même orthographe, même prénom, même profession et une date de naissance parfaitement cohérente avec l'âge indiqué dans l'acte de mariage de mes grands-parents. Me voici en outre en possession d'indications précises pour rechercher l'acte de naissance dans les registres en ligne de la ville de Nay (prononcer Naille).

Je parcours rapidement les autres pièces du dossier, notamment un document à en-tête du Ministère du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes, Sous-Secrétariat d'Etat des Postes et Télégraphes, qui retrace toute la carrière de notre homme.

Simon Connu a modestement débuté comme employé surnuméraire à Paris en juin 1864, avant d'être envoyé à Belle-Île-en-Mer. Il n'est apparemment rémunéré qu'à partir du 1er novembre 1865, lorsqu'il devient employé de 5e classe, avec un traitement de 1 400 francs par an. Au fil des ans et des mutations, il gravit les échelons de l'administration et découvre d'autres horizons : Le Croisic (à l'époque Loire inférieure), Chateaubriand (même département), Limoges (Haute-Vienne), Cauterets (Hautes-Pyrénées), Bordeaux (Gironde), Les Eaux-Bonnes (à l'époque Basses-Pyrénées), Toulon (Var)…

En février 1872, il est nommé à Paris et en juillet de la même année, il devient employé de 3e classe, avec un traitement annuel de 1 800 francs. Jusqu'en 1879, il sera tantôt  affecté à la Poste centrale parisienne, tantôt à la Chambre des Députés, qui siège alors à Versailles. Entretemps, il a continué à gravir les échelons : employé de 2e puis de 1ère classe et enfin commis principal.

En juin 1885, sa carrière prend un tour nouveau lorsqu'il est mis à la disposition du Ministère de la Marine et des Colonies, et envoyé au Tonkin comme contrôleur technique. Il a alors quarante-quatre ans et bénéficie d'un traitement annuel de 3 500 francs, puis de 4 000 francs deux ans plus tard. En 1889, il revient en métropole avec quelques décorations : l'Ordre du Dragon de l'Annam, l'Ordre du Cambodge et une improbable médaille commémorative de l'expédition de Chine, que le rédacteur a dû confondre avec la médaille commémorative de l'expédition du Tonkin !

Simon Connu terminera sa carrière à Montauban (Tarn-et-Garonne), d'abord comme inspecteur des services techniques, puis enfin comme directeur et fera valoir ses droits à la retraite en novembre 1901, à l'âge de soixante ans. Ouf !

Le dossier comprend également un courrier signé du Préfet des Basses-Pyrénées, intitulé "Légion d'honneur, promotion du 2e semestre 1905", dans lequel je relève ce paragraphe : "La longue durée de ses services, la constance de son dévouement à ses fonctions, la correction parfaite de son attitude politique, lui créent des titres particuliers à la haute bienveillance du gouvernement."

Et un peu plus loin : "J'estime que sa nomination dans l'ordre de la Légion d'honneur serait absolument justifiée. Je suis, en tous cas, assuré qu'elle serait accueillie dans la région avec une sympathie unanime."

Langue de bois, vous avez dit langue de bois ? … même si je ne mets pas en doute la valeur de la personne, bien entendu.

Bref, notre homme mérite la rosette. Il sera décoré par le maire de Nay, dont il est alors l'adjoint, ce qui semble accréditer le fait qu'il soit rentré au bercail après une carrière itinérante. Quelques jours plus tard, il adresse une lettre au Grand Chancelier pour exprimer sa gratitude, courrier accompagné d'un extrait de son acte de naissance (qui va me permettre d'en savoir davantage) et d'un récépissé de versement de 37 francs à la Caisse du Trésorier Payeur général à Pau, pour prix de la décoration.


La famille de Simon Connu


L'acte de naissance de Simon indique qu'il est le fils de Pierre Connu, cabaretier de trente-deux ans, et d'une certaine Anne Déodat : je me lance à la recherche de l'acte de mariage des parents, avec d'autant plus de zèle que ce patronyme de Déodat m'est déjà familier.

Copie de l'acte de naissance
figurant dans le dossier de la Légion d'honneur

Bingo ! Le mariage a été célébré à Nay le 28 août 1833. Et là, nouvelle surprise : Pierre Connu est un enfant de l'hospice (j'y reviendrai dans un autre billet) et son épouse, prénommée Catherine et non pas Anne, est la fille de Jean Déodat et de Jeanne Bourret, mes Sosa 58 et 59 ! Le couple, qui a eu sept enfants, manquait sans doute d'imagination : trois de leurs filles se prénomment Catherine. Heureusement, à cette époque les dates de naissance sont indiquées dans les actes de mariage : l'épouse de Pierre Connu est née le 1er avril 1812, pas de risque de la confondre donc avec sa sœur née en 1809 ni avec celle née en 1818.

La plus jeune sœur de Catherine, Jeanne, née le 1er août 1819, épousera Gabriel Fourcade et aura pour fils Théodore, le père de ma grand-mère Julia. Vous suivez ? Simon Connu et Théodore Fourcade étaient tout simplement cousins germains. D'où la présence de Simon au mariage de ma grand-mère.

L'énigme du quatrième témoin est résolue.

Le cousinage entre Simon Connu et Théodore Fourcade

Quelques points resteraient néanmoins à éclaircir, si je voulais être exhaustive. S'est-il marié et a-t-il eu des enfants ? Difficile de le dire, ses affectations successives en divers points de l'hexagone et en Indochine compliquent quelque peu les recherches. Quand et où est-il décédé ? La première page de son dossier de la Légion d'honneur comporte cette simple mention, qui me laisse rêveuse : "Date du décès : centenaire", ce qui nous mènerait aux années 1940…

lundi 17 novembre 2014

Rebondissement dans l'affaire des photos !

Le mois dernier, je vous présentais ces trois bambins chez le photographe et je n'étais pas peu fière d'avoir trouvé la réponse à la question posée : de qui s'agit-il ?

Collection personnelle 

À mon avis, de ma grand-mère Julia, née en mai 1882 à gauche de la photo, tenant une ombrelle, de Joseph né en janvier 1884 au centre, assis sur le siège capitonné, et de Paul, né en avril 1881 à droite, une fine canne à la main. Dans la foulée, je datais la photo de 1886 ou 1887…

… jusqu'à ce qu'une lectrice me fasse gentiment remarquer que les robes des garçons et celles des filles permettaient en principe de faire la distinction. Il est vrai que celle de l'enfant assis au centre est abondamment pourvue de dentelles, comme celle de la fillette à gauche, contrairement au costume de l'enfant debout à droite, qui a quelque chose de plus austère et pour tout dire de plus masculin.

Ma commentatrice propose une autre lecture : selon elle, il pourrait bien s'agir de Jeanne, de Julia et de Paul, auquel cas la photo serait antérieure d'un an ou deux, puisque la sœur aînée de ma grand-mère, née en décembre 1879, est décédée le 9 septembre 1885.

Je suis troublée, mais je ne suis pas totalement convaincue pour deux raisons :
  • La ressemblance de l'enfant à l'ombrelle avec d'autres photos de ma grand-mère enfant, ce à quoi vous pourrez me répondre que ces ressemblances existent entre frères et sœurs (mmmouais, ma grand-mère a eu quatre filles, toutes très dissemblables les unes des autres…),
  • Les yeux plus sombres de l'enfant assis au centre, alors que sur les photos postérieures Julia a les yeux étonnamment clairs de l'enfant à l'ombrelle.
J'ai bien deux photos de Joseph, mais beaucoup plus tardives, alors qu'il était en uniforme et la lèvre supérieure ornée d'une moustache de dimensions impressionnantes. Difficile de comparer ! Je note juste qu'il a indiscutablement les yeux plus sombres que sa sœur Julia.

Joseph Fourcade à gauche, et son frère Jean
Collection personnelle

La photo des trois bambins garde donc sa part de mystère et je comprends mieux aujourd'hui les querelles d'experts dans des circonstances certes beaucoup plus graves, comme les affaires criminelles. Il est très difficile d'interpréter correctement les indices à notre disposition et l'intime conviction s'appuie parfois sur des preuves bien fragiles…