lundi 23 mai 2016

Menus plaisirs en généalogie

Connaissez-vous l'hôtel des Menus Plaisirs à Versailles ? J'ignore s'il se visite aujourd'hui, mais l'appellation me ravit !

Le bâtiment, construit au milieu du XVIIIe siècle, abritait des ateliers ainsi que quantité d'objets, parmi lesquels des décors de théâtre, des costumes, des instruments de musique et des accessoires destinés aux plaisirs de Louis XV et à l'instruction du futur Louis XVI. Il est également connu pour avoir accueilli dans ses locaux réaménagés les derniers États généraux, à l'aube de la Révolution. Mais ce n'est pas le propos du jour.

Je voudrais simplement reprendre le terme et partager avec vous, à l'occasion du prochain challenge AZ, lettre par lettre, les menus plaisirs qui font pour moi le charme de la généalogie. Et évoquer, au passage, quelques-uns des ouvrages alignés sur les planches de ma bibliothèque. Le tout en moins de quatre cents mots, histoire de faire court.

Rendez-vous le 1er juin, donc.



lundi 16 mai 2016

Les Hautes-Pyrénées, enfin !

Si vous suivez l'actualité sur le site de la Revue française de Généalogie, vous savez, grâce à Guillaume de Morant, que les archives des Hautes-Pyrénées sont enfin en ligne.

Bon, ne nous réjouissons pas trop vite : à ce jour la nouveauté, ce sont les registres paroissiaux (collection du greffe) et ils sont parfois incomplets. Pour les tables décennales et l'état civil, il faudra encore patienter quelques semaines, voire quelques mois… Il n'empêche, la nouvelle est d'importance.

Le site propose cinq chemins d'accès qui permettent de mesurer la richesse des documents déjà disponibles :
  • Par type de document (seize entrées proposées),
  • Géographique (trois entrées : liste des communes, structures intercommunales, structures départementales)
  • Cartographique (carte du département, avec accès aux communes en un clic),
  • Thématique (cinq entrées : Naître, vivre et mourir ; Participer, délibérer et décider ; Représenter ; Glaner ; Servir au culte)
  • Recherche par mots-clés (Actuellement dans trois bases : les terriers, les registres matricules et les listes nominatives de recensement).

De quoi satisfaire ma curiosité. Prenons l'exemple d'Aucun. La page d'accueil comporte une notice extraite du dictionnaire toponymique des Hautes-Pyrénées, qui fournit quelques informations sur l'altitude, la superficie, la population et l'origine du nom de la commune.

Les Pyrénées à Aucun
Collection personnelle

Sur la partie droite de l'écran, figure la liste  déjà longue des ressources disponibles :
  • Le cahier de doléances de 1789,
  • L'inventaire des biens de l'église effectué en 1906,
  • Les listes de recensement de 1872 et 1876,
  • La monographie rédigée par l'instituteur en 1887,
  • Le plan cadastral de 1834,
  • Le procès-verbal de délimitation de la commune de 1831,
  • Le procès-verbal de la visite pastorale de 1781,
  • Divers registres de délibérations de 1681 à 1980,
  • Les registres paroissiaux de 1737 à 1789 (un peu court, hélas, d'autant que la séquence chronologique comporte des lacunes),
  • Le livre terrier de 1761 (210 vues, une mine d'informations).

Enfin, en bas de page, un accès au répertoire des archives déposées nous donne un aperçu des richesses disponibles en salle, histoire de nous mettre l'eau à la bouche.

L'attente a été longue, mais ce premier aperçu est prometteur.

lundi 9 mai 2016

Un autre regard sur une carrière d'officier

Je viens d'achever la lecture d'un livre intitulé La vie professionnelle des officiers français au milieu du XIXe siècle(1). Impossible de me rappeler ce qui m'avait mis sur la piste, mais le titre m'avait attiré l'œil, dans la mesure où deux de mes ancêtres du côté maternel étaient militaires de carrière. Je me suis décidée à le commander et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Il s'est avéré qu'il m'éclaire surtout sur Achille Maitreau.

Le livre de William Serman

L'ouvrage correspond à la troisième partie d'une thèse soutenue en 1976 par un spécialiste de l'histoire militaire. L'étude a été effectuée à partir d'un échantillon de six promotions d'officiers et couvre principalement la Deuxième République et le Second Empire. Elle comporte nombre de tableaux et de statistiques, certes, mais pas seulement. Elle est encadrée par une introduction et une conclusion tout à fait instructives pour des néophytes de mon espèce.

Le livre est divisé en quatre chapitres qui traitent de la diversité du métier militaire, de sa finalité, de l'avancement et de la cessation du service. J'y ai clarifié mes idées, jusqu'alors un peu confuses sur ces questions.


Au fil des pages, l'auteur évoque l'origine sociale et les différentes filières d'accès au corps des officiers : les écoles comme Polytechnique et l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, bien sûr, mais il faut savoir que, dans la seconde moitié du XIXe siècle, plus de 70 % des officiers sont des hommes sortis du rang, avec un degré d'instruction élémentaire. Il distingue également des variantes significatives, selon qu'il s'agisse de l'état-major, de la cavalerie, des armes savantes (artillerie, génie), de l'infanterie, du train des équipages de la gendarmerie ou de la marine.

J'y ai découvert que le métier peut être fort différent, selon qu'il s'exerce dans un régiment, dans des emplois sédentaires, en détachement ou à l'état-major. Que les critères de choix pour élever un officier à un grade supérieur ne sont pas strictement professionnels. Que la durée des services varie selon le grade, mais également selon l'origine sociale. Et que certains officiers des grades subalternes ont fort peu de chances d'accéder au rang de chef de bataillon ou, a fortiori, au-delà.

Sans nier la bravoure des hommes, l'auteur déplore le conformisme engendré par le devoir de réserve et d'obéissance. Il souligne le caractère à la fois insuffisant et inapproprié de la préparation au combat, souvent masqué par des victoires sur des adversaires dotés de moyens rudimentaires. Ces défauts seront sévèrement sanctionnés par la défaite de 1870 contre l'armée prussienne, pourvue d'un armement plus moderne.

Regard sur la carrière d'Achille Maitreau

Lecture instructive, donc, qui m'a amenée à examiner la carrière d'Achille Maitreau d'un œil neuf. Né en 1821, il effectue d'abord six ans de service militaire à compter de 1842, conformément à la loi Gouvion-Saint-Cyr : tirage au sort d'un "mauvais numéro" ou remplacement d'un appelé, moyennant compensation financière ? Comment savoir ?

Toujours est-il qu'il renouvelle son engagement à deux reprises pour une durée de deux ans, en 1848 et en 1850. Il est proposé au grade de sous-lieutenant, qu'il obtient finalement le 30 décembre 1851, à presque trente ans. Avant d'être nommé lieutenant à trente-six ans et capitaine à quarante-quatre ans. Et d'être admis à la retraite à l'âge de 52 ans.

Reconstitution de carrière Achille Maitreau
Source Service historique de la Défense

William Serman indique dans la conclusion de son ouvrage que l'admission dans le corps des officiers est une forme d'ascension sociale pour nombre d'hommes issus d'un milieu modeste ou dépourvus de fortune personnelle.

Je n'ai pas encore eu l'opportunité d'examiner les documents qui me permettraient de me faire une idée sur le patrimoine de mes ancêtres Maitreau dans la première moitié du XIXe siècle. Je constate néanmoins que le père d'Achille Maitreau, qualifié tour à tour de fermier et de propriétaire, s'est marié à deux reprises ; Achille est l'aîné des deux enfants issus du second mariage, mais il est précédé de deux demi-frères et deux demi-sœurs. De quoi fractionner irrémédiablement l'éventuelle fortune familiale par le biais des dots et des héritages.

Le choix d'une carrière militaire est donc cohérent. De même la décision prise par Achille Maitreau, une fois à la retraite, de passer la fin de sa vie à Pau, ville de garnison du 58e régiment d'infanterie au sein duquel il fut capitaine. Loin du Maine-et-Loire dont il était originaire et où les autres membres de sa famille étaient installés.




(1) William Serman, La vie professionnelle des officiers français au milieu du XIXe siècle, Editions Christian, 1994, 221 pages, ISBN 2-86496-057-5

lundi 2 mai 2016

C'est le temps du muguet !

Avec le retour du beau temps, une certaine nonchalance est à prévoir.


Le temps d'une pause, donc. Après une escapade à Lyon, certes culturelle mais sans lien direct avec la généalogie, sauf à évoquer nos très lointains ancêtres les primates, les amniotes, les tétrapodes et les vertébrés à mâchoire, largement à l'honneur au musée des Confluences…

Et avant une plongée en apnée dans les registres des Hautes-Pyrénées, qui sont partiellement accessibles en ligne depuis quelques jours. Enfin ! Mais qui vont me donner du fil à retordre, je présume, si j'en juge par les lacunes que j'ai déjà détectées dans les paroisses qui m'intéressent.

Et je ne vous dis rien du challenge AZ qui débute le 1er juin prochain : j'ai trouvé le fil conducteur, j'ai déjà rédigé certains billets, mais il me reste les lettres les plus rétives à illustrer. Notamment celles qui nécessitent quelques acrobaties intellectuelles et que j'ai baptisées "la bande des quatre" : W, X, Y et Z !


À lundi prochain, donc, au gré de mon inspiration…

lundi 25 avril 2016

Une simple paperole dans un registre

Je continue à explorer virtuellement le Haut-Maine et, quittant Chantrigné, je fais un détour par Montreuil-Poulay pour y chercher le deuxième mariage d'un de mes ancêtres à la neuvième génération.

Et, dès les premières pages du registre, je tombe sur ce document :

AD Mayenne BMS Montreuil-Poulay 1674-1715 E dépôt 118/E1 vue 2/204

 "Le curateur des enfans de Jean Guiller et de defuncte
Caterine Cousin faict dire que les meubles tant morts
que vifs au lieu de la Nocherie paroisse de Monstreuil sont
à vendre mardy prochain au plus offrant et dernier
enchérisseur ceux qui voudront s'y rendre jeudy seront
receus moyennant leur enchère"

Il s'agit manifestement d'une paperole glissée dans le registre avec deux ou trois autres. Pas de date, pas de signature, je ne suis même pas capable de dire si elle est de la main du curé. Mais j'ai tendance à penser qu'elle était destinée à être lue au prône de la messe paroissiale, pour informer les personnes intéressées. La dernière phrase me laisse perplexe, quelqu'un peut m'éclairer ?(2)

Tutelle et curatelle

Profitons-en pour clarifier nos idées sur la tutelle et la curatelle, grâce au Dictionnaire de l'Ancien Régime(1). De quoi s'agit-il ? de mesures de protection des enfants mineurs orphelins de père. La pratique en était relativement courante, dans la mesure où la durée moyenne du mariage était courte, compte tenu de la mortalité élevée.

Il s'agit de confier à un tuteur qui représente l'enfant la gestion des intérêts et des biens de ce dernier. La tutelle peut être attribuée à la mère, si elle survit à son époux, tant qu'elle n'est pas remariée. Sinon, elle est généralement confiée au plus proche parent masculin, un frère majeur ou un oncle. Elle dure jusqu'à la puberté du pupille (douze ans pour les filles et quatorze ans pour les garçons, âge à partir duquel un mariage est valide selon le droit canon).

Elle est ensuite relayée par la curatelle, c'est-à-dire l'assistance du mineur pour les actes juridiques importants, et ce jusqu'à sa majorité (vingt-cinq ans, sous l'Ancien Régime).

Inutile de préciser que ces mesures de protection patrimoniale donnent lieu à la production de nombreux documents : inventaires après décès, comptes de tutelle… et contentieux, si le tuteur s'est montré indélicat. Une mine pour les généalogistes.

Si les enfants de Jean Guiller et de Catherine Cousin sont pourvus d'un curateur, c'est qu'ils ont donc atteint la puberté, mais ne sont pas encore majeurs.

Meubles morts et meubles vifs

Comme leur nom l'indique, les biens meubles s'opposent aux biens immeubles qui, eux, ne peuvent être déplacés (terrains, bâtiments…). Les meubles morts se rapportent aux meubles meublants (lits, tables, chaises, coffres, armoires, tapisseries, vaisselle et autres objets de cette nature), mais sans doute aussi aux outils ou aux charrettes, par exemple.

Pour leur part, les meubles vifs désignent tout simplement le bétail. N'oublions pas que nous sommes à une époque où le monde rural prédomine et où le seul mode de traction est encore animal.

Ces trouvailles dans les registres nous donnent ainsi l'occasion de réviser quelques notions de droit privé.



(1) Dictionnaire de l'Ancien Régime, Royaume de France XVIe-XVIIIe siècle, publié sous la direction de Lucien Bély, Presses Universitaires de France, collection Quadrige Dicos Poche, 3e édition 2e tirage août 2013, 1408 pages

(2) Grâce à des commentaires de personnes plus douées que moi en paléographie, il faut lire : "ceux qui voudront s'y trever ils y seront receus moyennant leur enchère" et non pas "ceux qui voudront s'y rendre jeudy…", ce qui ne voulait strictement rien dire !

lundi 18 avril 2016

Le reliquaire de Chantrigné

Vous connaissez mon goût pour les mentions insolites dans les registres paroissiaux. Depuis quelques jours, je feuillète assidument ceux de Chantrigné et j'entretiens, à plus de trois siècles de distance, une certaine bienveillance à l'égard de l'un de ses vicaires, qui manie artistement la plume. Boucles et jambages, majuscules élégantes, lignes régulières, chiffres aisément identifiables, orthographe proche de la nôtre, que demander de plus ?

Nous sommes en 1667. Les actes se succèdent avec une belle régularité. Tous les baptêmes, puis tous les mariages, puis toutes les sépultures sur des feuillets distincts, avec le paraphe de Michel Le Roux une seule fois en bas de page : sans doute s'agit-il du deuxième exemplaire du registre, qui n'est qu'une copie établie à partir du premier. Fort peu de signatures, hors celle de l'homme d'église.

Et puis soudain, entre deux baptêmes, ce texte :

Source AD Mayenne E dépôt 39/E2 vue 88/169

"Le Reliquaire de Saint Julien de l'Eglise de Chantrigné pese
un marc cinq onces, moins 18 grains valant pour l'argent 45#
8 s(ols) et 18# pour la façon qui a esté payé par M. Michel le
Roux pbre. vicaire de Chantrigné et faisant la charge de
procureur fabricien aux dépens de la fabrice (sic) fors la somme
de vingt livres qu'il a donnée pour defuncte Julienne
Cruchet sa mere, et treize livres cinq sols qui ont esté resservés
par l'Eglise de sorte qu'il n'y a de la fabrice que 35# 3 s(ols) plus
il luy a cousté pour l'aller querir au Mans le 22 juin 1667  70 s(ols)
."

Me voilà aux prises avec les anciennes mesures de poids : le marc correspond à 8 onces, l'once à 16 gros et le gros à 72 grains. Précisons au passage que le marc fait à peu près 244,75 grammes ou une demi-livre de l'ancien temps. Le reliquaire en argent pesait donc (je vous fais grâce des calculs) un peu moins de 400 grammes.

Passons maintenant au coût de l'objet. Ne nous trompons pas de siècle, ce que vous pourriez prendre pour un "hashtag" n'est jamais que l'abréviation couramment utilisée à l'époque pour la livre unité de compte, laquelle correspondait à 20 sols.

Et là, je me demande si le vicaire de Chantrigné n'avait pas un souci avec les chiffres. J'aurais tendance à penser que le reliquaire a coûté 63 livres et 8 sols, main-d'œuvre comprise. Soit 20 livres offertes par sa défunte mère, 13 livres et 5 sols par l'Eglise et donc 40 livres et 3 sols restant à la charge de la fabrique(1). Plus les frais de voyage de messire Le Roux ! Quelle distinction le vicaire fait-il entre les deniers  de l'Eglise et ceux de la fabrique ? L'histoire ne le dit pas.

J'ai cherché à en apprendre davantage, mais comme le dit l'instituteur chargé de rédiger la monographie de la commune en 1899, "au point de vue de l'histoire Chantrigné est une des communes les plus pauvres" ! Le document ne fait qu'une dizaine de pages manuscrites et je n'y ai trouvé que cette allusion, indirecte, à un reliquaire : "Autrefois Chantrigné avait deux assemblées très suivies la St Julien le 27 janvier et la St Pierre le 29 juin ; mais depuis quarante ans l'exposition des reliques de ces saints n'attire plus les pèlerins."

Autres temps, autres mœurs…



(1) Organisme chargé d'administrer les biens de la paroisse et de tenir les comptes des recettes et des dépenses.