lundi 17 octobre 2016

Sur la piste de mes ancêtres parisiens

Je voulais en apprendre davantage sur trois frères venus de Normandie tenter leur chance à Paris, vers le milieu du XIXe siècle.

Je savais déjà qu'ils y exerçaient la profession de peintres en bâtiment ou de broyeurs de couleurs, qu'ils s'y marièrent et que leurs enfants y virent le jour. Au fil des actes d'état civil, j'avais pris soin de noter leurs adresses successives dans la capitale ou ses abords immédiats (Montmartre, en l'occurrence) et de consulter un plan pour mieux les localiser.

Malheureusement, comme vous le savez sans doute, pas de recensement à Paris avant 1926 : beaucoup trop tard pour mes trois lascars !

Lors d'un atelier sur les archives parisiennes, j'avais dressé l'oreille en entendant citer les calepins des propriétés bâties, mais je n'avais pas immédiatement exploité ce filon. Depuis la semaine dernière, c'est enfin chose faite.

Les calepins des propriétés bâties

De quoi s'agit-il ? De documents rédigés par l'administration fiscale pour déterminer la base d'imposition des propriétaires fonciers. Ils ont été établis durant la seconde moitié du XIXe siècle et mis à jour à plusieurs reprises.

Il existe en principe un cahier par immeuble. Ce cahier comprend les informations suivantes :
  • L'adresse de l'immeuble (le numéro de propriété correspond au numéro de la rue),
  • Le nom du propriétaire et son adresse, s'il ne réside pas sur place,
  • Une description sommaire de la propriété,
  • Le nom des locataires et leur profession, dans l'ordre où se présentent les logements,
  • La valeur locative par appartement ou local, le revenu cadastral imposable, ainsi que d'autres éléments à usage fiscal et des annotations diverses.

 Ces cahiers sont classés dans de grosses boîtes noires contenant les dossiers par rue et, à l'intérieur des dossiers, les cahiers dans l'ordre des numéros (si aucune main n'a mélangé les cahiers par inadvertance, bien entendu).

Une boîte qui m'intéresse 
Pour gagner du temps, il est vivement conseillé de consulter les instruments de recherche disponibles en ligne sur le site des Archives de Paris(1). Vous cherchez le nom des rues dans la liste classée par ordre alphabétique, vous relevez tranquillement les cotes et vous les commandez dès votre arrivée dans la salle de lecture (pas plus de trois à la fois).

Avantages et inconvénients des calepins

Commençons par les avantages. J'en vois au moins trois : 
  • La description de l'immeuble, tant de l'extérieur que de l'intérieur, depuis les boutiques et la loge du concierge jusqu'aux chambres des domestiques sous les combles, en passant par chaque étage,
  • La liste des locataires successifs (uniquement les chefs de famille, hélas), avec indication de leur profession, 
  • La valeur locative de chaque logement, qui permet au moins de se faire une idée de sa taille et de son confort, ne serait-ce qu'en comparant les différentes valeurs à l'intérieur d'un même immeuble.

 Autant d'éléments pour dresser le tableau du milieu dans lequel vivaient nos ancêtres parisiens. Il peut révéler des surprises…

Première page du cahier concernant le 8, rue du Quatre-Septembre

Les inconvénients maintenant : les documents ont manifestement été établis à partir des déclarations d'un interlocuteur, d'où parfois des imprécisions dans les patronymes ; les noms sont plus ou moins bien transcrits et il peut y avoir confusion entre noms et prénoms.

Une même boîte ne contient pas toujours tous les numéros d'une rue. Pas de panique, l'immeuble à l'angle de deux voies est peut-être imposable à l'autre adresse (penser à consulter un plan), mais cela oblige à examiner le contenu d'une autre boîte (donc, à commander une nouvelle cote).

Les documents ont été établis en grand nombre, par un personnel ayant ses habitudes, d'où l'usage d'abréviations parfois sibyllines. J'ai mis plusieurs minutes à comprendre que "pièce à f." voulait dire "pièce à feu", c'est-à-dire une pièce avec cheminée, à une époque où les réseaux de chauffage à vapeur ou à eau chaude en étaient encore à leurs premiers balbutiements.

Ces sortes de matrices-rôles ont été dressées au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, à quatre reprises : 1852, 1862, 1876 et 1900. Mais les mises à jour successives ne concernent pas systématiquement l'ensemble des rues. Si vos ancêtres avaient la bougeotte, vous aurez peut-être un peu de mal à les suivre dans leurs déménagements successifs.

Enfin, je vous conseillerai la consultation d'un ouvrage figurant parmi les usuels disponibles en salle de lecture : la Nomenclature des voies publiques et privées, éditée par la Ville de Paris en 1972. Vous en apprendrez un peu plus sur les rues, leur longueur, leur largeur, l'époque de leur création et leurs différents noms au fil du temps. Un complément pour visualiser le cadre de vie de vos ancêtres parisiens.

Pour ma part, je continue à explorer ces différentes pistes, l'une après l'autre.

3 commentaires:

  1. Très intéressant ! Merci pour le partage :-) Cela me donne des pistes pour en savoir un peu plus sur l'incursion parisienne de mes arrières-arrières-grands-parents. Même s'ils ne sont arrivés à Paris que vers 1902, je pourrais au moins en savoir un peu plus sur l'immeuble où ils vivaient, et leurs éventuels voisins.
    Elise

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  2. Merci pour cette explication très didactique. Ces calepins, parfois difficiles à lire en raison de leurs multiples ratures, regorgent d'informations inattendues, et on peut par exemple faire l'histoire d'un commerce en y suivant l'évolution du bâti intérieur à travers les différentes années.
    Je me permets de vous signaler que vous pouvez faire une recherche dans la nomenclature officielle des rues de Paris en ligne ici http://www.v2asp.paris.fr/commun/v2asp/v2/nomenclature_voies/

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    1. Oui, les sites ne manquent pas sur internet pour en apprendre davantage sur les rues de Paris.

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