vendredi 3 juin 2016

C comme cartes de Cassini

Quel généalogiste ne connaît pas les cartes de Cassini établies au XVIIIe siècle par quatre générations de scientifiques ?

L'intérêt majeur des cent quatre-vingt feuilles qui composent cette carte de France réside dans les innombrables toponymes qui y figurent et qui permettent de localiser les lieux de vie de nos ancêtres. Ils sont assortis de symboles qui distinguent les villes, les bourgs, les paroisses avec ou sans château, les hameaux sans église, les gentilhommières, les moulins à eau, les moulins à vent en bois et ceux en pierre… et cette liste est loin d'être exhaustive.

Y figurent également les rivières, les routes, les forêts, les marais, les landes et quantité d'autres détails indispensables pour restituer l'environnement. Une mine inépuisable pour tout généalogiste, donc. À condition toutefois que ses ancêtres soient cantonnés dans le territoire du royaume de France au milieu du XVIIIe siècle. Amis savoyards ou corses, désolée, passez votre chemin.

La première fois que j'y ai eu accès, j'ai cherché à vérifier une légende familiale. Mon père prétendait qu'il existait au bord de la route qui relie Saint-Hilaire-du-Harcouët à Mortain, au sud du département de la Manche, un château(1) qui portait notre nom. Nous avions même fait un détour pour l'apercevoir, à l'occasion de vacances d'été non loin de la baie du Mont-Saint-Michel, il y a… pfiou !

Eh bien, sur la feuille n°95 de la carte de Cassini, qui couvre la région comprise entre Vire et Avranches, j'ai trouvé un hameau "le Chancé" à l'endroit attendu : le menu plaisir du jour ! Il est rattaché à la paroisse de Romagny et il est aujourd'hui encore indiqué par un panneau. J'ai vérifié.

Carte générale de la France Feuille 82
établie sous la direction de César-François Cassini de Thury
Source Gallica

Un seul hic, rien ne me permet de faire le lien avec mes ancêtres normands.  Depuis la fin du XVIIe siècle(2), ceux-ci vivaient certes à deux lieues de là à peine, dans la proche paroisse du Touchet : dans ce pays de bocage à l'habitat dispersé, ils demeuraient à la Petite Gérardière, au Val, à la Masure, au Champ Ouis ou à la Rousselais. Au fil du temps, ils ont entretenu des liens avec des familles originaires de Romagny… mais le toponyme de Chancé n'apparaît dans aucun des actes que j'ai déchiffrés.

Une question subsiste par ailleurs : comment mon père, né à Paris, d'un père également né à Paris, connaissait-il l'existence de ce château ?





(1) La bâtisse que j'ai vue il y a fort longtemps fut vraisemblablement édifiée au cours du XIXe siècle, si j'en juge par la seule photo (de médiocre qualité) en ma possession, mais elle n'existe plus aujourd'hui.

(2) Les registres paroissiaux ne m'ont pas permis de remonter au-delà de 1688 pour cette branche de ma famille.

jeudi 2 juin 2016

B comme bibliothèques

L'une des raisons pour lesquelles j'ai plongé avec délices dans les recherches généalogiques, c'est qu'elle flattait mon goût pour les bibliothèques.

Encore un mot qui bénéficie de plusieurs acceptions. Quelle image vous vient à l'esprit lorsque vous le prononcez ? les meubles d'une célèbre marque suédoise ? une pièce tapissée de rayonnages ? des reliures en cuir avec des titres et des motifs dorés au fer ? un bâtiment où vous entrez en montrant patte blanche et où vous communiquez en chuchotant ? Les longues tables nettes, le halo des lampes individuelles et la qualité particulière du silence qui règne en ces lieux dédiés à l'érudition invitent immanquablement à la lecture et à l'étude, vous ne trouvez pas ?

Bibliothèque Thiers
Collection personnelle

Il m'est aussi arrivé de rêver en voyant Umberto Ecco déambuler dans sa résidence de Milan : un ancien hôtel, avec une succession de couloirs et de pièces où étaient rangées les dizaines de milliers de volumes qui composaient sa bibliothèque personnelle. Un dédale, quelques gravures accrochées aux murs, des échelles coulissant sur des rails pour atteindre les étagères les plus hautes, de ci de là des piles de documents au sol ou sur les tables, dans une sorte de désordre maîtrisé…

Il se vantait d'avoir une excellente mémoire visuelle et d'être capable de localiser sans trop de difficulté l'exemplaire recherché. Il n'empêche ! Je songe à ces mots de Jacques Bonnet(1), autre bibliomane forcené : "Le fait de vivre avec des milliers de livres n'est pas sans influencer le fonctionnement de la mémoire. La mienne est plus soucieuse de pouvoir retrouver rapidement le livre où se trouve le renseignement que je cherche que de s'encombrer de faits, de dates, de citations, qui se trouvent sur mes étagères."


Amis généalogistes, je ne saurais trop vous recommander ce livre. Il vous ôtera tout complexe, si vous en aviez, sur vos modes de classement, votre vitesse de lecture et vos achats compulsifs en ce domaine.

"La bibliothèque est ce qui se rapproche le plus du paradis terrestre." C'est du même auteur.




(1) Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantômes, Arléa poche n°207, 2014, 180 pages, EAN 9782363080516

mercredi 1 juin 2016

A comme archives

J'ai conscience de ne pas être follement originale en commençant le challenge avec un titre pareil ! Mais n'est-ce pas notre lot commun, à nous généalogistes de tout poil, de consulter inlassablement les archives pour y trouver, non pas la preuve de l'existence de Dieu, mais les traces parfois infimes de l'existence de nos ancêtres ?

Je ne gloserai pas à l'infini sur les différentes acceptions du mot "archives", ensemble de documents, mais aussi lieu de conservation et de stockage. Vous visualisez ces dossiers jaunis, ces coins écornés, ces feuillets trop fins et cette encre à demi effacée ? ces registres toilés, ces boîtes en carton alignées à perte de vue sur des kilomètres d'étagères ? et ce parfum subtil, mélange de poussière et de vieux papier ? comment peut-on prendre plaisir à s'user les yeux sur des trucs pareils, c'est du moins ce que pensent les autres, ceux qui ne partagent pas notre passion…


Je ne prétends pas les faire changer d'avis, mais s'ils ont l'esprit curieux, je leur conseille juste la lecture du livre d'Arlette Farge(1), Le goût de l'archive, dont j'extrais cette citation : "On ne dira jamais assez à quel point le travail en archives est lent et combien cette lenteur des mains et de l'esprit peut être créatrice."

Ils y découvriront au passage le charme insoupçonné des archives judiciaires.




(1) Arlette Farge, Le goût de l'archive, Editions du Seuil, Points Histoire, H233, 1989, 156 pages, ISBN 978-2-02-030909-7

lundi 23 mai 2016

Menus plaisirs en généalogie

Connaissez-vous l'hôtel des Menus Plaisirs à Versailles ? J'ignore s'il se visite aujourd'hui, mais l'appellation me ravit !

Le bâtiment, construit au milieu du XVIIIe siècle, abritait des ateliers ainsi que quantité d'objets, parmi lesquels des décors de théâtre, des costumes, des instruments de musique et des accessoires destinés aux plaisirs de Louis XV et à l'instruction du futur Louis XVI. Il est également connu pour avoir accueilli dans ses locaux réaménagés les derniers États généraux, à l'aube de la Révolution. Mais ce n'est pas le propos du jour.

Je voudrais simplement reprendre le terme et partager avec vous, à l'occasion du prochain challenge AZ, lettre par lettre, les menus plaisirs qui font pour moi le charme de la généalogie. Et évoquer, au passage, quelques-uns des ouvrages alignés sur les planches de ma bibliothèque. Le tout en moins de quatre cents mots, histoire de faire court.

Rendez-vous le 1er juin, donc.



lundi 16 mai 2016

Les Hautes-Pyrénées, enfin !

Si vous suivez l'actualité sur le site de la Revue française de Généalogie, vous savez, grâce à Guillaume de Morant, que les archives des Hautes-Pyrénées sont enfin en ligne.

Bon, ne nous réjouissons pas trop vite : à ce jour la nouveauté, ce sont les registres paroissiaux (collection du greffe) et ils sont parfois incomplets. Pour les tables décennales et l'état civil, il faudra encore patienter quelques semaines, voire quelques mois… Il n'empêche, la nouvelle est d'importance.

Le site propose cinq chemins d'accès qui permettent de mesurer la richesse des documents déjà disponibles :
  • Par type de document (seize entrées proposées),
  • Géographique (trois entrées : liste des communes, structures intercommunales, structures départementales)
  • Cartographique (carte du département, avec accès aux communes en un clic),
  • Thématique (cinq entrées : Naître, vivre et mourir ; Participer, délibérer et décider ; Représenter ; Glaner ; Servir au culte)
  • Recherche par mots-clés (Actuellement dans trois bases : les terriers, les registres matricules et les listes nominatives de recensement).

De quoi satisfaire ma curiosité. Prenons l'exemple d'Aucun. La page d'accueil comporte une notice extraite du dictionnaire toponymique des Hautes-Pyrénées, qui fournit quelques informations sur l'altitude, la superficie, la population et l'origine du nom de la commune.

Les Pyrénées à Aucun
Collection personnelle

Sur la partie droite de l'écran, figure la liste  déjà longue des ressources disponibles :
  • Le cahier de doléances de 1789,
  • L'inventaire des biens de l'église effectué en 1906,
  • Les listes de recensement de 1872 et 1876,
  • La monographie rédigée par l'instituteur en 1887,
  • Le plan cadastral de 1834,
  • Le procès-verbal de délimitation de la commune de 1831,
  • Le procès-verbal de la visite pastorale de 1781,
  • Divers registres de délibérations de 1681 à 1980,
  • Les registres paroissiaux de 1737 à 1789 (un peu court, hélas, d'autant que la séquence chronologique comporte des lacunes),
  • Le livre terrier de 1761 (210 vues, une mine d'informations).

Enfin, en bas de page, un accès au répertoire des archives déposées nous donne un aperçu des richesses disponibles en salle, histoire de nous mettre l'eau à la bouche.

L'attente a été longue, mais ce premier aperçu est prometteur.

lundi 9 mai 2016

Un autre regard sur une carrière d'officier

Je viens d'achever la lecture d'un livre intitulé La vie professionnelle des officiers français au milieu du XIXe siècle(1). Impossible de me rappeler ce qui m'avait mis sur la piste, mais le titre m'avait attiré l'œil, dans la mesure où deux de mes ancêtres du côté maternel étaient militaires de carrière. Je me suis décidée à le commander et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Il s'est avéré qu'il m'éclaire surtout sur Achille Maitreau.

Le livre de William Serman

L'ouvrage correspond à la troisième partie d'une thèse soutenue en 1976 par un spécialiste de l'histoire militaire. L'étude a été effectuée à partir d'un échantillon de six promotions d'officiers et couvre principalement la Deuxième République et le Second Empire. Elle comporte nombre de tableaux et de statistiques, certes, mais pas seulement. Elle est encadrée par une introduction et une conclusion tout à fait instructives pour des néophytes de mon espèce.

Le livre est divisé en quatre chapitres qui traitent de la diversité du métier militaire, de sa finalité, de l'avancement et de la cessation du service. J'y ai clarifié mes idées, jusqu'alors un peu confuses sur ces questions.


Au fil des pages, l'auteur évoque l'origine sociale et les différentes filières d'accès au corps des officiers : les écoles comme Polytechnique et l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, bien sûr, mais il faut savoir que, dans la seconde moitié du XIXe siècle, plus de 70 % des officiers sont des hommes sortis du rang, avec un degré d'instruction élémentaire. Il distingue également des variantes significatives, selon qu'il s'agisse de l'état-major, de la cavalerie, des armes savantes (artillerie, génie), de l'infanterie, du train des équipages de la gendarmerie ou de la marine.

J'y ai découvert que le métier peut être fort différent, selon qu'il s'exerce dans un régiment, dans des emplois sédentaires, en détachement ou à l'état-major. Que les critères de choix pour élever un officier à un grade supérieur ne sont pas strictement professionnels. Que la durée des services varie selon le grade, mais également selon l'origine sociale. Et que certains officiers des grades subalternes ont fort peu de chances d'accéder au rang de chef de bataillon ou, a fortiori, au-delà.

Sans nier la bravoure des hommes, l'auteur déplore le conformisme engendré par le devoir de réserve et d'obéissance. Il souligne le caractère à la fois insuffisant et inapproprié de la préparation au combat, souvent masqué par des victoires sur des adversaires dotés de moyens rudimentaires. Ces défauts seront sévèrement sanctionnés par la défaite de 1870 contre l'armée prussienne, pourvue d'un armement plus moderne.

Regard sur la carrière d'Achille Maitreau

Lecture instructive, donc, qui m'a amenée à examiner la carrière d'Achille Maitreau d'un œil neuf. Né en 1821, il effectue d'abord six ans de service militaire à compter de 1842, conformément à la loi Gouvion-Saint-Cyr : tirage au sort d'un "mauvais numéro" ou remplacement d'un appelé, moyennant compensation financière ? Comment savoir ?

Toujours est-il qu'il renouvelle son engagement à deux reprises pour une durée de deux ans, en 1848 et en 1850. Il est proposé au grade de sous-lieutenant, qu'il obtient finalement le 30 décembre 1851, à presque trente ans. Avant d'être nommé lieutenant à trente-six ans et capitaine à quarante-quatre ans. Et d'être admis à la retraite à l'âge de 52 ans.

Reconstitution de carrière Achille Maitreau
Source Service historique de la Défense

William Serman indique dans la conclusion de son ouvrage que l'admission dans le corps des officiers est une forme d'ascension sociale pour nombre d'hommes issus d'un milieu modeste ou dépourvus de fortune personnelle.

Je n'ai pas encore eu l'opportunité d'examiner les documents qui me permettraient de me faire une idée sur le patrimoine de mes ancêtres Maitreau dans la première moitié du XIXe siècle. Je constate néanmoins que le père d'Achille Maitreau, qualifié tour à tour de fermier et de propriétaire, s'est marié à deux reprises ; Achille est l'aîné des deux enfants issus du second mariage, mais il est précédé de deux demi-frères et deux demi-sœurs. De quoi fractionner irrémédiablement l'éventuelle fortune familiale par le biais des dots et des héritages.

Le choix d'une carrière militaire est donc cohérent. De même la décision prise par Achille Maitreau, une fois à la retraite, de passer la fin de sa vie à Pau, ville de garnison du 58e régiment d'infanterie au sein duquel il fut capitaine. Loin du Maine-et-Loire dont il était originaire et où les autres membres de sa famille étaient installés.




(1) William Serman, La vie professionnelle des officiers français au milieu du XIXe siècle, Editions Christian, 1994, 221 pages, ISBN 2-86496-057-5

lundi 2 mai 2016

C'est le temps du muguet !

Avec le retour du beau temps, une certaine nonchalance est à prévoir.


Le temps d'une pause, donc. Après une escapade à Lyon, certes culturelle mais sans lien direct avec la généalogie, sauf à évoquer nos très lointains ancêtres les primates, les amniotes, les tétrapodes et les vertébrés à mâchoire, largement à l'honneur au musée des Confluences…

Et avant une plongée en apnée dans les registres des Hautes-Pyrénées, qui sont partiellement accessibles en ligne depuis quelques jours. Enfin ! Mais qui vont me donner du fil à retordre, je présume, si j'en juge par les lacunes que j'ai déjà détectées dans les paroisses qui m'intéressent.

Et je ne vous dis rien du challenge AZ qui débute le 1er juin prochain : j'ai trouvé le fil conducteur, j'ai déjà rédigé certains billets, mais il me reste les lettres les plus rétives à illustrer. Notamment celles qui nécessitent quelques acrobaties intellectuelles et que j'ai baptisées "la bande des quatre" : W, X, Y et Z !


À lundi prochain, donc, au gré de mon inspiration…