lundi 15 décembre 2014

Énigme photographique résolue ?

Il y a presque deux ans déjà, je m'interrogeai sur la photographie d'une jeune femme aux yeux clairs et aux cheveux châtains, vêtue à la mode des années 1870 ou 1880.

Il s'agissait d'une photo au format carte de visite, émanant du studio Disdéri, mais deux détails me titillaient : les initiales sur le support cartonné (je croyais lire HD, alors que le célèbre photographe du XIXe siècle se prénommait André Adolphe Eugène) et l'adresse du 6, boulevard des Italiens, alors qu'à ma connaissance le studio se trouvait au numéro 8 !

Eugénie Caperet
Collection personnelle

L'interrogation resta en suspens. Et puis, comme je suis dépositaire d'un bon nombre de photos de famille, en mai de cette année je me décidai à acquérir un fascicule intitulé Reconnaître les photos et cartes postales anciennes(1). J'y ai découvert l'existence de plusieurs ouvrages fort utiles pour dater avec précision les clichés. L'un d'eux attira tout de suite mon attention : le Répertoire des photographes parisiens du XIXe siècle, de François Boisjoly, aux Éditions de l'Amateur, paru en 2009.

Un petit tour sur Internet et me voici en possession quelques informations supplémentaires : il s'agit d'un ouvrage broché de près de trois cent pages, au format imposant et d'un prix relativement élevé, même d'occasion. Beaucoup trop récent pour être accessible en ligne sur Gallica. Et s'il était consultable en bibliothèque ?

Couverture du Répertoire des photographes parisiens

Je poussai plus loin les recherches… et c'est ainsi que j'ai accédé à deux sites intéressants. Je vous détaille l'affaire, car elle peut vous être utile.

Le Catalogue collectif de France

Je tape d'abord "rechercher un livre dans une bibliothèque" dans mon moteur de recherche préféré et j'arrive sur le guide de recherche en bibliothèque de la BnF.

1) Je lis le paragraphe intitulé "Localiser des livres hors BnF".

2) Je clique sur "Catalogue collectif de France" et je me retrouve sur une page de bienvenue, où je tape le titre du livre dans la case prévue à cet effet.

3) J'obtiens quatre résultats, dont le premier correspond à l'ouvrage recherché.

4) Je clique sur le titre en question et j'obtiens les diverses cotes du livre à la BnF sur les sites Tolbiac et Richelieu, des localisations à Grenoble, Roanne et Montpellier et une liste de 25 lieux répertoriés par le SUDOC (Système Universitaire de DOCumentation). En cliquant sur chaque ligne, on accède à quantités d'informations pratiques sur l'accueil réservé ou en libre accès, les catalogues, la localisation, les horaires d'ouverture… bref, une mine pour les chercheurs.

Les Archives de Paris

Deuxième piste à ma disposition. Tout en bas de la page d'accueil de leur site, figure une rubrique Bibliothèque.

1) Je clique sur "Consulter la rubrique".

2) Je choisis "Livres et revues", puis "Lire la suite".

3) Je sélectionne "Catalogue informatisé commun aux bibliothèques municipales spécialisées".

4) Tout en bas de la page de la bibliothèque des Archives, je choisis "Catalogue" et je clique sur "Recherche simple".

5) Je tape le titre du livre et j'obtiens deux résultats, qui correspondent à ce que je recherche, ainsi que la localisation des ouvrages : ils sont consultables non seulement aux Archives de Paris, mais dans plusieurs autres bibliothèques de la capitale. Je n'ai que l'embarras du choix !

Les informations contenues dans le Répertoire

J'ai donc profité d'une récente expédition boulevard Sérurier pour consulter (enfin !) le fameux livre en question. Il figure en accès libre, sur les rayonnages de la bibliothèque qui sépare la salle de lecture de l'espace dédié à la consultation des microfilms. Et là, bingo ! Trois articles sont consacrés à la famille Disdéri.

Le premier concerne évidemment André Adolphe Eugène Disdéri et narre l'ensemble de sa carrière professionnelle. J'y apprends qu'en 1874, il déménage du 8 au 6bis boulevard des Italiens. Tiens, tiens ! Et c'est en 1877 qu'il vendra sa firme à un certain Délié (qui se proclamera successeur de Disdéri).

Le second article est consacré à son épouse Geneviève Francardt, que Disdéri a quelque peu délaissée, semble-t-il, et qui exerça l'activité de photographe à Brest puis à Paris, après le départ de son mari pour Nîmes.

Le troisième article, enfin, est dédié à un certain Léonard Disdéri(2). J'y relève les informations suivantes : "Début d'activité 1875. Plaque sèche. Photographe de studio. Peut-être un fils que Eugène Disdéri a eu avec une Parisienne. Ils travaillent ensemble au 6, boulevard des Italiens."

Retour à la photographie, maintenant : à y regarder de plus près, les initiales ressemblent fort à un L, un H et un D entrelacés… elle a donc vraisemblablement été réalisée entre 1875, début d'activité de Léonard Disdéri, et 1877, date de la vente de l'entreprise familiale à un successeur.

Agrandissement de l'inscription

Subsiste une ultime question : la jeune femme de la photo, identifiée comme étant Eugénie Caperet, l'une de mes arrière-grand-mères maternelles, est née à Pau, s'y est mariée et y a donné le jour à sept enfants ; alors, à quelle occasion cette photo a-t-elle été prise dans un studio parisien ?





(1) Sandrine Sénéchal, Thierry Dehan, Savoir reconnaître les photos et cartes postales anciennes, Archives & Culture, guides de généalogie, 2012, 80 pages.

(2) Par curiosité, j'ai essayé de trouver l'acte de naissance de Léonard Disdéri à Paris dans l'état civil reconstitué. Sans succès : il n'y a pas de fiche à ce prénom.

6 commentaires:

  1. Vous pourriez aussi taper "WORLDCAT" (world catalogue) et completer le bordereau de recherche avec les informations du livre que vous cherchez. J'ai fait l'experience avec votre livre. Vue que j'habite aux Etats-Unis, j'ai ainsi trouve les bibliotheques qui ont ce livre. Je peux maintenant aller a la bibliotheque de Baylor University, la plus pres de chez moi, ou bien essayer d'obtenir le livre par pret "interlibrary" depuis ma petite bibliotheque locale. Cette bibliotheque a meme deux exemplaires de ce livre, probablement pour leur departement des arts. Peut-etre que cette information interessera d'autres lecteurs de votre blog. Annick

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    1. Merci pour cette information qui dépasse les frontières de l'hexagone.

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  2. Merci pour le partage de cette recherche très intéressante !
    J'adore ce genre de recherche où on arrive à trouver la réponse à une question en recoupant pleins de petits indices :-)
    A bientôt,
    Elise

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  3. C'était une véritable enquête policière...

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  4. Bonjour,
    Je travaille depuis plusieurs années sur la famille Disdéri et plus particulièrement sur Elisabeth Francart-Disdéri et vous pouvez lire sa notice sur mon blog "ellesaussi". Pour la photographie je remarque que c'est une toute jeune fille représentée donc peut-être un portrait à l'occasion des fiancailles et lors d'un voyage à Paris? Pour le monogramme je pencherais pour "A" "D" entrelacés. Il semblerait avoir été "gratté" et lisible en "H". Mes recherches ne m'ont pas permis de trouver de naissance "Léonard Disdéri". Le fils se prénomme "Jules".
    Cordialement,
    M-F Bastit-Lesourd

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  5. Effectivement, en y regardant de plus près, le A semble avoir été tronqué.

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