lundi 26 novembre 2018

Une histoire d'insigne

Ce n'est certes pas la première fois que je fais un tour au château de Vincennes, mais c'est bien la première fois qu'il me saute aux yeux ! Quoi donc ? L'insigne du Service historique de la Défense.

Collection personnelle

À ma décharge, je m'empresse plutôt de franchir le pont-levis pour pénétrer dans l'enceinte et admirer le donjon, la chapelle royale, le pavillon du roi (à l'heure actuelle, en partie dissimulé sous les échafaudages) ou celui de la reine, dans la belle lumière d'un après-midi d'automne.

La façade extérieure de la tour du village, orientée quasiment plein nord, ne bénéficie que rarement d'un éclairage favorable. Cet insigne, la photographe l'avait négligé jusque là, c'est la généalogiste qui le remarque.

L'insigne du SHD

Il a piqué ma curiosité et j'ai donc décidé d'en apprendre davantage à son sujet, même si l'héraldique ne fait pas partie de mes priorités. En voici la description, dans ce vocabulaire abscons cher aux spécialistes de la question :

"Écu français d'azur chargé de cinq drapeaux brochés à dextre par la déesse Athéna tenant l'un des drapeaux, à senestre par Clio muse de l'histoire tenant un marbre chargé de la devise latine en capitales DE GESTIS FRANCORUM, le tout d'or surmonté en chef d'un foudre du même et orlé d'une couronne de chêne et de laurier de sinople soulignée d'or."

Vous êtes certainement plus calés que moi dans ce domaine, mais au cas où…

L'écu français fait allusion à la forme générale, quasiment rectangulaire, sachant que les coins inférieurs arrondis et la pointe sont ici dissimulés par la couronne de chêne et de laurier. Les couleurs azur et or s'appliquent aux formations et unités interarmées.

Je passe sur la déesse de la guerre et la muse de l'histoire, dont la symbolique est claire. Plus subtiles, les piques des drapeaux, qui évoquent les différents régimes politiques de la France : la fleur de lys pour la Royauté d'ancien régime, les aigles pour le Premier et le Second Empire, le coq pour la Monarchie de Juillet et la pique pour la République.

Le foudre (au masculin, dans ce cas), c'est-à-dire le faisceau de javelots de feu, représente l'état-major, le rameau de chêne les vertus civiques et le rameau de laurier les vertus militaires.

Sans être latiniste émérite, on aura compris que la devise se rapporte aux actions glorieuses des Français ; mais qui savait que c'était là le titre d'une histoire de France en latin, rédigée par un humaniste italien du nom de Paolo Emilio, né à Vérone vers 1455, installé en France dans les années 1480 et mort à Paris le 5 mai 1529 ? Je le découvre avec vous.

Pour aller plus loin

Une instruction relative au patrimoine de tradition des unités de l'armée de terre, en date du 21 juin 1985, parue dans le Bulletin officiel des armées, nous donne la définition des insignes : ce sont de petits objets, ou leur représentation graphique, qui sont arborés comme signes de reconnaissance et de distinction.

Il en existe six catégories :
  • Les insignes de décoration,
  • Les insignes de grade,
  • Les insignes de fonction,
  • Les insignes de spécialités ou de qualification,
  • Les insignes de classement ou de concours,
  • Enfin les insignes de grande unité, de grand commandement ou de corps de troupe.

 De quoi faire le bonheur des collectionneurs…

Ces insignes sont créés par le ministre chargé des armées et homologués par le chef du Service historique de l'armée de terre (SHAT, devenu depuis lors le SHD), selon une procédure dont je vous fais grâce.

L'insigne du Service historique de la Défense a été homologué en mars 2005, deux mois après la création du SHD. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

Sources

Dossier remis par le SHD lors de la visite du 14 novembre 2018
Bulletin officiel des armées
Wikipédia

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Votre commentaire sera publié après approbation.