lundi 4 juin 2018

Souvenirs, souvenirs…

En cette quinzaine des Internationaux de France de Roland-Garros, où je délaisse quelque peu les recherches généalogiques, parlons donc tennis. Et quoi de mieux qu'une carte postale pour raviver les souvenirs ?

Collection personnelle

Celle-ci concerne une modeste station balnéaire de la Côte d'Albâtre, Pourville-sur-Mer, à quelques kilomètres de Dieppe et à l'embouchure de la Scie, petit fleuve côtier du pays de Caux (moins de 50 km depuis la source jusqu'à la mer).

C'est là que j'ai accumulé des souvenirs d'enfance, chaque week-end, des Rameaux à la Toussaint, et chaque été jusqu'à la fin de mon adolescence. Au point d'avoir choisi ses falaises comme photo de couverture sur ma page Facebook !  Ce n'est pas tout à fait la terre de mes ancêtres : si ma souche paternelle est normande, ses racines s'enfoncent plutôt dans le bocage du côté de Mortain ou de Saint-Hilaire-du-Harcouët, à l'extrême sud du département de la Manche, de l'autre côté de la Seine ; autant dire un autre monde.

Peu importe ! C'est précisément sur ces courts que j'ai tapé mes premières balles de tennis en… pfff, que c'est loin tout ça ! Je vous parle d'un temps où les raquettes étaient en bois, les cordages en boyau et les balles exclusivement recouvertes de feutre blanc. Homologuées par la FFLT, c'est-à-dire la Fédération française de lawn-tennis, devenue aujourd'hui plus sobrement la FFT. Et personne n'imaginait faire un revers autrement qu'à une main.

Mais revenons à cette carte postale. La photo, prise dans les années cinquante, nous montre la pelouse un peu mitée du Club Suzanne Lenglen, les allées de gravillons qui crissaient sous les pas et les courts de terre battue. Les vestes et les blazers sont là pour protéger de la fraîcheur ambiante. Je remarque qu'à l'époque seuls trois courts avaient été réhabilités sur les cinq mis à disposition quelques années plus tard. Les deux derniers viendront occuper l'espace au premier plan.

Le club était situé en contrebas de la route qui longe les villas alignées sur le coteau, avant de se séparer en deux tronçons, l'un qui grimpe vers Varengeville et l'autre qui file vers le fond de la vallée. Pour vous faire une idée, voici une autre carte postale, plus ancienne car antérieure à la guerre de 1914-1918, avant l'aménagement des terrains de tennis.

Collection personnelle

Il fallait donc descendre les marches d'un escalier de ciment (je revois encore la pancarte "tenue blanche obligatoire"), pour accéder à la tribune couverte, dont on devine la structure sur le bord droit de la première photo. Abri bienvenu en cas d'averses, plutôt fréquentes dans cette région. Lieu géométrique où se côtoyaient en s'ignorant les Rouennais, venus quasiment en voisins, les gens du Nord (pourquoi n'étaient-ils pas au Touquet ?) et les Parisiens, ces derniers généralement issus des quartiers les plus snobs de l'ouest de la capitale. Disons que les enfants n'avaient cure de ces subtilités de clans et formaient une seule bande qui se reconstituait chaque été, au gré des baignades, des virées sur les falaises et des surprise-parties.

Mais foin de ces digressions. Au fond, la ferme de madame Savourey. J'allais y quérir le lait crémeux, sous l'œil goguenard des employés qui échangeaient entre eux des propos dans un patois qui m'échappait, même si je n'étais pas dupe : ils se payaient ma tête. Pensez donc, une Parisienne, que connaissait-elle du monde rural ? Je ne résiste d'ailleurs pas au plaisir de vous montrer cette autre carte postale, histoire de raviver les sentiments mitigés que j'avais lorsqu'il fallait aller récupérer les balles perdues dans la prairie, au milieu du troupeau.

Collection personnelle

Pourtant, le jour où le photographe a réalisé le cliché des tennis, aucune vache dans les prés alentour. L'heure de la traite, peut-être ? C'était assurément l'été, la fenaison avait été faite et le fourrage était assemblé en meules, selon une forme qui a totalement disparu du paysage. Je me souviens aussi du père Violette, sans doute le dernier à se rendre au marché  dans une voiture à cheval. Sa ferme jouxtait celle des Savourey.

Un seul regret, il manque à cette série un cliché qui représenterait les tennis durant l'entre-deux-guerres, s'il existe. Je n'en ai jamais trouvé à l'époque où je traquais assidûment les cartes postales de la région.


Alors, quel rapport avec la généalogie, me direz-vous ? En fait, cela relève plutôt de l'histoire familiale : une anecdote illustrée, destinée à ceux qui me succéderont, comme j'aurais aimé en trouver venant de ceux qui m'ont précédée…

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